CONCILES DE BARI ET DE ROME
offrit une chappe précieuse, toute chargée de franges d’or. C’est celle qui frappa les regards de nos moines anglo-normands, et dont l’histoire leur fut confirmée par l'archevêque Roffrid ‘.
Le concile s’occupa de matières de foi. Anselme y gardait un modeste silence , quand , un jour, une question fut élevée du côté des Grecs. 11 s’agissait de leur thèse ordinaire, savoir : qu’aux termes de l'Évangile , le Saint-Esprit procédait du Père seulement. Le pape opposa nombre d’arguments, tirés en partie de l’Épître qu’Anselme lui avait jadis adressée sur l’Incarnation du Verbe; nous avons parlé de cet ouvrage. Cependant, comme on lui faisait diverses objections qui exigeaient une discussion plus approfondie , il interrompit l’orateur en s’écriant : « Père et maître Anselme, archevêque des Anglais, où es-tu? » L’archevêque des Anglais était assis à son rang. 11 se leva aussitôt : « Notre seigneur et notre père , qu’ordonnez-vous * ? Me voici. — Que fais-tu donc? reprit le pape. Pourquoi gardes-tu le silence comme les autres ? Viens , viens, je t’en prie. Monte auprès de moi, et défends ta mère et la nôtre. Viens à notre secours, comme un envoyé de Dieu. » Il se fit une sorte de rumeur autour du trône pontifical. On changea de place pour
1 Hist. nov., p. 54. — Monast. angl., t. I, p. 99.
* La distinction entre le toi et le nous était usitée dès ce tempslà, et nous l’avons en général suivie comme la donnent les originaux.
mieux entendre ; on prépara un siège pour l’étranger ; on le plaça auprès du pape , et , dans l’assemblée surprise, on demandait qui il était, d’où il venait? Urbain commanda le silence et le fit connaître, en louant ses vertus et ses talents, en racontant ses souffrances et son exil. Mais lorsque Anselme voulut parler , on le pria de retacttre au lendemain , afin qu’il pût s’étendre davantage devant un -auditoire moins fatigué. A la séance suivante, en effet, il prononça avec un grand succès un discours qui , soigneusement revu, est devenu un livre de théologie 11 y établissait la doctrine catholique par l’autorité de l’Écriture, et non par celle des Pères, les adversaires récusant les Pères latins, et contestant l’exactitude des copistes , quand on leur citait les Pères grecs. Après l’avoir entendu , le pape prononça ces mots : « Bénis soient ton cœur et ton sens ; que ta bouche et ton discours soient bénis ! »
Une telle préface devait naturellement ramener l’attention sur la situation de l’orateur. 11 restait assis, la tête baissée, pendant qu’on s’échauffait pour lui; et quand le pape, après avoir énergiquement déploré les persécutions qu’il avait souffertes, conclut en disant : « Voilà la vie de ce tyran ! La voilà telle qu’elle a été maintes fois déférée au saintsiège! Maintes fois aussi, par des lettres d’exhortation et de censure, je lui ai mandé de se corriger;
1 De Prorexsione Spirilus sancti, contra Grœcos liber, p. 49. Cf. B.trooius, Annal , I. XVIII, ad ann. 1097.