‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 44 sur 109 · SUITE DU CONFLIT · texte numérisé non relu

SUITE DU CONFLIT

son apres trente-quatre ans de captivité. Roger de Lascy fut banni à perpétuité. Hugues de Shrewsbury, après avoir payé trois mille livres d’amende, obtint seul son pardon. Les grands domaines de Mowbray furent donnés à Nigel d’Aubigni, son cousin, qui épousa sa femme, et par la suite se lit moine au couvent du Bec, qu’il enrichit de ses dons.

S’il est vrai que ces sombres événements se soient rattachés par quelques points à la cause d’Anselme, ils n'étaient pas de nature à lui donner satisfaction ni confiance. Avec la permission du roi, il était retourné àCanterbury, toujours triste et inquiet, trop persuadé que la trêve était chose vaine et trompeuse. En effet, quelques jours s’écoulèrent, et ce Baudoin, qui tenait le premier rang dans son conseil, fut, avec deux autres clercs, chassé du royaume par ordre du roi. Son chambrier fut arrêté sous scs yeux, dans sa chambre; d’autres hommes à lui se virent injustement condamnés, dépouillés, frappés de mille maux. L’Église de Canterbury fut réduite à porter envie au temps où elle était sans pasteur. Ces luttes des deux puissances amenaient plus de misères avec elles que l’oppression exercée sans résistance par un pouvoir unique 1 .

Le terme de la trêve approchait, lorsqu’on annonça l'arrivée de Gautier, cardinal, évêque d’Albano, envoyé de Rome par Urbain II, et amené par Gi-

1 Vil., Il, p. 18 et 19.— Uüt. nov., p. 44-49.

rard et Guillaume ' , deux clercs de la chapelle du roi, qui les avait secrètement envoyés en Italie, pourvoir de leurs propres yeux la vraie situation de l’Église romaine. On ignorait effectivement en Angleterre ce qu’il en était des deux prétendants à la papauté, et lequel avait été régulièrement élu. Les deux clercs avaient pour instruction de s’attacher à persuader au pape d’envoyer le pallium au roi lui-môme, afin qu’il en pût disposer selon sa volonté. Le but était de gagner Anselme de vitesse auprès de la cour de Rome, et de se donner les moyens de l’épargner ou de l’accabler, en ayant pour soi l’appareut appui du pouvoir apostolique.

. Le légat apportait bien l’étole, objet de tant d’ambitieuses menées, mais il ne l’avouait pas. 11 traversa Canterbury sans se faire connaître, évita soigneusement Anselme, et marcha droit au roi, sans dire mot du pallium à personne, sans parler familièrement à d’autres que ses deux conducteurs. Peu de jours avant la Pentecôte, il vit le roi, avec qui ce mystère était convenu; il ne lui dit rien qui ne fût pour lui inspirer confiance. Pas une parole en faveur d’Anselme, pas une espérance qui pût aller consoler celui qui souffrait pour la cause pontificale. La surprise était grande parmi tous ceux qui l’a-

* Ce doivent être Guillaume de Warlewasl, et Girard, neveu de Walchclin, évêque de Winchester, deux hommes dont il sera, souvent parlé par la suite, et qui furent, l'un, évêque d’Exeter, l’autre, archevêque d'York.

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