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L’habileté du roi d’Angleterre rendait la situation du primat très difficile. Un prince respectable par les apparences de sa vie, modéré dans son langage, jaloux de son pouvoir et obstiné dans ses desseins ; mais ami de l’ordre et de la loi, et qui faisait la police de son royaume avec rigueur, mais avec justice, n’offrait point de prise contre lui, et l’opinion publique n’appuyait pas l’archevêque dans là lutte de principes qu’il avait engagée. L’esprit d’opposition ne se montrait que chez les barons normands, qui regrettaient la licence du dernier règne ; et là, Anselme n’aurait trouvé ni voulu trouver de sympathie. 11 appartenait bien plutôt au parti contraire, qui approuvait en général la politique royale, et qui aurait condamné toute opposition, môme celle d’un saint homme. J’imagine que les bons esprits du temps déploraient sa conduite; et quelques-uns même devaient aller jusqu’à dire que les gens qui écrivaient si bien sur les choses abstraites n’entendaient pas les affaires, et que ces hommes de cloître et de méditation étaient
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insupportables avec leurs principes. Lui-môme, scrupuleux dans sa résistance, redoutait toute apparence d’hostilité. Hors sur un point, il se rangeait du côté de la couronne. En se montrant consciencieux, il craignait de paraître exigeant et obstiné, et il sentait qu’il obtenait du peuple plus de respect pour sa personne que d’iutérôt pour sa cause.
La noblesse lui avait été assez favorable du temps qu’il luttait contre Guillaume le Roux; mais il ne pouvait compter sur elle, quand, n’ayant reçu aucun outrage, il s’élevait contre un droit de seigneurie féodale. Quoique les barons anglais n’aient jamais, pour la plus grande gloire et la plus grande durée de l’aristocratie britannique, possédé la totalité des prérogatives, distribuée à tous les degrés de la hiérarchie dans la féodalité du continent, ils ne pouvaient être ardents à prendre fait et cause pour l’Église, engagée dans un débat contre le roi en sa qualité de premier seigneur de la terre, de chef des conquérants du sol. Anselme, sans cesse occupé de trouver des autorités pour sa thèse, des approbateurs pour sa conduite, faisait de fréquents appels à la piété des nobles dames, qui lui portaient une vénération particulière, pour obtenir par elles la bienveillance de leurs époux et de leurs parents. La première de toutes était la reine Mathilde, avec laquelle il entretenait un commerce épistolaire, qu’il comblait de louanges tendres et respectueuses, et qui, dans ses lettres longues et étudiées, s’attachait à montrer de
la reconnaissance, de la de'votion et du bel-esprit. La comtesse Ida de Boulogne reparaît souvent aussi parmi ses correspondantes. Il écrit à Clémence de Bourgogne, femme de Robert II, comte de Flandre, et il lui rend grâce de ce que ce seigneur a institué dans ses domaines des abbayes, sans en donner de sa main l’investiture. C’est à sa prudente clémence qu’il en rapporte l’honneur, dit-il, en jouant sur le mot, et en elle il connaît une clémente prudence. Que la comtesse Clémence guide son époux, et la divine clémence leur ouvrira le royaume des deux. C’est ainsi qu’il se prépare à féliciter le comte lui-même sur un si bon exemple et si nécessaire, « car les princes qui font autrement, à quoi réussissent-ils et que deviennent-ils ? » Quelquefois il se hasarde au loin, et il entre en communication avec des princes qu’il connaît à peine. Ainsi par un retour vers sa patrie, il écrit à Humbert II, marquis de Suze, comte de Maurienne et de Savoie, qu’il regarde comme son seigneur naturel, « et qu’il aimait, dit-il, avant de l’avoir vu. « Il le remercie de l’avoir soutenu dans son voyage (1098), et il lui recommande de chérir l'Église comme une mère; de fuir l’exemple des mauvais rois qui la foulent aux pieds ; de se rappeler que l’Église de toute principauté particulière est confiée au prince, non pour qu’il en soit le dominateur héréditaire, mais l’héréditaire défenseur. C’est dans les mêmes termes qu’il s’adresse à Baudoin Ier, frère de Godefroi de Bouillon et roi de
