‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 73 sur 109 · DES OUVRAGES D ANSELME · texte numérisé non relu

DES OUVRAGES D ANSELME

ment, aux recherches de la réflexion et aux inspirations de la raison. Il porte le joug léger de l’Évangile, mais il n’a reçu celui d’aucun maître, il ne compte avec aucune école. S’il n’est pas toujours exempt de formalisme logique, s'il abuse par moments de la déduction, il ne se condamne pas à cette uniformité de questions prévues, d’expressions techniques, de procédés pédantesques, qui rendent la scolastique si rebutante et quelquefois si vaine. Ce n’est pas un controversiste qui toujours attaque ou riposte, c’est un solitaire qui pense et qui enseigne. Tout chez lui est spontané sous la loi chrétienne. 11 est moine et docteur; mais il est luimême, et son talent y gagne comme sa philosophie. Il faut regretter que, plus tard, l’empire croissant de l’esprit des écoles, ces métropoles de la république des lettres, ait peu à peu assujetti la pensée à une marche et à une diction officielles, qui ont fait de ses travaux une science occulte pour le sens commun de l’humanité. 11 me semble qu’avant la fin du douzième siècle, le moyen âge était en voie de produire une littérature plus digne de ce nom que celle qui a, succédé, s'il est permis d’espérer une littérature là où manque une langue nationale.

Réunissons-nous en effet les ouvrages d’Anselme, considérons-nous son talent dans toutes ses applications, nous ne trouvons pas un maître en théologie seulement, mais un écrivain et quelquefois un orateur. Sa vie nous a appris qu’il connaissait le coeur

de l’homme, qu’il savait en comprendre les misères, en toucher les passions, en diriger les mouvements ; que son âme, pleine d’amour, ne se fermait à aucune souffrance. Comment ne rencontrerions -nous pas dans ses ouvrages , avec la sagacité du moraliste , cette émotion de la charité qui se communique en s’épanchant, et qui rend la parole émouvante à son tour? Ses œuvres de pure spiritualité, à travers les subtilités inévitables et les redites obligées, malgré l’abus des exclamations et des apostrophes, sont souvent touchantes , et fourniraient môme aujourd’hui d’excellents livres de piété. On a fait des éditions presque innombrables de ses Méditations et elles ont été fréquemment traduites ; elles l’ont été encore il y a peu d’années , et je serais étonné si ce recueil, vieux de six ou sept siècles, n’avait pas quelque prix encore pour ceux qui savent goûter Ylmitation de Jésus-Christ et YIntroduclion à la Vie dévote de saint François de Sales.

Ces Méditations , qu’ Anselme ne distingue guère de ses Oraisons , «destinées, dit-il, à exciter dans l’âme l’amour et la crainte de Dieu, ne doivent pas être lues dans le tumulte , mais dans le calme ; avec rapidité, mais peu à peu; de suite, mais par fragments, et en commençant, en finissant là où il plaît de le faire*. » Ce conseil qu’il donne dans un intérêt

1 Méditations de saint Anselme, traduilrs par H. Denain (Paris, 1818; in-12). — Voy. VBist, litl. de la France, t. IX, p. 432.

* Prolotj., p. 202. —Médit. , p. 202-243. — Oral., p. 244 302. — Cf liasse, Anselm, 1. 1, 1. I, ch. VIH, p. 170-232.

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