SUITE DU CONFLIT
Robert, duc de Normandie, saisi de la Teneur commune, engagea pour trois ans ses États au roi son frère, moyennant une somme d’argent considérable. 11 fallut que l’Angleterre la payât. Ce fut une contribution rudement levée. On dit que les vases sacrés , les châsses des reliques , les livres d'Évangiles ornés de fermoirs et de montures en or et en argent, tout y passa. Pour excuser ces exactions, on assurait que le produit en devait être consacré à la guerre sainte. Anselme crut que, dans une telle occasion, il devait son tribut, et, de l’avis des évêques de Winchester et de Rochester, il tira du trésor de la cathédrale, tant en or qu’en argent, la valeur de deux cents marcs d’argent1. Mais, pour qu’un tel précédent ne fût pour ses successeurs d’aucune conséquence, il abandonna à sa métropole, pendant sept ans , les revenus , évalués à trente livres, de sa métairie de Peckham2. Tout semblait donc marcher à souhait entre l’État et l’Église, et le roi s’embarqua pour aller prendre possession de la Normandie (septembre 1 096).
Il revint quatre mois après et il eut, à son retour,
1 Le marc d’argenl, marca rupellensis seu anglicana, devait peser 12 deniers d’argenl Du, chacun de 21 grains. Marca était souvent employé comme synonyme de libra.
1 La reine Ediva donna à l’Église du Christ de Canterbury, en 960, la propriété de Pecham , ou I’eckham East, dans le Hundred de Twylford, Kenl ; Pcckham West, dans le Uundred de Litllefield, appartenait à l’Église de Rochester 'Jlonast. angl., 1. 1, p. 88, 96 et 102).
de nouveaux troubles à réprimer du côté du .pays de Galles. Cette contrée était l’asile des anciens Bretons , de ceux que les Saxons eux-mêmes avaient refoulés, mais non soumis, et qui défendaient contre les conquérants de toute origine leur sauvage indépendance. Dès 1095, ils avaient profité des troubles excités dans le Nord par Robert de Mowbray et Guillaume d’Eu, pour attaquer le château de Montgomery , et tuer du monde à Hugues , comte de Shrewsbury, qui, avec Hugues de Chester, commandait sur cette frontière. On manque de détails sur la courte expédition que le roi dirigea contre les Gallois; on sait seulement qu’elle eut peu d’éclat , et que les résultats en furent insignifiants (mars 1097). Mais elle donna lieu à un incident qui aigrit de nouveau les rapports du roi et de l’archevêque.
Pendant tout ce temps, la situation de ce dernier avait été plus calme; mais elle n’était pas définitivement fixée. En envoyant un légat , en lui donnant un plein pouvoir, la cour de Rome avait montré toute sa prudence et réservé tous ses droits. Le cardinal Gautier n’avait pas tardé à reconnaître qu’Anselme méritait protection ; mais il n’approuvait pas tout dans sa conduite, dans ses opinions mêmes, non plus que dans la constitution du clergé anglican. Son attitude était singulière, à ce point qu’il a été soupçonné de malveillance envers Anselme, ou d’une connivence secrète avec le roi. On suppose qu’il
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en voulait au primat de n’avoir reconnu par aucun présent le don du pallium. 1 Après avoir pris congé, quand il semblait n’avoir plus qu’à partir, il demanda à Anselme une nouvelle conférence pour s’entendre sur l’état de l’Église. Il voyait, en effet, des procès qui la concernaient déférés à la juridiction séculière; le pouvoir royal intervenant souverainement dans la collation des évêchés et des abbayes; enfin , la grande question des investitures , si chère au saint-siège, réglée contrairement à ses vues. Anselme, plein de déférence et de respect pour le pape, ne semblait pas sur tous ces points avoir encore adopté les idées ultramontaines. Peut-être même ue les connaissait-il que confusément. Formé aux coutumes normandes, il avait reçu du prince la crosse et l’anneau3, lui contestant quelquefois, non sa prérogative, mais la manière dont il en usait. Obtenir la reconnaissance du pape et la restitution intégrale des biens ecclésiastiques, telle avait été toute sa prétention. Seulement il ne s’était regardé comme en pleine possession des pouvoirs archiépiscopaux qu’après l’envoi du pallium. Maintenant, il se croyait en règle avec la cour de Rome, et telle était bien alors en Angleterre la doctrine des plus orthodoxes.
