‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 93 sur 109 · DESCARTES , LEIBNITZ · texte numérisé non relu

DESCARTES , LEIBNITZ

lui une de ces idées acquises qui sont restées dans l’esprit, et qu’on y retrouve un jour sans se souvenir de leur origine. Mais ce dont je suis assuré, c’est qu’il regardait bien comme à lui et tenait pour décisive la démonstration qui appuie, qui enveloppe l’autre, et qui peut se ramener à cette proposition : « L’idée de l’infini ne saurait se trouver dans l’esprit « d’un être fini, si elle n’y a été mise par un être « infini. » On conviendra que, appuyé sur cette preuve, encadré dans le développement de cette preuve, le premier argument reprend plus de valeur. C’est ainsi que, dans Anselme aussi, l’argument du Proslogion, pour avoir toute sa force, doit être rattaché à la déduction du Monologion. En effet, s’il est une fois admis que l’existence des biens particuliers suppose l’existence du souverain bien eu lui-même, il ne sera plus si téméraire de considérer la conception de l’Être suprême comme le signe et le gage de son existence. 11 en sera de même, si l’on accorde à Descartes que l’idée de l’infini ne peut venir que de l’infini, et que la cause d’une idée nécessaire doit avoir autant de réalité que son effet.

Quoi qu’il en soit, l’argument anselmo-cartésien, contesté et retouché, est devenu leibnitzo-wolfien ; et c’est dans cette condition nouvelle que Kant, le trouvant dans la science , l’a soumis aux étreintes de sa dialectique, et broyé sous cette meule qui écrasait pêle-mêle le bon grain et l’ivraie. On doit deviner que, par une réaction naturelle, Hegel a

relevé la cause que Kant avait jugée, et fait appel de la sentence. Nous retrouvons ici le partage ordinaire : d’un côté, le conceptualisme; de l’autre, le réalisme; un conceptualisme profond, mais excessif; un réalisme téméraire et intempérant. Cette controveree, un peu moins connue, mérite de nous arrêter un moment.

Kant conçoit l’argument du Proslogion , qu’il appelle l’argument ontologique, à peu près comme il suit : « Nous pouvons nous former la notion d’un être qui réunisse toutes les perfections. Or, l’existence est une perfection. Nous ne pouvons donc pas ne pas attribuer l'existence à cet être. » 1° Selon lui, ce syllogisme n’ajoute que l’idée d’existence à l'idée de l’être parfait, mais ne fonde pas l’existence de l’être parfait. Kant observe avec raison que, par la mineure, la notion d’existence est introduite frauduleusement dans la notion du plus parfait ; puis , qu’après avoir mis la première dans la seconde, on l’y retrouve et l’on s’en prévaut. Mais l’addition de l’idée d’existence à une notion ne l’amplifie pas. Que je pense que la chose existe ou que je pense qu’elle n’existe point, la notion demeure la même. L’existence n’est pas un prédicat qui s’ajoute aux autres; elle s’affirme de la chose entière avec, tous ses prédicats. L’idée de cent éeus que j’ai est absolument la même que celle de cent éeus que je n’ai pas. 2® Si, pour satisfaire Leibnitz, et pour rendre le syllogisme plus régulier, plus

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