NAISSANCE ET JEENESSE D’ANSELME
jusqu’à Dieu se manifesta dans laine de celui qui devait un jour le chercher dans les sublimités de la méditation. Ainsi il racontait qu’ayant entendu dire à sa mère que Dieu était là-haut dans le ciel, il avait imaginé que le ciel s’appuyait sur les sommets des montagnes qui bornaient son horizon depuis son enfance, et qu'ainsi, en les gravissant, on pourrait monter jusqu a la cour du Roi des mondes. Comme cette pensée roulait sans cesse dans son esprit, il arriva qu’une nuit il crut la réaliser. 11 vit dans une plaine des femmes qui étaient les servantes du roi, et qui faisaient la moisson avec une paresse et une négligence extrêmes. Il leur adressa des reproches, et se promit de les dénoncer à leur seigneur. Il gravit donc la montagne, et se trouva dans le palais du roi, resté seul avec le premier officier de sa cour (Dapifer), car c’était la saison des récoltes et tout le monde était aux champs. En entrant, il s’entendit ap]>eler, et il alla s’asseoir aux pieds du roi. Interrogé avec douceur, il répondit suivant son Age, dit qui il était, d’où il venait, ce qu'il voulait. Puis le grand-maître de l’hôtel, en ayant reçu l’ordre, apporta un pain d’une blancheur parfaite que l’enfant prit et mangea. Le lendemain de ce songe, dans sou innocente simplicité, il croyait réellement s’être nourri dans le ciel du pain du Seigneur, et il le racontait à tout le monde.
Cependant il croissait en âge, et son honnêteté, sa douceur le faisaient aimer. On le mit aux éludes ;
ses progrès furent remarquables. Il n'avait pas encore atteint sa quinzième année que déjà il réfléchissait à la meilleure manière de vivre selon Dieu, et jugeant que rien n’était préférable à la vie monastique, il alla trouver un abbé de sa connaissance, peut-être, dit Mabillon, l’abbé de Saint-Bénigue-de- Fruttuaria, et lui demanda la permission de se faire moine. L’abbé n’ accueillit pas un vœu formé par un enfant sans le consentement de son père. Anselme, désolé, mais non découragé, pria Dieu de lui envoyer quelque infirmité qui le lit recevoir au couvent, et, tout à coup, il crut sa prière exaucée : il tomba malade, et fit appeler l’abbé, disant qu’il croyait sa fin prochaine et souhaitait de mourir en religion. Mais sa demande fut encore repoussée, et bientôt l’ardeur de la jeunesse, plus forte que sa vocation, l’entraîna dans d’autres voies. 11 négligea même pour les plaisirs l’étude des lettres qu’il aimait. Toutefois, la tendresse et l’autorité de sa mère le retenaient encore; mais il la perdit, et son cœur, comme le navire qui perd son ancre, s'abandonna aux Ilots du monde. Richera, sa sœur, et ses oncles maternels, Lambert et Folcerald ne cessèrent pas de le traiter avec affection. Mais son père, qui, du jour de la mort d’Ermemberge, prenant en dégoût les choses du siècle, était entré dans un couvent, vit d’un œil sévère ces écarts de la jeunesse; et sa rigueur était telle qu’ Anselme ne pouvait le désarmer par la douceur et l’humilité. Aussi la vie qu’il menait lui devint-elle iusuppor-