A la demande du légat, il prit l’alarme, et ne put
* Mœliler, The life, p. 78. — liasse, Anselm , I. 1, 1. II, ch. IV, p, 316.
1 Michel Alford (le P. Grifütb , jésuite) veut qu’il n’ait accepté
se résoudre à de nouvelles négociations sans l’aveu du roi. 11 écrivit à Gautier que tous deux seuls ils ne pouvaient agir, et que l’absence du roi ne permettait de rien faire d’utile; que, d’ailleurs, on craignait un débarquement d’ennemis d'outre-mer (de Danois, sans doute), et qu’il avait ordre de ne pas quitter Canterbury, pour réunir et faire marcher des troupes au premier signal. Mais l’évêque d’Albano expliqua de nouveau sa pensée, et dit qu’il ne comprenait pas ce refus de se concerter avec lui; il apprit en même temps à Anselme que plusieurs de ses suffragants prétendaient ne s’être éloignés de lui que parce qu’il avait passé du côté des schismatiques en recevant l’investiture, en rendant l’hommage, avant que le roi eût reconnu le pape canonique. Le reproche lui fut nouveau et sensible. 11 répondit bien que s’il l’avait mérité, c’était avant de recevoir le pallium, et qu’en le recevant il avait dû croire sa conduite approuvée du pape ; mais le trait avait porté. Tel que nous le connaissons, il devait s'inquiéter vivement , et il se demandait avec une scrupuleuse anxiété ce qui lui restait à faire. Visiter Rome? se jeter aux pieds du pape ? Il l’aurait bien voulu ; mais la guerre, mais le roi s'y opposait. Il écrivit à Urbain II pour le lui dire, pour s’excuser avec humilité, et lui offrir un
l’investilure que pour ne pas blesser les évêques présents qui l'avaient reçue. Rien n’indique ce motif [Fidet reg. anglic., t. IV, p.H8).
EXIL D’ ANSELME
petit présent : « L’impossibilité me retient, dit-il. Avec l’aide de la bonté divine, partout où j’irai, je serai prêt à vous obéir, à vous servir, à honorer votre sublimité. Et, puisqu’il ne m’est pas permis, comme je le désire, d’épancher devant vous les plaintes de ma misère, j’ose troubler de quelques gémissements écrits les saintes oreilles de votre sérénité. Saint Père, je regrette d’être ce que je suis; je regrette de n’être plus ce que j’étais; je regrette d’être évêque, car, par l’effet de mes péchés, je ne remplis pas le devoir d’un évêque. Dans une humble place, je paraissais faire quelque chose ; dans ce poste élevé, accablé du poids excessif de ma mission , je ne fais rien d’avantageux pour moi; je ne suis utile à personne. Je succombe sous le faix; car forces, vertus, science, talent, tout ce qu’il faut pour un si grand devoir, sont choses dont je souffre de manquer au-delà de toute créance. Je désire me soustraire à une charge insupportable, abandonner un tel fardeau. Mais Dieu, cependant, je crains de l’offenser. La crainte de Dieu m’a poussé à accepter; la même crainte me pousse à garder le fardeau. Si, toutefois, je connaissais la volonté divine, sans aucun doute j’y conformerais la mienne et mes actions autant que je le pourrais. Mais, comme cette sainte volonté m’est inconnue, et que je ne sais que faire, je soupire, errant, incertain, ignorant quelle fin donner à tout ceci » Et il implore ardemment indulgence, con- 1 Ep., in, 37. Cf., Ep., 24, 35 el 36.
seil, protection. Dans de telles dispositions, assurément, il ne pouvait apporter au roi beaucoup de tranquillité d'esprit et de facile complaisance. Or voici ce qui arriva.
