‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 45 sur 109 · SUITE DE CONFLIT · texte numérisé non relu

SUITE DE CONFLIT

vaient embrassée. Si Rome, disaient-ils, préfère l'argent et l’or à la justice, quel appui trouveront auprès d’elle les opprimés qui ne peuvent acheter la réparation qu’ils implorent?

Le roi, satisfait de tout ce qu’on lui disait de la part d’Urbain, n’hésita plus, et le proclama, dans toute l’étendue de ses États, vicaire de saint Pierre; puis il demanda aussitôt le concours de l’autorité apostolique pour la déposition d’Anselme, promettant en échange une subvention annuelle considérable. L'évéque d’ Albano ne lui cacha pas qu’il n’existait aucun moyen de le satisfaire. Ce coup imprévu le consterna. 11 n’avait donc rien gagné à solliciter, non plus qu’à reconnaître l’évéque de Rome! Mais le mal était sans remède ; et il chercha avec ses conseillers comment, sans compromettre sa dignité, il pourrait rendre en apparence son amitié à l’homme qu’il ne pouvait perdre.

Le jour approchait où devait expirer la trêve. Anselme, alors dans sa maison de campagne de Mortlake (Surrey), où il célébrait les fêtes de la Pentecôte, fut invité à se rendre dans une autre résidence désiguée sous le nom d’Heisa1, afin d’entrer plus aisément en communication avec le roi, qui tenait sa cour à Windsor. Le lendemain de son arrivée, il

1 Hayes dans le Middlescx, plus près de Windsor que Morllake, qui esl tout voisin de Richmond, el qui est resté un manoir archiépiscopal jusqu’à l’urchevéque Crnnmer. On lit dans le Uonasticon anglicanum que Guillaume le Conquérant rendit à Lan-

reçut là visite de presque tous les évêques, qui lui demandèrent avec beaucoup de ménagements s’il ne serait pas disposé à regagner l'amitié de son seigneur, au moyen d’un sacrifice d’argent. 11 répondit qu’il ne lui ferait jamais cet affront. Ce serait prouver par le fait la vénalité de son amitié. 11 ne lui demandait rien que d’être traité en archevêque sous l'autorité d’Urbain pape, sinon un saufconduit. Puis il se tut. « Ne nous diras-tu donc rien de plus ? reprirent les évêques. — Rien d’ici. — Mais enfin, c’est à la demande du roi que le pape lui a envoyé le pallium. N’auras-tu rien à lui offrir pour un si grand bienfait? — Un bienfait! Quel en est le prix à mes yeux? Dieu le sait, lui qui voit dans ma conscience. » Cependant il n’était pas sans inquiétude en songeant de quels pièges il était entouré. Les évêques, croyant le tenir, le pressèrent au moins de donner au roi ce qu’aurait coûté son voyage, s’il fût allé chercher le pallium au pied du trône pontifical. Mais il persista dans un refus absolu, et les congédia.

Le roi se sentait tellement engagé que la retraite était impossible. Las de disputes inutiles, il suivit les conseils de toute sa noblesse; il rendit gratuitement à

franc comme propriétés de l’Église du Christ »n Suthrege Murtelae. . . in Mildelsexum , Hergam, Heisam (t. I, p. 109). Mais il y avait aussi uue église de Hesee, dépendante de l'archevêché de Cnnierbury dans le diocèse de Winchester (Angl. Sac., Benef ad collât, arch. canl., p. 175).

Sl'ITE DC CONFLIT.

Anselme les apparences de son amitié. Bientôt il le vit arriver à Windsor avec les marques d’un grand empressement. En présence d’une nombreuse assemblée, une conversation familière s’établit entre eux, lorsque le légat Gautier survint, et s’écria, en citant le psaume : « Voilà qui est bon et agréable de « voir les frères ne plus faire qu’un ! (Ps. 131, 1.) » Et s’asseyant auprès d’eux, il ajouta encore quelques paroles de l'Ecriture, en l’honneur de la paix qui venait d’étre si heureusement rétablie.

Quant au pallium, Anselme ne consentit pas même à le recevoir des mains du roi. Portant l’orthodoxie jusque dans le cérémonial, il observa que c’était un don, non de la royauté, mais de la souveraineté de saint Pierre, et, forçant tout le monde au silence, reprenant de concession en concession tous ses droits contestés, il obtint que la précieuse étolc serait déposée sur l’autel du Sauveur, à Canterbury, et qu’il irait lui-même l’y prendre de sa main. Nous sera-t-il permis ici de rappeler que Napoléon prit ainsi la couronne impériale sur l'autel de Notre-Dame, ne voulant pas la recevoir d’une mortelle main?

Anselme était parti de la cour dans la plénitude de sa puissance et de sa dignité. Sou fidèle Baudoin, exilé pour lui , lui avait été rendu. Pendant son voyage, deux des évêques qui l’avaient abandonné à Kockingham , Robert de Hereford et Osmond de Salisbury, le suivirent, sollicitant l’absolution de leur conduite. 11 la leur accorda dans une petite

ciupitre xi.

église qui se trouva sur la route, et , au môme lieu, il rendit les pouvoirs épiscopaux à Wilfred, un évêque de Saint-David, dans le pays de Galles , qui avait été suspendu pour une cause inconnue, il alla attendre à Canterbury le nonce, qui arriva le dimanche 10 juin 1095, apportant le pallium dans une cassette d’argent. A son entrée dans la métropole, l’archevêque, entouré des prélats que cette solennité avait réunis, marcha à sa rencontre nupieds et revêtu de ses habits sacrés. Le pallium fut déposé sur l’autel ; Anselme le prit et le donna à baiser à tous. Après s’en être décoré, il célébra la messe en grande pompe, et quand on en vint à réciter l’Évangile du jour, on reconnut ce même verset qui avait été placé au-dessus de sa tête le jour de son sacre : « Un homme fit un grand festin , auquel il engagea beaucoup de convives.... Et tous s’excusaient! » Ce hasard, qu’on prit pour un avertissement céleste, frappa les imaginations. On y voyait comme le nouveau présage d’un nouvel abandon. Cependant l’année qui suivit fut la plus paisible de l’administration d’Anselme sous Guillaume le Roux.

Un célèbre concile avait été tenu à Clermont (1095). Là, Urbain 11, qui parcourait la France, s’était arrêté pour prêcher la croisade. Un enthousiasme subit s’était emparé des princes et des peuples. Ce fut à qui , parmi les chefs de la féodalité française , vendrait ou engagerait ses domaines , pour aller guerroyer en terre sainte.

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