‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 74 sur 109 · DES OUVRAGES D* ANSELME. 44 I · texte numérisé non relu

DES OUVRAGES D* ANSELME. 44 I

spirituel, le goût aussi et la critique le pourraient répéter ; car on trouverait un peu de longueur et de monotonie dans ces compositions légèrement déclamatoires; mais il y a du mouvement, l’accent d’une véritable ferveur, çà et là quelques beaux traits. C’est toujours, dans les Méditations, une interpellation véhémente à l’ûme pécheresse, ou une invocation au Dieu réparateur. Quant aux Oraisons, elles sont adressées à la Trinité, au Christ, à la Vierge, à la Croix, aux Saints. Quoique souvent réimprimées, elles me paraissent inférieures aux Méditations, et elles manquent un peu de caractère. Ce sont des thèmes de dévotion et d’ascétisme qui iraient à tous les prêtres. On regrette de n’y rien rencontrer qui peigne l’homme et rappelle ses sentiments individuels ou les événements de sa vie. Il parle pour le chrétien abstrait, ou plutôt il le fâit parler. Aussi, qui ne les lira point par pratique de dévotion , qui ne les récitera pas comme une prière, ainsi que faisait Thomas Becket avant de dire sa messe, n’évitera pas d’y rencontrer l’ennui. Mais de telles œuvres n’ont point été écrites pour divertir l’esprit. 11 s’y agit de l’âme et non du goût du lecteur. Ce ne sont pourtant pas des compositions négligées. Les effets de style abondent ; mais ils sont un peu cherchés , et l’élégance est artificielle. Depuis les anciens, on n’a guère écrit en latin naturellement.

Les Homélies et les Exhortations ressemblent plus à des prônes qu’à des sermons. Elles roulent toutes

sur un passage de l'Écriture, dont elles offrent le commentaire littéral et spirituel*. Anselme y montre la finesse de son esprit, une vraie connaissance de la Bible, enfin un assez grand fonds d’instruction ; quoique, apparemment, avec quelques recherches, on dût retrouver ce qu’il emprunte aux commentaires de Jérôme et d’Augustin. Il ne les cite pas cependant, non plus qu'aucun Père de l’Église. Il est ennemi de toute citation , si ce n’est de l’Écriture sainte. Tout ce qu’il a composé comme prédicateur sera lu avec plus de curiosité que de plaisir, et tout y atteste l’intention d’instruire plutôt que d’émouvoir : l’éloquence de la chaire n’est pas là. Je ne le dis point comme une critique , car l’auteur ne s’est point proposé l’effet oratoire, et il faut juger les ouvrages dans l’esprit où ils ont été conçus. Ceux-ci appartiennent plus à l’enseignement qu’à la prédication *.

* Homil. et Exhort., pages 155-103. Cf, liasse, Ânselm , 1. 1, 1. 1, ch. VIII, pages 153-165.

* On a joint h celte partie de ses œuvres des poésies, ou, plulôl, des vers, pour nous d’une authenticité plus que douteuse, et d’un mérite fort inférieur à sa prose. C’est le lot de presque tous les vers de ce temps-là. On n’en composait guère que pour montrer son savoir-faire, et parce que c’était une manière un peu plus difficile d’arranger les mots, ainsi qu’à d’autres époques on faisait des bouts-rimés et des acrostiches. Mais la poésie manque à tout cela. Il y a cependant une longue pièce, De Contemptu Uundi, qui renferme quelques vers bien tournés, et qui rappelle la satire de Boileau sur les femmes. On l’attribue à Roger de Caen ou bien à Alexandre Neckam; nous pensons, avec les auteurs de l'Histoire littéraire , que rien ici n'est d’Anselme. Cependant Orderic Vital

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