MORT DE GUILLAUME LE ROUX
grands chasseurs, et ils avaient largement profité de leur pouvoir pour satisfaire cette passion toute féodale. Dans le Hampshire , au sud de Southampton , un vaste espace de terre utilement cultivé avait été converti en bois consacrés à leur plaisir et désignés sous le nom de la Nouvelle-Forêt, New Forest , lieu déjà signalé par plus d’un événement sinistre '. Le 2 août, Guillaume y courait à cheval, et, séparé de sa suite, il se trouvait seul dans l’épaisseur des bois avec Walter Tirrel, un de ses favoris, seigneur de Poix et de Pontoise. Une flèche vint le frapper au cœur, soit qu’elle fût lancée par une main imprudente ou ennemie, soit, comme on le raconta dans l’Église, qu'il eût marché dessus et qu’elle l’eût blessé d’elle-même. 11 mourut sans repentir ni con-* fession. On observa que jusqu’à ce jour tout lui avait réussi. On vit dans sa mort la justice de Dieu. Walter Tirrel prit la fuite, l’abandonnant sans lui porter secours, et s’embarqua immédiatement pour la Normandie.
Une fin inopinée est toujours pour un chrétien une fin terrible. En apprenant celle de son ennemi, Anselme ne put retenir ses larmes. U se hâta de revenir à Lyon, et là il reçut un autre messager, moine aussi de Canterbury, qui venait solliciter son retour au nom de l’Église délivrée. Par le conseil de l’archevêque de Lyon, il partit, regretté de tous ; et
1 Ord. Vilal, 1. X, t. IV, p. 66 el suiî. de la trad. — Mail. Paris,
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il n'était pas à Cluni qu’un envoyé du nouveau roi et des grands du royaume se présenta et lui remit de pressantes lettres. Henri lui écrivait qu’élu roi avec la permission de Dieu, par le clergé et le peuple, il avait été forcé, pour prévenir toute incertitude, de se faire sacrer par un autre que lui , mais qu’il le voulait traiter en père ; qu’il lui commettait le roi et le royaume ; qu’il aurait bien désiré lui envoyer des hommes à lui et de l’argent , mais que les chemins n’étaient pas sûrs; qu’il irait l’attendre à Douvres , et lui porterait de quoi rembourser tous ses emprunts. La lettre était contresignée par Girard, chancelier d’Angleterre et évôque de Hereford, ainsi que par d’autres représentants des prélats et des barons, c’est-à-dire des lords spirituels et temporels du royaume * . Anselme fit diligence, et débarqua à Douvres le 23 septembre 1100. Son exil avait duré près de trois ans.
«Ep., 111, 41.
AVÈNEMENT DE HENRI I. — RÉCONCILIATION. — DES INVES- TITURES. — MARIAGE DD ROI. — NOUVELLE RUPTURE.
(llM-ttlS).
L’Angleterre respirait. Telle est la crédulité humaine, qu’un commencement de règne est toujours un moment d’espérance. Guillaume le Roux n’avait jamais été marié. 11 laissait la couronne en suspens. Son frère puîné Henri , surnommé Beau - clerc , à cause de son goût pour les lettres, quoiqu’on doute qu’il sût écrire, et qui, selon Guillaume de Malmesbury, réalisa le vœu de Platon en introduisant la philosophie dans le gouvernement, était un prince intelligent qui ne faisait point parade de ses talents et ne chantait qu’à voix basse', plus modéré de caractère que ses frères, sachant prévoir, se contenir et plaire dans l’occasion, souvent suspect, hostile même à ses deux aînés, et presque populaire en Angleterre. Seul des fils du Conquérant il y était
1 II ne signa que d’une croix la charte des privilèges de l’abbaye de Sainl-Évroull. On dil seulement qu’il fui le piemier duc normand qui sût lire. Malmesb.,(ies/. Reg., V, p. 155.— Ord. Vital, VI, t. III, p. 19 et Depping, Uitt. de la tiorm., 1. 1, p. 31 i.
né (1068). Il y avait reçu de Lanfranc l’ordre de chevalerie (1 086). Il s’y trouvait à la mort du roi, tandis que le duc, son frère, n’était pas môme en Normandie, et s’arrêtait en Italie à son retour de Jérusalem. Il ne perdit pas de temps, et malgré la résistance de Guillaume de Breteuil et de quelques Normands, au mépris d’un traité, juré par douze barons, et par lequel, en 1091, le roi avait assuré la couronne à Robert, il la reçut, ou plutôt la prit à Westminster, des mains de Maurice, évôque de Londres, trois jours après la mort de son frère. Les seigneurs et les prélats qui se trouvèrent présents dirent qu’ils l’avaient élu. Le peuple, fatigué des violences et des désordres du dernier règne, applaudit à l’avénement d’un prince prudent et pacifique, qui ne manquait que de franchise et de générosité. Conseillé par Robert, comte de Meulan, Henri, son frère, comte de Warwick, Hugues , comte de Chester, il promit aux Saxons, qui aimaient à voir en lui un compatriote, un régime de protection et le retour aux lois nationales. Une proclamation royale, qui fut appelée la Charte des Libertés enregistra toutes ses promesses et devait servir, cent ans après, de base à la Grande Charte. On répéta que la loi d'Edward était rendue à l’Angleterre, mais corrigée, améliorée par le père et par le fils*. « Fort de l’appui des Anglais, je ne crains pas les menaces des Normands, » di-
1 Voyez le lex le dans Wilkins, Lrtj. amjl. saxon. ,p. 233, el llnllum, Suppl ftofet, p. 2f>0.