‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 56 sur 109 · MORT DE GUILLAUME LE ROUX · texte numérisé non relu

MORT DE GUILLAUME LE ROUX

de Jésus-Christ. L’abbé de Shrewsbury la prophétisait en chaire. Jusque sur le continent, la foi ou la passion croyaient recevoir les mêmes avertissements. Un jour qu’ Anselme était à Marcigni, succursale de la maison de Cluni , l'abbé Hugues lui assura que, la nuit précédente , le roi d’Angleterre, cité devant le trône de Dieu , avait été jugé et condamné. Comme tous les couvents avaient leurs griefs particuliers contre Guillaume , les moines de Saint- Alban ont ajouté plus tard que la nuit qui précéda cette mort, Anselme, étant encore à Cluni , s’était vu transporter devant le tribunal de Dieu. Les saints d’Angleterre y venaient en grand nombre déposer leurs plaintes, et le Très-Haut, dans sa colère, dit : « Approche, proto-martyr des Anglais, approche; et vcnge-toi, venge tous les saints de l’Angleterre offensés par un tyran. » Et en parlant ainsi, Dieu remit une flèche de feu à saint Alhan qui la jeta sur la terre en disant : « Reçois, Satan, tout pouvoir sur le tyran Guillaume. » Et le môme jour le roi périt, transpercé d’une flèche; et le saint dit à 1’archer qui l’avait lancée : « Emporte, démon. » Le crime, ainsi miraculeusement puni, était d’avoir maintenu vacante, pendant quatre ans, l’abbaye de Saint- Alban , après la mort de l’abbé Paul (1093), en rasant ses bois et en pressurant scs vassaux \

Anselme n’avait point fait ce rêve. Mais ceux qui

* Mail. Paris, Vit. XXIII nbbat. S. Alb., p. 53. — Chron. en vers des ducs de Sorm., t. lit, p, 340.

CnAPITRE XIV.

l’accompagnaient attestent qu’il reçut de mystérieux avis, et les imaginations exaltées autour de lui les accueillaient avec avidité. « Le jour suivant, dit Ëadmer, nous étions de retour à Lyon , et, comme c’était la veille de la fête de Saint-Pierre-aux-Liens , qui se célébrait le 1er août, après avoir dit matines , nous qui étions toujours autour d’Anselme, nous songions à prendre du repos. Voilà qu’un jeune homme de bonne mine parut debout à côté du clerc couché près de la porte de la chambre, et qui avait déjà les yeux fermés pour s’endormir ; et l’appelant par son nom : « Adam! tu dors? — Non. — Veux-tu sa- « voir du nouveau? — Très volontiers. — Eh bien, « tiens pour certain que la querelle entre l’arche- « vôque Anselme et le roi Guillaume est apaisée. » Adam leva la tête tout joyeux; il regarda de tous ses yeux autour de lui, et ne vit personne. La nuit suivante encore, pendant matines, un de nous se tenait debout et psalmodiait les yeux fermés. Voilà que quelqu’un lui donna un petit billet à lire. Il regarda et lut : « Le roi Guillaume est mort. » II leva aussitôt les yeux et ne vit plus que ses compagnons. »

Trois jours après, Anselme, cédant à d’instantes prières, se rendit à l’abbaye de la Chaise-Dieu, en Auvergne, aux environs de Brioude. C’est là que deux religieux, l’un du Bec, l’autre de Canterbury, lui apportèrent la nouvelle positive de la mort de Guillaume le Roux. Les rois normands étaient de

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