SECONDE PARTIE DU MONOLOGION
est possible d’en dire et d’en comprendre : « Rien « n’empêche que ce qui vient d’être avancé ne « soit vrai. » C’est assez. Quand on traite de ce qui est au-dessus de tout, les mots ne peuvent être entendus dans leur sens usuel ; les similitudes sont imparfaites. C’est une chose dont nous ne pouvons parler que par énigmes et que nous ne voyous que dans un miroir ' .
L’âme humaine est ce qui lui ressemble le plus; elle aussi, elle a en elle-même trois choses : se souvenir , comprendre , aimer. Elle a été créée pour comprendre et pour aimer le souverain bien. Quand on l’aime, on doit l’aimer toujours, et il n’est pas de la bonté suprême d’anéantir ce qui l’aime. L’âme est donc destinée à un amour, à un bonheur sans fin, car la suprême justice lui donnera ce qu’elle désire, c’est-à-dire elle-même et le souverain bien. 11 suit qu’un malheur éternel attend l’âme qui s’éloigne du souverain bien. Rien n’est plus conséquent, nihil videri potest consequentius. Elle ne serait pas assez punie par la perte de la vie dont elle n’a pas usé suivant sa destination.
Si l’âme est immortelle, d’où vient que certaines âmes méprisent, que certaines âmes aiment le souverain bien? Grand mystère! Croyons seulement que le Créateur ne privera injustement aucune créature du bien pour lequel elle est née. L’âme doit
1 I Cor., XIII, 12.
CIUPI7IIE IV.
donc avoir l’espérance qui suppose la foi, et la foi serait morte sans l’amour 1 .
Concluons qu’il faut croire en une trinitd une, en une unité trine. Une et unité à cause de l’essence une, trine et trinité à cause des irois je ne sais quoi, propler très nescio quid. On pourrait dire une trinité en trois personnes; mais des personnes diverses subsistent séparément l’une de l’autre. Autant de personnes, autant de substances individuelles. Si donc l’on demande trois quoi, quid très *? répondez le Père, le Fils et l'Esprit de l’un et de l'autre. Cependant, faute d'un nom convenable, on peut être forcé d’adopter un des noms qui ne peuvent exprimer la pluralité dans la suprême essence, mais seulement afin de désigner du moins ce qu’on ne saurait rendre avec propriété. Ainsi, on dira que la Trinité est une essence ou nature, en trois personnes ou substances, parce que le mot personne ne se dit que d’une nature individuelle raisonnable; parce que le mot substance, désignant le soutien des accidents, ne peut en ce sens être dit avec propriété de la suprême essence. C’est ainsi que la nécessité peut excuser un tel langage *.
• Jacq., II, 2C.
* Monol., c. I.XXXIV, p. 27. Cf. Aug., De Trin., 1. Vit, c. 6.
s Tout ce passage est obscur: je crois en avoir donné le vrai sens. C’est qu’on peut se servir du mol personne, quoiqu’il désigne une substance individuelle, parce qu’on l’applique spécialeineul à des êtres intelligents, et du mot substance, parce que, ne pouvaut servir à exprimer proprement l’essence divine, il reste h notre dis-