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Jérusalem (1100). En le félicitant, comme dévoué à sa mère et aux siens, de son élévation au trône de David, qu’il appelle son prédécesseur, il lui dit que Dieu ne veut pas d’une esclave pour épouse. En le louant de connaître ses devoirs, il les lui retrace, et c’est à lui qu’il dit ces mots souvent cités : «U n’est « rien que Dieu aime dans ce monde plus que la « liberté de son Église'.» Mais, malheureusement, ce n’était pas en Syrie, en Piémont et en Flandre qu’il aurait besoin de trouver établie dans les cœurs la maxime que l’épouse de Dieu n’est pas une servante ; que le prince doit, non la maîtriser, mais la défendre, qu’il est, non le seigneur, mais l'avocat, non le frère aîné, mais le fils de l’Eglise*. C’est dans cette île turbulente, où il lui faut menacer de l'exhérédation du royaume céleste les comtes Robert de Belesme et Ernulfe de Montgomery, les seigneurs de Mortcmer, de Briouse et de Neufmarché, pour leur arracher les terres du diocèse de Saint- David ; où, jusque sous ses yeux, Robert, fils de son ami, le comte de Chester, vint, dans son ressort, avec des moines de Saint-Ëvroult , s’installer de
» Ep., I, 73; II, 24, 37; III, 18, 56, 58. — III, 28, 59; IV, 13. — III, 65. — IV, 9, 36.
* Non dominum sed advocalum , non privignum sed filium se probe! esse Ecclesiæ, p. 389. — L’avocat ou avoué de l’Église était, dans de certains pays, un défenseur eboisi souvent parmi loa laïques, et même parmi les gens de guerre, pour maintenir les biens et les droits ecclésiastiques ( Du Cange). Le privignus est l’alné, ou, plus proprement, celui qui est né avant le second mariage de la mère (Festus).
vive force, comme abbé de Saint-Edmond, en vertu seulement de l’investiture royale, sans que rien, ni plaintes, ni remontrances, puisse décider leur métropolitain, l’archevêque de Rouen, à intervenir contre une intrusion scandaleuse * .
Il y a quelque temps que nous n’avons vu Anselme trouver des heures de loisir pour le travail et augmenter le nombre de ses écrits. Nous sommes cependant à une époque (1101) où l’on place son traité sur la Procession du Saint-Esprit *. Il y retraite, en souvenir du concile de Bari et contre l’erreur des Grecs, une question qui n’est importante que pour le dogme littéral : car il est difficile d’attribuer de grandes conséquences, soit théologiques, soit philosophiques, au point de savoir si le Saint- Esprit procède du Père et du Fils, ou du Fils seulement. Mais en établissant la doctrine orthodoxe, il y ajoute des développements d’un plus haut intérêt, tant sur l’unité de la Divinité que sur la trinité des personnes. Il déduit avec beaucoup de clarté la thèse, fondamentale en théologie scolastique, qui n’admet dans la Divinité d’autre pluralité que celle qui résulte
* Ep., IV; 23. III ; C8. IV; 14, 20, 22. 11 paraîtrait que Roger de Sap, abbé de Saint-Évroult, avec quelques-uns de ses moines, . tenta la voie des armes pour faire abbé de Saint-Edmond un d’eux, Robert, fils du comte Ilugues de Chester. A la vérité, d'après Orderic Vital, Hugues n’eut qu’un fils, Richard qui lui succéda. Mais le texte d’Anselme est formel, et Robert pouvait être un fils naturel (Ord. Vital, 1. VU et X, D. Bouquet, t. XII, p. 649
et 682, et ilonast. angl., t. I, p. 298, éd. de 1682).
* De Processione Spirilus Sancli contra Græcos liber, p. 49-61.
