‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 94 sur 109 · KANT · texte numérisé non relu

KANT

mathématique, comme il le dit, on le modifie en établissant que Dieu est possible, et si, pour l’établir, on pose que la notion d’un être, dont l’essence et l’existence sont inséparables, est l’étre nécessaire, d’où il suit que I’ôtre, dont l’existence est conçue comme nécessaire, existe dès là qu’il est possible, Kant répond que, dans le jugement nécessaire, la nécessité n’est que pour nous, et n’implique pas la réalité nécessaire de son objet. Penser Dieu , c’est nécessairement penser un être toutpuissant; ce prédicat est inséparable du sujet. Mais qui empêche de retrancher le prédicat et le sujet? La négation du tout n'implique nulle contradiction *.

Je suis convaincu que les adversaires de l’argument en auront toujours bon marché, si l’on s’obstine, comme le veut Leibnitz, et comme y avait consenti Descartes , à en faire un pur argument , c’est-à-dire un syllogisme. La majeure sera toujours telle que la question y sera jugée par la question. Sous cette forme, les scolastiques, n’en déplaise à Leibnitz , auront eu raison de le faire passer pour un paralogisme. Aussi , est-ce de la majeure qu’il faut s’occuper. C’est le fond de l’idée, non le raisonnement , qu’il faut opposer aux adversaires. Ainsi ont fait Anselme et Descartes.

Que répond Anselme? L’objection serait vala-

1 Crit. de la Rais, pure, Dial, transe., I. H, ch. III, secl. IV.

ble s’il s’agissait d’un objet fini ; mais l’être infiniment parfait ne peut être pensé, sans que nous pensions que, s’il est, il est nécessairement; il ne peut pas ne pas être ; autrement, il ne serait pas le parfait supérieur à toute autre conception. Toute la force de l’argument est là; il ne vaut qu’autant que la notion de l’être souverain est posée comme notion nécessaire. 11 faut donc revenir au Monologion y la nécessité de la notion y est en effet établie, et c’est là le point qu'il faudrait ébranler. Il ne suffit pas, ainsi que le veut Leibnitz, de la conception nécessaire de l’être parfait comme possible; il faut la conception de l’être parfait comme nécessaire. Anselme pouvait se dispenser de la démontrer en rigueur, puisqu'il lui suffisait de la démêler dans la foi qu’il ne cesse pas de présupposer. Cependant, s’il ne la démontre , il l’établit avec une certaine force. La conception de la Divinité n’est pas donnée par lui comme une fiction arbitraire de l'esprit, mais comme une nécessité de la raison ; et sur ce terrain, il n’a plus à craindre que le scepticisme fondamental de Kant.

Que répond Descartes? 11 prend un soin égal, mais un moyen différent, de marquer d’un caractère ineffaçable l’idée de Dieu ; de lui assigner cet attribut de conception claire et distincte qui est le signe de la certitude; et cette idée, dans l’esprit de l’homme, en qualité d’un infini dans le fini, n'est plus de celles qui sont le résultat contingent du jeu

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