‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 86 sur 109 · PREMIÈRE PARTIE DD M0N0L0GI0N · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE DD M0N0L0GI0N

S’il existe des choses lionnes, dit-il, c’est qu’il y a une telle chose que la bonté; en d’autres termes, les biens ne sont biens qu’en vertu d’un principe par qui est bon tout ce qui est bon ; ou les uns en vertu d’un principe, les autres en vertu d’un autre principe. Mais tout ce qui est susceptible de plus, de moins, d’égalité, suppose quelque chose de fixe et de permanent auquel on le rapporte. Puisque les choses sont bonnes plus ou moins , il faut une mesure commune, une bonté essentielle, un principe stable qui communique la bonté aux choses diverses, à qui aucune chose ne la communique ; un bien qui soit conçu identique à lui-même au sein des biens divers, idem intelligitur in diversis. Ce qui est bon ainsi est bon par soi : il est donc souverainement bon ou le souverain bien. Par un raisonnement semblable, on arrive à concevoir quelque chose de souverainement grand , et l’on conclut qu’il existe un principe de bonté et de grandeur supérieur à tout ce qui est.

Mais tout ce qui est n’existe qu’en vertu du même principe, car rien ne peut recevoir l’être de rien. Ce qui est suppose donc une ou plusieurs causes. Mais plusieurs causes, à moins qu’elles ne se soient créées mutuellement , ce qui serait absurde , ne peuvent exister qu’en vertu d’un principe commun , d’une

cogitatione disputanüs, el invcsliganlis en quæ priusnon animadverlissel. — Monol., præf., p. 3. — Cf. Prosloy., c. I, IV, et XIV. — De fid. Trin., pr»f., el c. II el III. — Cur üeus homo, l,e. II.

cause supérieure à tout. Or, comme ce qui est supérieur à tout est nécessairement unique, le souverain bien, le souverainement grand, la cause de toutes les existences est un seul et môme principe. Il y a au-dessus de toutes les essences une essence, au-dessus de toutes les natures une nature suprême, meilleure que toute nature et que toute essence.

Tous les êtres étant par elle sont d’elle , et réciproquement tout ce qui est d’elle est par elle. Seule, elle est par elle-même. Mais comment est-elle par elle-même? N’existant en vertu d’aucune cause , ni par aucun instrument, n'ayant emprunté rien d’aucune nature ni d’aucune matière, car alors elle serait moindre que quelque chose, n’est-elle engendrée de rien? N’est-clle rien? Mais si elle n’est rien, tout ce qui est n’est pas, car on ne peut en aucune façon comprendre que ce qui est quelque chose soit par rien. Si la cause de tout n’est de rien, ni par rien, elle est d’elle-même et par elle-même. C’est ainsi que l’on dit que la lumière éclaire par elle-même.

Mais si tout vient de l’essence suprême , comment a été créée par elle l'universalité des choses? Les quatre éléments, ou, si l’on veut, la matière des quatre éléments ne peut exister que par soimême ou par la nature suprême. Dans le premier cas, celle-ci ne serait plus la nature suprême ; donc elle a tout produit. Mais s’il peut sortir d’elle quelque chose de moindre qu’elle, c’est en elle une altération, un changement; elle peut , en termes d’é-

Page 1