MARIAGE DE ROI
universellement approuvée, et dont le roi aurait dû se montrer touché. Ce prince aimait Édithe, fille de Malcolm III, roi d’Êcosse, et de sainte Marguerite, du sang des rois d'Angleterre, car son pcre était Edward le Confesseur. On regardait comme une chose nouvelle et grave que le troisième roi normand, le troisième fils du Conquérant, épousât une fdle de race saxonne, encore que, pour dissimuler son origine, on lui eût fait changer son nom d’Édithe pour celui de Mathilde. Elle avait été demandée en mariage, d’abord par Alan le Roux, comte de Bretagne, puis par Guillaume de Varcnne, comte de Surrey. Mais la politique, d’accord avec l’amour, poussait Henri à une alliance qui rencontrait bien des censeurs. Ceux-ci , n’osant tout haut reprocher à la princesse son origine et sa pauvreté,. ne manquaient pas de propager l’opinion, fort accréditée , qu’élevée dans un couvent dès son enfance, elle y était devenue religieuse, puisqu’on l’y avait vue avec un voile. Le roi porta la question devant Anselme , et lui demanda son appui. Le primat était toujours empressé de plaire au roi, quand un intérêt sacré ne le retenait pas. Par position comme par bonté , son penchant le portait à venir au secours . des Saxons dont les misères le touchaient. Les persécutions contre le clergé indigène avaient précédé les siennes, et il n’avait pas à se louer du dévouement ni du courage des évêques normands. Le mariage projeté n’offrait donc rien en lui-même qui
contrariât ses vues. Mais la règle était formelle, et rien ne l’aurait déterminé à faire entrer dans le lit du roi une épouse du Seigneur. Édithe fut appelée, interrogée. Elle déclara qu’elle était libre, et qu’elle le prouverait au jugement du pays entier. « Je ne nie pas pourtant , disait-elle, avoir porté le voile; toute jeune et tremblante sous la verge de ma tante Christine, que tu as bien connue, je lui obéis, quand, pour me préserver de l’outrage des guerriers normands, elle me mit sur la tête un lambeau de laine noire. Je voulais le rejeter, mais elle m’adressait de vifs reproches. Je le portais en gémissant en sa présence; mais, à peine seule, je le foulais aux pieds; folie d’enfant, qui du moins prouve ma résistance. Voilà seulement, je parle en conscience, comment j’ai été voilée. Une fois, mon père me vit, et telle fut sa colère qu’il m’arracha ce voile et le déchira, appelant le courroux de Dieu sur ceux qui m’avaient forcée de le prendre , protestant qu’il me donnerait au comte Alan plutôt que de faire de moi une religieuse '. » Anselme hésitait encore après l’avoir entendue. 11 était scrupuleux et incertain. 11 assembla un conseil d'évêques, d’abbés, de nobles, de reli-
1 Ces mots du roi Malcolm présentent un double sens. Il y eut plus d'un comte Alan ou Alain en Bretagne, et il se peut que la haine des Anglais et des Écossais les portât b employer proverbialement ce nom comme celui d'un ennemi et du pire des époux qu’un père pill donner à sa fille. D’un autre cAté.Orderic Vital dit positivement qu'Alun le Roux, comte de Bretagne, demanda au roi Guillaume II la main de Mathilde, et que morte ]<rœccnlus non