‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 76 sur 109 · DES OUVRAGES D’ANSELME · texte numérisé non relu

DES OUVRAGES D’ANSELME

(leur, et la candeur n’exclut jws la finesse. Les traits spirituels ne manquent pas, l’expression n’est môme pas toujours exempte de subtilité. On rencontre , dans la latinité assez élégante tant de ces lettres que des autres écrits de l'auteur, des effets de mots, des antithèses inutiles, des conccUi, enfin comme il y en a dans saint Augustin, et Anselme ne sait guère être négligé.

On a vu que sa conversation était agréable, et qu’il donnait une forme piquante, même aux avertissements de la religion. Eadmer, qui nous l’atteste, et qui prenait, pour ainsi dire, note de ses entretiens, en a laissé un monument. C’est un recueil assez curieux, intitulé les Similitudes de saint Anselme*. Ce ne sont pas des fragments de conversation, comme les propos de table de Luther, notre saint abbé n’avait ni cette verve, ni cette licence; mais des pensées détachées, souvent spirituelles, et d’ingénieuses comparaisons , propres à faire comprendre de sérieuses vérités. On a souvent cité celle de la volonté entre Dieu et le démon, avec une femme entre un mari et un amant. « La volonté propre, dit-il encore, est une reine adultère. » On pourrait citer d’autres similitudes qui semblent des exercices littéraires. Ainsi il compare avec de longs

1 On trouve souvent, dans le latin d’Anselme, des effets du genre de ceux-ci : Traxisti miserando, trahe beatificando ; anima miserabili/er mirabilis, mirabiliter miserabilis ; venerabiliter amabilis, amabililer venerabilis.

* Liber de S. Ans. Similitudinibus. — Endin. Op., p. 153.

détails ceux qui poursuivent les honneurs du monde aux enfants qui courent après des papillons ; le cœur humain, qui pense toujours, à un moulin qui moud toujours, et que le maître a confié à un serviteur pour y moudre sa récolte, froment, orge, avoine ; mais un ennemi, guettant le serviteur, profite de sa négligence, et jette sous la meule le sable, la poix, la paille. Un roi a, dans son royaume, une ville; dans cette ville, un château; dans ce château, un donjon ; les maisons de la ville sont rarement solides, le château est fort, le donjon imprenable. Ainsi Dieu, qui est un roi en guerre avec le démon, a, dans son royaume, le christianisme ( chrislianis mum ); dans le christianisme, le cloître (monachatum)i au-dessus du cloître, le commerce des anges ( conversationem angelorum). Plus loin , il compare le chrétien à un soldat, et l’on devine combien ce texte prête à de minutieux développements. Puis, commentant ce mot de Salomon : « Le roi m’a introduit dans le cellier au vin, » il dit que le cellier dans lequel Dieu, qui est le roi, introduit l’âme humaine, qui est l’épouse, doit être la sainte Écriture, où l’on trouve quatre tonneaux d’une douce liqueur : l’histoire, l’allégorie, la morale ( moralitas ) et la contemplation ( anagogen , sic); c’est-à-dire l’intelligence s’élevant aux sphères supérieures, intellec tus tendent ad superiores1.

* C’est bien le sens du mot 17*711 qu’Anselme emprunte au Pseudo-Denys. — De Similit., Il, p. 153; XXXVII, p. 158; LXI,

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