MARIAGE DC ROI
pendant, avaient pris le voile volontairement, tandis qu'Édithe n’avait cédé qu’à la contrainte.
Quand le roi connut cette décision, il demanda à l’archevêque s’il avait quelque objection à faire. « Aucune, répondit celui-ci, car le jugement est canonique. — Dès que vous approuvez le jugement, je veux que vous nous fianciez. — Je ne blâme pas le jugement, reprit le prélat ; mais si Votre Majesté voulait m’en croire , je lui conseillerais de ne pas faire ce mariage. D’une façon ou d’une autre, elle a porté le voile, et vous pouvez trouver bien assez de filles de rois et de comtes. » Et comme le roi insistait : « Mon avis donné, vous pouvez n’en tenir compte, et faire ce qu’il vous plaira. Mais qui vivra verra. Je crois que l’Angleterre ne se réjouira pas longtemps de la postérité née d’une telle union1.» Le roi demeura sourd à cette prédiction, qui parut s’accomplir, quand le fils de Mathilde périt à dix-sept ans dans les eaux de Barfleur ; qui se serait accomplie, si le fils de sa fille n’était devenu le chef de la dynastie des Plantagenets. Anselme n’était pas fâché, après avoir dit sincèrement son avis, de pouvoir, en sûreté de conscience, faire une chose agréable au roi. On amène donc Édithe; son air est plein de douceur. Elle apprend tout ce qui s’est fait ; elle demande à
1 Heriman, troisième abbé de Saint-Marün-de-Tournai , dit, dans un manuscrit consulté par les Bollandistes, avoir entendu dans son enfance ce récit de la bouche de saint ADseline. Nous avons, h l’aide de sa version, complété la narration, un peu différente, d'Éadmer. Act. Sanct., april., t. Il, p. 723.
ajouter quelques mots, et elle offre d'établir, soit par l’épreuve du sacrement, soit par toute autre qui lui sera déférée suivant le droit ecclésiastique, qu’elle a dit vrai, non qu’elle pense qu’on n’en croie pas sa déclaration, mais pour ôter aux méchants tout prétexte de blasphémer contre la vérité. L’archevôque la rassure; toute épreuve est inutile après une décision si imposante; il la renvoie avec sa bénédiction ; et peu après, le jour de Saint-Martin (11 novembre 1 1 00), aux portes de l’église, en présence du roi, des grands et du peuple, il raconte tout, et commande, de l’autorité de Dieu, à quiconque aurait quelque chose à opposer, de le dire sans hésiter devant toute l’assemblée. On se tait, et, consacrant le mariage, il bénit Êdithe comme femme et comme reine.
11 prit pour elle une grande affection, et lui inspira de vifs sentiments de recon naissance et de respect; du moins montra-t-elle un constant désir de lui plaire.
La nouvelle reine Mathilde, good queen Molde, était belle et pieuse ; elle avait l’esprit cultivé, le goût des lettres, une pédanterie ingénieuse, une libéralité que les savants éprouvèrent, une charité que bénirent les pauvres. Elle lavait leurs pieds et pansait leurs plaies, tandis que ses largesses à des hommes d’art et d’étude, surtout à des étrangers, la faisaient accuser de trop chercher la renommée, car elle ne cessa jamais d’étre attaquée par le parti gallo-normand. Ou a prétendu qu’elle se maria à contre-cœur ; Mat-