‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 5 sur 109 · TABLEAU DU TEMPS · texte numérisé non relu

TABLEAU DU TEMPS

joindre et les ouvrages de saint Anselme que nous possédons en grand nombre, et surtout sa correspondance qui se compose d’environ quatre cent cinquante lettres de différentes époques '. On voit donc qu’il est aisé de refaire sa vie, et de la refaire avec plus d’étendue et plus d’exactitude peut-être que celle d’autres personnages qui ont joué un plus grand rôle et laissé bien plus de traces dans la mémoire des hommes2. 11 est vrai qu'on pourrait se passer de connaître toutes ses actions aussi complètement qu’il est facile d’y parvenir; et quoique nous n’ayons pas fait usage de tous les monuments laissés par le temps à notre disposition, on trouvera sans doute notre récit plus longuement développé qu’il n’importait à l’histoire. Mais peut-être ne paraîtra-t-il pas sans une sorte d’attrait, si l’on veut bien se représenter l’âge de la société féodale où saint Anselme a vécu, et pénétrer avec nous dans l’oinbre de ces

’ S. Amelmi ex beccensi abbate cantuariensis archiepiscopi opéra, ed. a D. Gabriele Gerberon, in-fol., Paris, 1673. Cuite édition est meilleure que celles de Cologne, par Picard, 1612, de Lyon, par Raynaud, 1630, et que la réimpression de Paris, 1721 .

* On peut joindre il ces monuments l’article S. Anselme du loin. IX de l’ Histoire littéraire de la France, le fragment de U. de Muntali'inbcrt, deux ouvrages allemands sous ce titre : Amelm von Canterbury , l’un par G. -F. Franck, Tiibingen, 1842, l’autre par F. -R. Hasse, 1. 1, Leipzig, 1843, Thelife of S. Anselm, trad. de l’ail, de Mœliler, par H. Rymer, Londres, 1842, et deux articles du British cri tic, n" 63 et 67. — Lire un bon article de M. Scratehley dans The biographical Dictionary, vol. II, part. Il, Londres, 1843, et une courte mais exacte histoire dans Biographia britannica liferar'a, anglonorman period, by Tli. Wright, Londres, 1846, p. 49-63.

monastères où se sont réfugiés pendant plusieurs siècles les esprits les plus rares et les plus purs caractères. Les récits d’un vieux passé, quand ils ne se réduisent pas à une sèche chronique, prennent un intérêt indépendant de l’importance des événements qu’ils retracent. Comme le moindre vase, comme le plus humble ustensile couvert de la rouille du temps devient dans nos musées l’objet précieux d'une curiosité attentive, des faits bien simples, retrouvés à la distance des siècles avec leur caractère réel et naïf, acquièrent un prix singulier, et même un certain charme pour celui qui étudie l’histoire avec un peu d’imagination, et qui pratique dans ses lectures la maxime morale de ne tenir pour indifférent rien de ce qui est humain. Mais il faut que l’esprit s’y prête de lui-même, et que, libre de préoccupations plus sérieuses, il ait du temps pour s’amuser complaisamment du spectacle de ce qui n’est plus.

Si le lecteur tient à ne pas s’ennuyer du récit qu’il a dans les mains, il voudra bien se figurer en idée cette terre, qui devait être l’Italie, la France et l’Angleterre de nos jours, couverte de grandes forêts, de vastes landes et de rares cultures, qui laissent passage à quelques routes longues et étroites, restes précieux de la domination des Romains. Cette terre est habitée par des guerriers et par des paysans, les uns juges, propriétaires et maîtres, les autres artisans ou colons s’ils ne sont pas soldats, et partout à peu près esclaves. A peine si dans quelques villes

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