Pour son expédition contre les Gallois, Guillaume avait réuni un corps de troupes dans lequel figuraient des hommes du contingent féodal de l'archevêque de Canterbury ‘ . Tout à coup il adressa au prélat des lettres sévères , pour se plaindre qu’on lui eût envoyé des soldats mal équipés et peu propres à la guerre, ajoutant qu’on aurait à lui en rendre compte devant sa cour, et à lui donner satisfaction au premier appel. On s’étonnerait que ce manquement vrai ou prétendu au bon accomplissement d’un service féodal eût été le germe d’une querelle religieuse , s'il ne fallait y voir un prétexte saisi, ou du moins une occasion cherchée de faire subir à un prince de l’Église la juridiction royale. C’est cette intention surtout qui offensa le prélat; et, réunissant ce grief à d’autres, il désespéra de faire respecter comme il l’entendait ce qu’il se croyait chargé de défendre.
11 était obstiné et doux; il savait résister plus que combattre, et, convaincu de son impuissance, peut-être môme incertain sur la conduite à tenir, il résolut de recourir au saint-siège. Aussi bien, il ne rêvait plus depuis quelque temps que le voyage d’Italie. Quand vint donc la fête de la Pentecôte, il se
1 Sur celle obligation des bénéficiers ecclésiastiques , voyez Malt. Paris, 1. 1, p. 22, 23, el Lingard, Uist., t. I, ch. VU.
EXIL D’ANSELME, rendit auprès du roi. Il commença par l'observer attentivement, soit à ses repas, soit en d’autres réunions, et se convainquit de l'impossibilité de le ramener. 11 lui fit dire alors qu’étant dans l’étroite obligation d'aller à Rome, il lui demandait son agrément : « Pas du tout ! repartit le roi. Je ne le croyais pas dans les liens d’un tel péché qu’il eût besoin d’aller chercher à Rome l’absolution extraordinaire de l’Apostolique (c’est un nom qu’on donnait souvent au pape). Ou bien est-il si dénué de conseil, lui que je croyais plus propre à en donner qu'à en recevoir? » Anselme n’insista pas pour cette fois. Mais, au mois d'août suivant, le roi ayant réuni, pour délibérer sur l’état du royaume, cette assemblée d’évéques , d’abbés et de nobles qui était déjà la chambre des lords temporels et spirituels, la demande fut renouvelée et suivie d’un nouveau refus. Enfin, au mois d’octobre, à Winchester, une troisième instance eut lieu, qui mit le roi fort en colère. Il ne voulut même pas en entendre les raisons, et dit : « S’il va à Rome, qu’il sache bien que je ne le recevrai plus comme archevêque. » Cette réponse troubla tout le monde. Il y eut des avis fort divers et des réclamations dans tous les sens. Les sages, comme à l’ordinaire, prièrent Anselme de ne rien décider avant le lendemain; et le lendemain, comme à l’ordinaire, il annonça que son projet n'avait pas changé ; que s’il ne devait jamais obtenir la permission demandée, il prendrait tout
sur lui, car il valait mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. « Assurément, lui dit Walchelin, évêque de Winchester, le roi et sa cour savent bien que tu n’es pas d’humeur à renoncer aisément. Mais quand il s’agit de délaisser une aussi grande dignité que la tienne pour aller à Rome , comment croire que tu restes inébranlable? — En vérité? « répondit Anselme, qui connaissait l’homme, en le regardant fixément et avec un visage expressif. Cependant il réunit en conseil les évêques présents : c'étaient , avec Walchelin, Robert de Lincoln, Osmond de Salisbury et Jean de Bath. Après l’avoir écouté, ils lui promirent d’en conférer entre eux. Puis, après la conférence, ils lui représentèrent humblement que, si sa pensée habitait les cieux, ils étaient, eux, engagés dans les affaires du siècle, attachés aux intérêts de leurs parents, de leurs clients; que si, donc, il consentait à descendre jusqu’à eux, ils le conseilleraient comme ils voudraient eux -mêmes être conseillés; mais que, s’il s’en tenait à ce qu’il appelait l’intérêt de Dieu, il trouvât bon qu’ils ne s’écartassent pas de la fidélité due au roi. « Vous avez bien parlé, leur répondit -il; allez donc vers votre seigneur. Moi , je m’en tiens à Dieu. » Ils obéirent, et le laissèrent à peu près seul; et étant allés auprès du roi réchauffer leur indignation, ils revinrent près d’Anselme lui faire une vive peinture de ses torts, de ses devoirs de sujet, par lui reconnus dans la conférence de Rockingham, et le
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sommer ou de promettre par serment qu’il ne ferait jamais appel au saint-siège, ou de s’éloigner sans délai du royaume. Si, pourtant, il aimait mieux rester, qu’il s’apprêtât à se justifier devant la justice de la cour* d’avoir fatigué tant de fois son seigneur d’une prétention dans laquelle il n’était pas sûr de persévérer. Cette déclaration faite, évêques et barons se retirèrent. « Il est le maître, il dit ce qu’il veut, » fut toute la réponse que leur fit Anselme.
