‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 64 sur 109 · SECOND EXIL D’ANSELME · texte numérisé non relu

SECOND EXIL D’ANSELME

voir le bâton pastoral, ni exercer âe fonctions épiscopales. Quoiqu’ayant été chancelier, il avait repoussé l’investiture royale, presque insulté les électeurs qui le voulaient nommer, et, fuyant des honneurs interdits, il s’était retiré dans le diocèse de Rouen. La correspondance d’Anselme abonde en lettres à l’archevéque de cette ville, à des moines, à des abbesses, au roi, à Gifford lui-méme, pour lui ménager des protecteurs, consoler ses ouailles, désarmer ses ennemis, soutenir son courage et son dévouement'. Touché des vœux du peuple de Winchester, qui réclamait son évêque à grands cris, Anselme voulait donc lui donner l’institution canonique; mais le roi s’opposait à cette exception, et demandait impérieusement le sacre des trois évêques à la fois. Au refus du primat, il ordonna à l’archevêque d’York de lo remplacer. Girard était prêt, heureux de saisir une occasion d’entreprendre sur les droits d’un rival.

Mais quelle fut la surprise générale et la colère du roi, quand Reinelm lui rapporta sa crosse et son anneau, disant qu’une bénédiction illicite ressem- ' blerait à une malédiction. Exilé sur-le-champ de la cour, il se retira jusqu’au jour où, les choses ayant changé, il put être installé régulièrement. Cependant l’archevêque d’York voulait poursuivre; les évêques l’encourageaient. Il prit donc jour pour consacrer à Londres, dans l’église Saint-Paul, les

» Ep., III, 70 el 105; IV, 7, 24, 25 et 26.’ Aanot., p. 573.

deux candidats qui restaient, Guillaume et Roger. Anselme s’était retiré à Mortlake pour attendre l’événement. Au jour marqué, nouvelle surprise : lorsque le moment arrive de l’épreuve de l’examen, Guillaume Gifford, ému de repentir et d'effroi, refuse de courber la tête et trouble toute la cérémonie. Les évêques se dispersent; le peuple s'agite; il se déclare pour Guillaume, il outrage tout le reste. Les prélats se retirentuüors auprès du roi, pour se plaindre vivement et demander appui. On amène le réfractaire; on le traite de criminel, on le menace de toutes parts. Il tient ferme, et, dépouillé de tout, il est banni du royaume. Vainement Anselme implore, réclame pour lui la justice du roi.

Cependant la chance avait évidemment tourné. L’influence primatiale se relevait. Henri le sentit, et profitant d'une affaire qui l’appelait à Douvres pour traiter avec le comte de Flandre, il arriva soudainement à Canterbury vers le milieu du carême. 11 voulait brusquer le dénouement, et pour arracher à l’archevêque un acte de soumission, il laissa percer l’intention d’en venir à de tristes rigueurs. Anselme avait reçu une réponse de Rome. Le cachet n’en était pas brisé , et , avant de le rompre , il proposa de prendre pour règle ce que le pape aurait décidé. « Je ne tolérerai plus tous ces détours, dit le roi. Je veux en finir. Qu’ai-je à faire ici du pape? Tout ce que mes prédécesseurs ont possédé dans ce royaume est à moi ; qui m’en veut dépouiller est mon ennemi.

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