‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 79 sur 109 · DE LA PHILOSOPHIE D' ANSELME · texte numérisé non relu

DE LA PHILOSOPHIE D' ANSELME

cet avis, et veut qu’il soit le premier entre les Latins qui ait traité les matières théologiques en forme scolastique1. C’est trop s’avancer, et il ajoute avec plus de raison que « son style n’est pas tout à fait oratoire ni tout à fait dialectique. » Encore moins fautil l’appeler le père de la scolastique*. 11 faut dire seulement qu’il expose les doctrines de la foi rationnellement, ratiocinando , et qu’il ne craint pas de discuter en enseignant. Ce n’est pas la dialectique, c’est plutôt la métaphysique qu’il aurait fait pénétrer dans la théologie ; car il est surtout un métaphysicien, ce que sont rarement les scolastiques*.

Quoi qu’on puisse dire toutefois de la scolastique, elle a été une philosophie, une science rationnelle. Plus libre au fond que ses formes ne le feraient d’abord supposer, mais obligée, dès sa naissance et par son emploi, au style que l’on connaît; enchaînée aux controverses du sein desquelles elle s’était élevée, elle s’est ressentie toujours de ces circonstances de son origine. C’est pour et par l’enseignement d’une

1 Traité des Études monastiques , part. II, ch. Vt, p. 211.

* M. Rousselot, Études sur la phil. du moyen âge, première part., ch. VII, p. 242.

* Le râle et le mérite de saint Anselme sont parfaitement appréciés dans les chapitres que M. Ampère lui a consacrés (Hist. lut. de la France, l. III, 1. III, ch. XVIII et XIV), ainsi que dans YHistoire des révolutions de la philosophie en France, par le duc de Caraman , t. I, ch. IX. Les grandes histoires de la philosophie sont en général insuffisantes sur saint Anselme, particulièrement celle de Brucker. Voyez pourtant -Tennemann, t. VIII, 1. V, section III.

Cil A PITRE II.

certaine doctrine, contenue dans de certains livres, et surtout dans la Logique d'Aristote , qu’elle est venue au inonde. Voilà pourquoi, fidèle à l’exemple de tous les anciens sectateurs du péripatétisme, elle a fait des commentaires. Elle s’est en général concentrée dans la recherche du vrai sens des textes ; elle a presque toujours eu les apparences d’une glose. Ce n’était d’abord qu’à titre de documents nouveaux, propres à éclairer, à compléter ses interprétations, qu’elle accueillait les ouvrages de l’antiquité , dont la découverte venait augmenter son trésor littéraire. Ce n'était que par occasion, et à propos de l’explication d’un passage ou d’une opinion d’un maître, que lui survenaient des questions incidentes ou subsidiaires, qui, souvent, par leur importance fondamentale , prenaient la place de la question primitive. Elle fut donc toujours déférente à l’autorité. Mais l’autorité n'était pas exclusivement l’Eglise, ainsi qu'on pourrait le croire. Le mot abstrait d'autorité désignait les auteurs, cités, invoqués, commentés , à peu près comme ils le sont encore dans nos collèges, seulement, il est vrai, pour l’enseignement des langues. On sait ce que signifie pour un écolier cette expression : mes auteurs ; on sait avec quel soin , dans les recherches de style qui constituent le fond de ses études, il emploie, oppose ou discute une expression qui lui plaît, l’étonne ou l’embarrasse chez un maître de l'antiquité. Ce qu’il fait pour le style, un écolier ou scolaire du

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