Prenant alors son parti, il va trouver le roi, et, s’asseyant comme de coutume à sa droite, il lui demande si c’est bien de sa part qu’on lui a parlé ainsi. Et, sur sa réponse affirmative, il reprend : « Si j’ai promis d’observer tes règles et tes coutumes, ce n’est, qu’autant qu’elles seraient selon la justice et selon Dieu. » Ici, le roi et ses officiers l’arrêtent, attestant par serment qu'il n’a été question dans ses promesses ni de Dieu, ni de justice. «Eh! de quoi donc? s’écrie Anselme en les interrompant. Loin, bien loin d’un chrétien la promesse d’observer des lois et des coutumes qui seraient contraires à Dieu et à la justice ! » Puis les voyant secouer la tête d’un
1 La cour d u roi , curia ouaula reg i* , esl regardée comme un conseil desgrands officiers de la couronne, qui assistait le roi dans le jugement de toutes les grandes affaires intéressant l’État (Baliam, Europa during the middle âges, ch. VIII, part. Il, et Suppl. Not., p. 295). On soutient qu’elle n’existait pas comme cour permanente de justice sous les premiers rois normands, et que cette désignation ne s’applique ici qu’à ces cours plénières dites courts de more, qui se tenaient trois fois l’an ( Edinb . Rcview, vol. XXXV ; Guizot, VI* Essai, p. 836).
air d’incrédulité, il offre de démontrer qu’il ne viole aucun de ses engagements, en voulant recourir à saint Pierre et à son vicaire pour ce qui intéresse le salut de l’âme et le gouvernement de l’Église. La fidélité aux hommes, après tout, puise sa force et sa garantie dans la fidélité à Dieu. C’est cette fidélité qui lui prescrit d’aller vers le chef de la chrétienté. Tout homme craignant Dieu lui en laissera la liberté. « Que dirait le roi d’un de ses serviteurs qui se laisserait détourner de son service par la menace, et qui obéirait à la terreur plus qu’à la fidélité?— Eh mais! dirent alors le roi et son principal conseiller, Robert de Meulan, c’est un sermon qu’il nous fait là. C’est de la prédication, et non pas de la raison comme il en faut à des hommes de sens. » Les assistants témoignèrent bruyamment leur approbation ; ils semblaient vouloir fermer la bouche au prélat, qui demeurait calme, les yeux baissés, et n’avait pas l’air de les entendre. Dès que le tumulte fut apaisé, il reprit : « Quant à la proposition de m’engager à n’en appeler jamais au vicaire de saint Pierre, c’est ce qu’un chrétien ne peut exiger. Jurer cela serait abjurer saint Pierre, et, avec saint Pierre, celui qui l’a fait le chef de son Église. Et quand pour te plaire, ô roi ! j’aurais renié Jésus-Christ, c’est un péché que je ne tarderais pas à venir expier devant ta cour de justice. — Eh bien ! eh bien ! dit le comte de Meulan , va te présenter à saint Pierre et au pape; mais nous, nous ne laisserons point
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passer ce que nous savons. » Anselme comprit qu’on entendait le dépouiller à son départ, et il ne répondit que par des paroles de résignation à la volonté divine.
