‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 49 sur 109 · CU A PITRE XII · texte numérisé non relu

CU A PITRE XII

avec précision , et nous n’en parlons ici que parce que nous le voyons revenu dans le voisinage de sa patrie.

Il paraît que sa prochaine arrivée fit du bruit en Italie. On en parla diversement. On renouvela le conte des richesses qu’il apportait avec lui. I^e pays était loin d’être tranquille. La querelle de l’Empire et de la papauté y divisait tout le monde. Des hommes d’armes allemands couraient la campagne; les routes étaient infestées par ceux qu’on appelait les bandits guibertins. On disait que Guibert lui-même, chassé de Rome et rentré dans son diocèse de Ravenne, se vengeait en faisant attaquer sur les chemins toute personne portant l’habit religieux. Il occupait de fortes positions sur les bords du Pô, et on ne doutait pas qu’il ne fit épier au passage le primat d’Angleterre. Toutefois, quand le messager d’Anselme lui rapporta de Rome l’ordre de s'y rendre surle-champ, il ne balança pas, et se mit en route trois jours avant le dimanche des Rameaux, le 17 mars 1098. Arrivé le samedi suivant, lui et ses deux compagnons, dans un lieu nommé Aspera1, il jugea convenable de passer la nuit dans le couvent du village plutôt que chez les paysans. Les moines le re-

1 Ce lieu serait-il Aspres, près de Corps, dans les Hantes- Alpes? Mais comment, se rendant A Suze, Anselme se serait-il ainsi détourné? Dans un manuscrit de Matthieu Paris, un vieil itinéraire de Londres h Rome donne les étapes suivantes: La Tour du Pin, Mont de Citai, Aiguebcletle, Chambéry, Aigucbellr, Saint-Michel, lin ni Ccnis, l'Hospital, Suze.

VOYAGE D’ ANSELME SUR LE CONTINENT. 245 çurent avec empressement. Anselme, Baudoin, Éadmer marchaient sans ordre; rien ne les distinguait entre eux. Dans la soirée, on leur demanda d'où ils venaient. Ils répondirent qu’ils venaient de quelque région de la France, et que leur intention était d’aller, avec la grûce de Dieu, jusqu a Rome. « Vous n’en ferez rien, reprirent les moines; on ne saurait, en habit religieux, parcourir sans être arrêté la route où vous vous engagez. L’archevêque de Canterbury l’a bien compris. U se proposait, à ce qu’on dit, d’aller à Rome pour son affaire, et il est venu jusqu’à Plaisance; mais ayant appris les dangers de la route, il s’en est retourné, et il reste à Lyon. — Et il a bien fait, interrompit Baudoin ; mais nous, que le service de Dieu et l’obéissance à notre père spirituel obligent à ce voyage, nous irons tant que cela nous sera possible, sous la conduite du Seigneur. Quand nous ne pourrons plus avancer, nous reviendrons, sans avoir manqué au devoir d’obéissance. — Que le bon Dieu vous conduise donc! » dirent les moines. Et après avoir récité l’office du jour et de la nuit, on se remit en route.

Les voyageurs arrivèrent bientôt à Suze, au pied du mont Cenis et du mont Genèvre, et se présentèrent à l’abbé du lieu. Ce devait être l’abbé de Saint- Just. Il leur demanda d’où ils étaient, et apprenant qu’ils appartenaient au monastère du Bec : « Mes frères, dites-moi, je vous prie, vit-il encore, cet ami de Dieu et des braves gens, Anselme, votre abbé.

homme honoré dans toutes les maisons religieuses? — On nous l’a ravi, dit Baudoin, pour en faire un archevêque dans un autre royaume. — Je l’avais ouï dire. Mais, enfin, comment est-il? se porte-t-il bien? — Mais, reprit le Normand, depuis qu’il a pris les fonctions archiépiscopales , je ne l’ai pas vu au Bec. On dit cependant qu’il se porte bien là où il est. — Je prie pour lui, » répondit l’abbé. Le prélat, cependant, se couvrait le visage de son capuchon et baissait la tôte. Après avoir célébré les fêtes de la Passion et de la Résurrection dans le couvent situé sur un pic aigu, et qui porte le nom d’abbaye deSaint- Miehel-de-la-Chiusa , ils continuèrent leur route, et, sans être reconnus ni inquiétés, ils arrivèrent heureusement dans la capitale du monde chrétien. On dit seulement que la belle figure et l’aspect imposant d’Anselme attiraient le peuple sur ses pas pour lui demander sa bénédiction.

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