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de la diversité des relations, en sorte que, à proprement parler, la relation seule caractérise et même constitue la personne, et l’opposition des relations donne seule l’ordre de la Trinité. Il confirme et éclaircit cette expression philosophique d’un mystère inexprimable, par les représentations métaphoriques usitées dans l’école, par les comparaisons prises soit de la lumière et de la chaleur qui émanent du soleil, soit de la source et du ruisseau qui proviennent du lac. Toute sa théorie de la Trinité, conforme en général à l’enseignement autorisé, n’encourt pas d'autres objections que celles qui frappent, à notre avis, toute tentative de traduire sous forme de doctrine scientifique ce qu’il vaut mieux confier comme dogme mystique à la foi.
Cet ouvrage est un de ceux qui furent le plus estimés du temps d’Anselme. Il devint une autorité dans la question. Hildebert, le célèbre évêque du Mans, qui lui-même a laissé des écrits théologiques et un ouvrage remarquable de philosophie morale, reçut ce traité, et combla l’auteur de remerciements et de louanges dans une lettre en style prétentieux, où il lui dit que de ses lèvres sacrées, comme d’un sanctuaire, s’échappent des oracles, et que, stupéfait d’admiration au souvenir de ce qu’il a lu, il s’écrie avec le Psalmiste : C'est le Seigneur qui a fait cela. En signe de reconnaissance, il ajoute à ses éloges le présent d’un flabellum ou chasse-mouches. «C’est un don qu’on doit interpréter, dit-il. Ces mouches
odieuses qui le plus souvent empêchent les prêtres de célébrer le saint sacrifice, ce sont les fantômes des pensées importunes, les tentations séductrices, qu’il faut chasser avec le mystique éventail de la foi. » — « Vos lettres font de moi votre débiteur, lui répond Anselme, non pour les louanges qu’elles me donnent, mais par l’amitié qu’elles me prouvent. Je voudrais vous la rendre au double, cette amitié qui m’a prévenu ; et si ce que vous connaissez de mes petits ouvrages vous a plu, je veux vous en envoyer que vous ne connaissez pas * . »
Anselme adressa aussi son livre sur le Üjaint-Esprit à Walfram, évêque de Naumbourg, en Saxe. C’était un prélat dévoué aux intérêts de Henri V, et qui, probablement pour répondre à des Grecs venus à la cour de l’empereur, l’avait consulté sur la procession du Saint-Esprit, ainsi que sur divers points de liturgie ; par exemple, sur l’emploi du pain azyme et du pain fermenté. « Je vous saluerais de bien bon cœur comme évêque très cher et très vénéré, lui écrit Anselme, si j’étais sûr que votre prudence ne favorisât pas le successeur de Jules-César, de Néron, et de Julien l’Apostat, contre le successeur et le vicaire de Pierre, apôtre. » Malgré ce début, il lui adresse une petite dissertation en défense des usages de l’Église latine contre ceux de l’Église grecque. Waltram, sans se décourager, lui demande une au-
' Ep., ni, S3, i6i, lea.etiv, II.
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tre fois de l’éclairer sur la diversité des modes de célébration du sacrement de l’autel, le comparant à Minerve, et levant les yeux vers lui comme vers la montagne. Mais il ajoute qu’il est maintenant rentré en grâce auprès du pape; que de Saul il est devenu Paul, et qu’il est chez l’empereur Henri comme Joseph chez Pharaon. Il reçoit cette fois de meilleurs compliments et trois chapitres fort courts, précédés de ces mots : « Quand votre sublime humilité me compare à Minerve et m’appelle montagne, je ne prends pas cela pour moi, car je ne trouve en moi rien qui autorise à parler ainsi de moi *. »
Cette correspondance est une nouvelle preuve de la réputation presque européenne d’Anselme, de son autorité théologique et de sa fidélité au saintsiège. Mais ce dernier point était la grande difficulté de sa vie. Le haut clergé, pas plus que la noblesse, n’osait ou ne voulait le soutenir. L’exemple qu’avait donné l’épiscopat anglican de se séparer des intérêts de Rome à la voix du roi, est, selon Mœlher, sans analogue dans l’histoire du moyen âge a. Ce corps avait été composé hors de l’influence de son chef. On en a pu juger par la conduite des trois évêques envoyés en ambassade à Rome. Quand Anselme observait les chefs des églises et des abbayes, il n’était pas
1 De tribus Walerani quœstionibus , p. 133. — De sacramentorvm diversitate, p. 137. — Annot in Ep., p. 578. Cf. Hasse, Anselm, t.1, 1. II, c. IX, p 525.
