‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 38 sur 109 · NOUVEAUX ÉCRITS D’ANSELME. 1G · texte numérisé non relu

NOUVEAUX ÉCRITS D’ANSELME. 1G

Si l’on applique ce nominalisme à la Trinité, il faut que les trois personnes divines ne soient que trois noms, et le sabellianisme est alors justifié; ou.bien, elles sont trois individus, trois choses séparées * entre elles, unies seulement dans une volonté et une puissance uniques, et c’est une sorte de trithéisme. « Or Lanfranc, or Anselme ont dit que les trois personnes étaient trois choses ', » alléguait Roscelin , qui, probablement, abusait des termes imparfaits, par lesquels on exprime un point inexprimable de la foi chrétienne. « Lanfranc est mort, répondait Anselme, et sa réputation le défend. Pour moi , je professe et je confesse la foi catholique. »

Et il en répète à Foulque les expressions solennelles. Il demande l’anathème contre Roscelin, qu’on ne doit pas même écouter. C’est avec l’infidèle qu’il faut raisonner, non avec le chrétien qui doute ou s’égare. On le tient par les liens de son baptême.

Le chrétien va de la foi à l’intelligence, non de l’intelligence à la foi. Et il termine en demandant que, s’il le faut, sa lettre soit lue au concile.

De plus, il se proposait de discuter dans un ouvrage spécial la doctrine de Roscelin ; il l’écrit à un ami, le moine Jean, qui lui en avait rendu compte. Avant de quitter le continent, il avait entamé son

1 Celle expression 1res res esl en effet admise par Anselme, mais avec explication (De Fi J. Trin., c lit). Elle semble aulorisfe par saint Augustin (De Doct. chr., I. I, c. III et seq.), el elle se retrouve dans Pierre Lombard. (Sent., I. 1, Dist. XXV).

travail, et lorsque, arrivé en Angleterre, il vit que son voyage se prolongeait, il demanda au prieur Baudric de lui envoyer l’épltre qu’il avait commencée contre Roscelin. C’est cette épître qui donna naissance au traité de la Foi de la Trinité et de l'Incarnation du Verbe ‘y traité qui ne conserva de sa forme première qu’une dédicace au pape Urbain II.

Le prologue est remarquable : « Quand l’Écriture « nous dit : Si vous ne croyez pas, vous ne compren- « drez pas, elle nous avertit ouvertement de tendre « à l’intelligence, en nous montrant la voie pour y « parvenir. Comme entre la foi et l’idée, species *, « l’intermédiaire est l’intelligence que nous saisis- « sons en cette vie , chaque progrès vers l’intelli- <( gence nous rapproche de l’idée, à laquelle tous « nous aspirons. » Dans cette pensée, il adresse au père des fidèles , au gardien de la foi , ce nouvel écrit destiné à remplacer une épître incomplète, accidentellement transcrite et publiée par quelquesuns de ses religieux. Il apprend que Roscelin, rétractant son abjuration, reçue par le concile de Soissons, la déclare extorquée par la craiute des fureurs du peuple. Il faut donc traiter et résoudre la question. On la présentait sous cette forme : « Si

1 Liber de Fide Trinitatis et de Incamatione Verbi, contra blasphemias Ruzelini sivo Roscclini. Ans. Op. , p. 41. — Ep., II, 51.

* Il y a dans le levte : Inter fidem et speciem intellectum esse medium (p. 41). Je traduis ce mot singulier, species, d’après Cicéron, qui veut qu’on s’en serve pour rendre 1W« des Grecs.

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