DES OUVRAGES DE SAINT ANSELME ET DE SA PHILOSOPHIE EN GÉNÉRAL
Pour apprécier saint Anselme, on pourrait s’en tenir au jugement des écrivains du moyen âge. Voici ce jugement tel qu’il résulte de leurs divers témoignages. « La philosophie, c’est-à-dire la sagesse, est venue des Chaldéens, par l’intermédiaire de différents peuples, chez les Francs d’Occident, et en dernier lieu, dans les Gaules, aux jours de ces hommes illustres, Bérenger, Manegold, Lanfranc, Anselme ‘. Tout entier à la théorie céleste, Anselme, puisant à la source de la sagesse, répandit largement les flots de miel de la science. 11 pénétra habilement les obscurités de la sainte Écriture*. Nul de son temps ne fut aussi curieusement docte , nul plus profondément spirituel*. Éloquent môme dans le commun langage, éminent parla sainteté, éminent par l’étude des lettres, connu, aimé, célèbre dans la Normandie, dans la France, dans la
1 Chronie. Alberici triumfont. mon., D. Bouquet, t. Xt,p. 358.
* Cœlesli llieoriæ omniraodo inhæsit , et ex uberrimo fonte sopliiæ melliflua doctrinæ flucnla copiose profudit. Ord. Vit., IV, I. Il, p 245.
* Nemo lam anxiedoclus, nemo lam penilus spiritualis. Malm., Gest. Reg., IV, p. 123.
Grande-Bretagne ce fut un magnifique docteur de l’Église *. Ce fut le philosophe du Christ *. 11 obtint en partage un grand nom près de celui des grands hommes qui sont dans le ciel 4. »
L’écrivain, l’homme de lettres, le théologien, le philosophe, le saint, tout ici est indiqué. Nous étudierons rapidement l’écrivain et l’homme de lettres pour insister davantage sur le reste, en remarquant qu’ici la sainteté se mêle à tout. Anselme n’a point laissé d’ouvrage qu’on ne pût regarder comme un ouvrage de piété.
Saint Anselme a précédé de très peu le moment où la philosophie scolastique, prenant sa forme et son caractère, a marqué d’une commune empreinte tous les esprits dont elle s’est emparée, et introduit dans la littérature une grande monotonie. Mais quoiqu’on pressente dans sa manière d’écrire et de discuter le goût et la méthode qui allaient bientôt dominer la science, il appartient cependant encore à une époque où la pensée, moins contrainte, se produisait avec plus de naturel ; et son penchant le portait à se livrer ingénuement, libre-
1 Eloquenlia etiam in communi loquela profluens. Malm., G est. Pont., I, p. 229. Eadm-, Bist. nov., p. 33.
* Abæl. Op. , Ep. 2», p. 33*.
• Chrisii philosophas. Mali. Paris, p. 63, éd. 1640. — llenr. Huntingd., D. Bouquet, t. XIII, p. 34.
4 Sortitus est nomcn grande juxla nomen magnorum qui sunt in cœlo. Broraton, Chron., Scr. X, p. 1003, ou Guill. Neubr., I, D. Bouquet, l. XIII, p. 94.