* Tlte Life of saint Anselm, p. 77.
assuré de rencontrer partout la pureté des doctrines, ni même celle des mœurs. En passant sur le continent, il avait laissé le découragement derrière lui ; le relâchement était venu bientôt. L’évêque de Chichester seul avait opposé à la tyrannie une énergique résistance, suspendant l’office divin dans son diocèse, fermant les églises, refusant les tributs ; et sa fermeté un peu rude surprit le roi qui ne céda qu’à lui. Henri se conduisait envers le clergé avec plus de décence que son prédécesseur, mais il était peu porté à respecter d’autres droits que les siens, et tout pliait devant la royauté sans qu’elle prît la peine d’être oppressive. Il fallait donc relever l’Église et même la purifier. Un des meilleurs moyens était de la réunir, et Anselme pensa avec raison qu’il obtiendrait facilement de la piété, dont le roi avait tous les dehors, ce que lui avait brutalement refusé l’indévotion cynique de Guillaume le Roux. Depuis les derniers conciles tenus par Lanfranc, dont les plus célèbres sont ceux de Londres et de Winchester en 1075 et 1076, l’Église d’Angleterre n’avait pas vu de ces solennelles assemblées. Le primat fut autorisé à réunir sous sa présidence, en concile général, les évêques et les abbés du royaume 1 . A la Saint- Michel, le 29 septembre 1 1 02, le synode se tint dans l’église de Saint-Pierre à l’ouest de Londres, ce qui veut dire dans la chapelle de Westminster. On distinguaitparmi les assistants Girard, depuis peu promu à
' Hist. hop., III, p. 63 65.
CONCILE DE LONDRES
l’archevêché d’York ; Gondulfe, évêque de Rochester; Robert Bloet, de Lincoln, prélat tout mondain, cité pour son esprit des affaires, une conduite légère et des goûts fastueux ; Jean , de Bath ; Ralph, de Chichester; Herebert, de Norwich, qui nous sont connus; Hervey, de Bangor; Robert, de Chester, qui s’était enrichi des trésors du monastère de Coventry, et à qui, pour être coupable de péculat, il ne manquait qu’un accusateur; Samson, de Worcester, ancien chanoine de Bayeux, qui était lettré et qui parlait bien, sacré par Anselme à Saint-Paul, en 1 096 ; Maurice, de Londres, prêtre de cour, d’une réputation contestée, aimant la dépense et l’éclat; Guillaume Gifford, jadis doyen du chapitre de Rouen, et qui venait d’être appelé, malgré sa répugnance, au siège de Winchester; enfin les deux Roger, récemment élus. Ces trois derniers attendaient encore leur consécration. Osberne, évêque d’Exeter, était malade et absent. Le roi, à la demande de l’archevêque, avait permis aux grands du royaume d’assister aux délibérations, afin que les deux ordres fussent ensemble témoins et garants de tout ce qui serait décrété.