En effet, quand il fut rentré dans sa maison, on vint officiellement lui signifier qu’il pouvait partir, mais qu’on ne souffrirait pas qu’il emportât rien de ce qui appartenait au roi. « J’ai des équipages, objecta-t-il ; j’ai des habits et des effets; peut-être se trouvera-t-il quelqu’un pour dire que tout cela est à lui. Si on l’entend ainsi, j’irai à pied et nu. » Quand on rapporta cette réponse au roi, il dit avec un peu d’embarras qu’il ne l’avait pas entendu ainsi ; qu’il n’avait jamais songé à le renvoyer nu et à pied. Seulement il lui assigna onze jours pour se rendre au port d’embarquement, où quelqu’un se trouverait qui lui ferait connaître sa volonté.
Anselme sentait au fond ses vœux accomplis. Loin de témoigner aucun ennui, il alla, le visage riant, prendre congé du roi. « Seigneur, lui ditil, je pars. S’il vous eût plu d’y consentir, cela convenait mieux pour vous; et aux yeux des honnêtes gens, cela aurait eu meilleure grâce. Mais puisqu’il en est autrement, je prendrai avec une grande quiétude tout ce qui me concerne, et mon zèle pour le salut de votre âme n’en sera pas diminué. Maintenant donc, ignorant quand je vous reverrai, je vous recommande à Dieu ; et comme un père spirituel à son fils chéri, comme un archevêque de Can-
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terbury à un roi d’Angleterre, je veux, avant de partir, vous donner la bénédiction divine et la mienne, 6i vous ne la refusez pas. — Mais, non, je ne refuse pas votre bénédiction, » dit le roi un peu surpris ; et il baissa la tête sous la main qui fit le signe sacré. Tout cela se passa le 15 octobre de l’année 1097.
Prêt à partir, le primat ne vit autour de lui aucun de ses évêques. Arrivé à Canterbury, il réunit tous ses moines, leur rendit compte de tout, et, en leur peignant avec vivacité son regret de les laisser exposés aux tribulations, à l’oppression, à l’outrage, il leur rappela avec force leurs saints devoirs, les rudes engagements de la milice du Christ : « O mes frères! je vous en supplie, si dans ce moment nous nous séparons en gémissant, tendez tous vers un avenir qui nous réunisse pleins de joie devant le Seigneur. Soyez tels que doivent être ceux qui veulent véritablement être faits héritiers de Dieu. » Les pleurs l’empêchèrent de poursuivre ; seuls, les pleurs lui répondirent. 11 put cependant donner encore aux religieux sa bénédiction et le baiser de paix ; puis il se retira dans son oratoire.
Enfin, après avoir pris sur l’autel de la cathédrale le sac et le bâton du pèlerin, au milieu de tout son clergé et de la multitude en larmes, il partit suivi de ce cortège désolé. 11 arriva en compagnie d’Éadmer et de Baudoin à Douvres *, où il trouva
1 Ord. Vital, 1. X, t. IV et p. 9 de la traductiou.
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Guillaume de Warlewast, envoyé par le roi. Là, pendant tout le temps qu’il fallut attendre le vent favorable, cet homme, qui ne le quittait pas, qui s’asseyait à sa table, refusa de faire connaître sa commission. Mais le quinzième jour, au moment où les marins pressaient l’embarquement, il retint Anselme sur le rivage, et l’obligea de déclarer tout ce qu’il emportait avec lui. On fouilla tous ses bagages sous les yeux de la multitude étonnée; et ce ne fut qif après s’être assuré de l’inutilitéde cette recherche, qu’on laissa les voyageurs mettre à la voile. Dans les premiers moments de la traversée, le navire n’avançait pas ; soit les vents, soit les flots paraissaient s’opposer à tous les efforts. Le pilote parlait de retourner en arrière. Anselme, immolant à Dieu toutes ses espérances, dit tristement qu’il se soumettaitsi la volonté du ciel était de le ramener à scs misères passées. Aussitôt le vent gonfla la voile, et le détroit fut rapidement franchi.
Le voyage n’était pas terminé que le roi mettait la main sur toutes les propriétés de l’archevêque, et annulait tout ce qu’il avait fait depuis sa promotion. Le despotisme ne rencontra plus d’obstacle, u Le départ d’Anselme, dit un chroniqueur', brisa l’espérance des gens de bien : leur cause déclina promptement, et bientôt elle succomba. »
* Malmesb., Gest. ponlif., 1. II, p. 257. — Cf. Ilenr. Knighlon, Chron., I. II, p. 2369.