‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 68 sur 109 · DERNIERS ACTES D'ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

DERNIERS ACTES D'ADMINISTRATION

le déclin de sa santé, nous le retrouvons jusqu'au bout dévoué, laborieux, consciencieusement attentif au maintien de ses prérogatives. Or il y avait entre le siège d’York et celui de Canterbury une sourde rivalité. Saint Paulin avait fondé le premier, comme saint Augustin le second, et saint Paulin et saint Augustin passaient pour les deux apôtres de l’Angleterre. Anselme ne tarda pas à s'apercevoir que le nouvel élu cherchait des prétextes pour éviter d’étre sacré de sa main et de lui faire la profession ou l’acte de soumission qu’il lui devait. Thomas alléguait tantôt le défaut d'argent, qui le retenait à York ou à Soutbwell, dans le couvent fondé par saint Paulin, rival de celui de saint Augustin près Canterbury; tantôt l’attente d’une réponse du pape, à qui il avait fait demander le pallium, espérant peutêtre que l’envoi de ce signe révéré équivaudrait à l'institution canonique, ou, du moins, le dispenserait de s’incliner devant le primat. Peut-être calculait-il qu’en gagnant du temps, il atteindrait le terme de la vie d’un rival, dont les jours semblaient comptés. Cependant, aux termes des canons, le sacre devait avoir lieu dans les trois mois de l'élection. Anselme, ne pouvant souffrir plus longtemps ces retards calculés, écrivit au pape pour le prévenir et lui recommander les droits de la primatie qu’il tenait du saint-siège. De ce côté, d’ailleurs, les affaires semblaient se déranger. Thomas avait profité, pour s’adresser en cour de Rome, du départ d'un

envoyé du roi, qui commençait à prendre de l'ombrage, ayant appris que le pape accordait à l’empereur la pratique des investitures. Anselme avertit Pascal de la gravité qu’aurait une semblable tolérance, qui pouvait ranimer chez le roi d’Angleterre ses anciennes prétentions. Le pape, en effet, avait un moment ménagé le fils de Henri IV, comptant sur lui pour changer la politique impériale, pour amener un rapprochement, et, lui-même, il devait se montrer, trois ans plus tard, capable de complaisance et de faiblesse. Mais à l’époque de celte correspondance (1108), il était rentré en Italie, il y tenait un concile à Bénévent, et s’occupait de résister aux desseins du jeune empereur, revenu aux traditions de son père. Il rassura donc Anselme, et, en lui donnant satisfaction sur le pallium de l’archevêque d’York, il lui écrivit de Bénévent le 12 octobre : « Que le roi teutonique donne les investitures ecclésiastiques, sache que nous ne l’avons toléré ni ne le tolérerons jamais. Nous avons attendu, il est vrai, afin de voir si la férocité de cette race ne pourrait pas être domptée; mais si le roi veut marcher dans le sentier de la perversité paternelle, il éprouvera sans aucun doute le glaive de saint Pierre, que nous avons déjà commencé à tirer du fourreau. »

Enhardi par cette assurance, Anselme rendit progressivement impérieux le ton d’abord amical et confiant de sa correspondance avec Thomas d’York. 11 lui fit dire par l’évêque de Nonvich qu’il se con-

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