Parmi les décisions de ce concile, lesquelles, pour la plupart, intéressent les mœurs du clergé et du peuple, nous remarquons d’abord plusieurs exemples de juste sévérité contre des abbés convaincus de simonie; six, au moins, furent déposés pour ce fait, et trois pour autre cause. Un des six fut Eadwin, nommé à l’abbaye de Ramsey; un des trois
CIIAP1TRE XVI.
fut Richard , promu depuis deux ans à celle d’Ely, et qui, bien qu’élève du Bec et allié à la famille royale , comme descendant des seigneurs de Bienfaite, ne fut sauvé ni par l’indulgence du primat, ni par la protection du roi. U n’était cependant excommunié que pour avoir reçu l’investiture laïque. La déposition fut également prononcée contre Robert, ce fils de Hugues le Loup, qui avait voulu s’établir de force à Saint-Edmond. Ces abbés de haut lignage étaient naturellement favorables aux prétentions toutes féodales de l’autorité temporelle.
Une défense générale fut faite à tout archidiacre , prêtre , diacre ou chanoine , de se marier, ou , s’il était marié, de garder sa femme. Le vœu de chasteté fut prescrit à partir du sous-diaconat ; la messe, interdite à tout prêtre impudique. On a cité plus d’une fois ces articles. On y a voulu voir des nouveautés mais ils prouvent seulement que la règle du célibat des prêtres , mal observée comme tant d’autres , avait, comme tant d’autres, besoin d’être renouvelée souvent. Il faut même convenir que, sur ce point, les mœurs ont été longtemps plus puissantes que les lois, et qu’on a pu croire, à certaines époques, que le célibat était plutôt un conseil de perfection qu’un devoir étroit. Mais il semble prouvé par le canon III du concile de Nicée que la règle a été
1 Voyez, entre autres, le De antiquilate Britannicce Ecclesiœ, p. 122, deM. Parker, second archevêque protestant de Canlerbury (Hanov., 1605).
CONCILE DE LONDRES
dès lors établie; et quant à l’Angleterre, Bède attribue au concile de Hatfield , en G80 , la reproduction de tous les canons du concile de Nicée. Dans tous les cas , on démontre par deux lettres de Lanfranc que ce ne serait pas Anselme qui aurait innové *.
On détendit également aux évôques d’accepter la justice séculière; aux clercs, d’être mandataires ou procureur des séculiers , ni juges du sang ; aux fils de prêtres, d'hériter des églises de leurs pères ; aux abbés, de faire des chevaliers (privilège laissé aux évêques )1 2 , et de manger ou de dormir dans une autre maison que celle de leurs moines. 11 fut réglé aussi qu’il ne serait payé de dîmes qu’aux églises ; que les moines ne pourraient recevoir de paroisses et d’églises que de la main des évêques , et ne dépouilleraient pas celles-ci de leurs revenus pour en faire , aux dépens des desservants , profiter leur communauté.
11 fut ordonné que tous ceux qui auraient de longs cheveux les couperaient de manière à laisser paraître les oreilles, et que les yeux ne seraient jamais couverts ; car on entendait généralement à la lettre le passage où saint Paul dénonce comme une ignominie pour un homme l’habitude de laisser croître ses cheveux (I Cor. XI, 14); et dans un signe de recherche et de vanité, on voyait la marque d’un
1 Lanfr., Op , Ep. 4 et 20. Lingard, Antiquités de l'Égl. angl.~ sax., ch. 1 1 , p. 87 et suiv.
* ld., ibid., ch. VU, p. 256. Selden in Eadm. nof.,p. 131.
vice détesté. Aussi un anathème formel est-il prononcé contre ces odieux désordres qui s’étaient, diton, depuis la conquête, singulièrement propagés en Angleterre, et paraissaient avoir souillé jusqu’au clergé. Il faut bien, sur cette preuve et sur d’autres analogues, croire que le mal maudit par le concile et plusieurs fois dénoncé par Anselme était, au moyen âge, un vice assez commun. Mais, malgré de graves autorités, je n’hésite pas à voir une exagération puérile dans cette sévérité systématique contre les longues chevelures. Ce fut, depuis et avant même les rois chevelus, une parure chère aux races guerrières de la Germanie, que celle qui est ici proscrite par l’Église, tout au moins comme le signe d’une vie efféminée. Quand, en 1 1 05, touchés par un sermon, le roi Henri et ses barons armés firent couper leurs longs cheveux par Serlon , évêque de Séez , dans l’église de Carentan, on peut croira qu’ils étaient bien aises de plaira au clergé de cette Normandie qu’ils venaient conquérir; ou, même, que, dans leur ardeur belliqueuse, ils aimaient à déposer pour le combat une parure des jours de luxe et de mollesse ; mais on ne saurait supposer que le roi et son armée fussent une horde infâme de débauchés impudents. L’Église a sagement réformé tout cela, et préfère aujourd’hui, je n’en doute pas, la longue chevelure artificielle des courtisans de Louis XIV à la tête rasée des favoris de Henri III '.
