SUITE DU CONFLIT. — EXIL D'ANSELME
Tandis que le pacifique prélat épanchait avec cette douceur ses inquiétudes et ses peines, sa résistance suscitait à la royauté plus d’un embarras et môme plus d'un péril. Du moins a-t-on attribué à l’intérêt de cette sainte cause un soulèvement qui tient une assez grande place dans les annales du règne de Guillaume le Roux.
Parmi les plus redoutables de ses grands vassaux se signalait Robert de Mowbray, comte de Northumberland. 11 avait hérité de son oncle Geoffroi, évêque de Coûtantes, et cependant un des soldats du Conquérant, de deux cent quatre-vingts manoirs. Sa grande taille, sa force, ses cheveux noirs et hérissés, sa figure sinistre, ajoutaient à l’ effroi qu’inspirait son caractère audacieux et perfide. Après avoir servi jusqu’au crime la politique du roi, et incessamment conspiré contre son autorité, il forma un dernier complot avec le comte d’Eu, le comte de Slirewsbury, Roger de Lasey, et d’autres chefs mécontents, s’armant, disaient-ils cette fois, pour la juste querelle de leur sainte mère l'Église, alléguant
les avanies et les spoliations infligées au primat d’Angleterre et quatre-vingts maisons religieuses détruites pour agrandir les forêts destinées aux chasses royales. Du moins un vieux manuscrit prête ces griefs aux seigneurs insurgés1. Si Robert deMowhray s’est, en effet, prévalu de tels motifs, il est permis de n’y voir que prétextes hypocrites. Son passé autorise à expliquer sa conduite par ses seules passions. Il poussa l’audace cette fois, dit-on, jusqu’au projet de mettre sur le trône Étienne d’Aumale, comte de Holderness, fils d’Eudes de Champagne, qui était de la maison de France et un des conquérants de l’Angleterre.
Le roi, profondément irrité, fit pendant un an la guerre à ces vassaux rebelles; mais enfin il prit tous leurs châteaux et s’empara de leurs personues(1 095). La punition fut terrible. Guillaume d’Eu, quoique parent du roi, car il descendait d’un bâtard du duc Richard Ier, eut les yeux crevés et subit une infâme mutilation. Robert de Mowbray mourut en pri-
* Seul, Dugdale, sur la foi d’un manuscrit de la Bibliothèque Coionienne, dit que les intérêts de la religion servirent à colorer la révolte du sire de Mowbray, dont parlent cependant avec détail tous les historiens. Ce qui achève de rendre son assertion douteuse, c’est qu’on ajoute que l'exil d’Anselme fut un des motifs allégués; or Anselme ne quitta l’Angleterre qu’en 1007, et l'on s’accorde pour placer la guerre contre Mowbray en 1094 et 1005. Mon. ang. (Ed. I), l. Il, p. 192.— Ord. Vit., VIII, t. III, p. 406.— Gemet.,VIII. — Malmesb. Gest. Reg.,\\.— Henr.IIunting., VII, et Chr. angl.-sax., dans D. Bouquet, t. XII, p. 572 et t. XIII, p. 4, 31 et 56. — Depping, Mist. de Normandie, 1. 1, p. 241.