1 Ans., Op-, Ep., IU, ep. 62. Hist. nov., p. 39 et 64. Ord. Vit.,
CONCILE DE LONDRES. 32
On condamna encore, comme un trafic infâme, l’usage qui s’était maintenu dans le pays de vendre les hommes ainsi que des animaux ». C’est là un des textes trop rares que l’Église peut citer pour établir quelle a proscrit l’esclavage.
L écrivain qui nous fait connaître ces sages prescriptions ajoute qu’il se passa bien peu de jours avant que les volonte's du concile fussent enfreintes dans toutes les classes de la nation ; et même l’excommunication lancée contre les infractions que le concile en jugeait dignes, et qu’il avait ordonné de proclamer par toute l’Angleterre les jours de dimanche, Anselme jugea à propos de la suspendre. En général, il fut sévère dans ses règles canoniques et indulgent dans leur application; il haïssait le scandale, l’inquisition, la contrainte, et pensait peutêtre qu’il lui suffisait, comme dans la parabole lue à son sacre, d’appeler au repas beaucoup plus de monde qu’il n’en devait venir. On dit qu’il craignait que la condamnation publique de honteux désordres ne familiarisât les esprits avec le vice, qui en deviendrait plus hardi, plus effronté*. La règle même du célibat était mal observée dans le clergé séculier, alors, il est vrai, peu nombreux et médiocre-
nist., I. XI, t. IV de la trad., p. 183. — Lingard, Mit. d'Angl., t. II.
1 M st. nov., p. 64. Seld.. Annol., p. 131. - Lingard, Antiq. de l'Égl. angl-sax., p. 45 (Irad.).
Luc, XIV, 24. Hist. nov., IV, p. 84, Hcnr. Knighl. Chron.,
1 II, ch. 8. Scr. X, p. 2377.
322 CJ1APITRE XVI.
ment estimé. Les chanoines résistaient aux exigences de la discipline. Un fragment d’une lettre de l’archevêque d’York peint sous les traits les plus vifs le déréglement et l’indocilité du clergé ‘.
Ainsi, toujours ce je ne sais quoi d’invincible que les affaires humaines opposent à l’application des règles absolues forçait Anselme à composer avec la nécessité. Il ne pouvait même faire prévaloir sans restriction l’autorité de la morale chrétienne. Faut-il s’étonner que le triomphe de ses idées sur la constitution de l’Église rencontrât plus d’obstacles encore? L’éternelle question se retrouvait incessamment sur ses pas. Ainsi, Roger le lardier, désigné pour l’évêché de Hereford, étant tombé gravement malade à Londres pendant la session du concile, lui demanda en grâce un ordre aux évêques de cette ville et de Rochester de le sacrer d’urgence avant son dernier soupir. « Bon Dieu ! quelle étonnante ineptie ! dit à ce propos Guillaume de Malmesbury; le saint archevêque n’en fit que rire *. » Roger mourut, etReinelm, chancelier de la reine, lui succéda, en recevant l’investiture de la main royale.
De tous ceux qui n’étaient point sacrés, Anselme ne consentait à donner la bénédiction qu’à Guillaume Gifford, élu pour le siège de Winchester, parce que, nommé pendant son exil, il n’avait voulu ni rece-
1 In Ans. Op , Vil. ex ras. Vicl.
’ Malin., Gest. font., p. 287.