KANT
de nos facultés. Le néant ne peut être auteur de quoi que soit, ni le plus parfait une suite et une dépendance du moins parfait '.
Je conclus que la réfutation de Kant , forte et victorieuse contre le syllogisme qu’il combat, est faible contre l’ensemble des idées d’Anselme et de Deseartes.
On voit que , pour nous , il n’y a pas , au sens logique, de démonstration dans leur double doctrine. C’est seulement, comme le dit Leibnitz, un moyen de prouver l’existence de Dieu A priori, par sa propre notion sans recourir à ses effets *. C’est un spécimen remarquable de cette métaphysique qui s’appuie sur une haute psychologie. C’est un exemple de cette hardiesse d’induction qui fonde l’ontologie , et qui consiste à conclure, comme dit Descartes, de l’essence l’existence , ou de la définition la réalité , ce qui est au fond conclure de la raison subjective l’objectif absolu. Quand cette conclusion aboutit à Dieu, la témérité n’est pas fort dangereuse. Anselme et Descartes indiquent même que ce procédé n’est applicable qu’à Dieu, et semblent le proscrire en toute autre question. Cependant on a vu que la prudence de Kant s’en alarme. Même, pour mieux croire en Dieu, il ne veut pas qu’on se fie à la raison pure.
Dans cette diversité de points de vue se montrent les deux méthodes, les deux écoles, qui, seules, se
1 Prineip., première part., 14 20.
' Nouv. Est., loc. cil. .
peuvent sérieusement aujourd’hui partager l'attention, comme elles se partagent la scène philosophique. Jusqu’ici, nous n’avons vu que les objections et les scrupules suscités par la hardiesse d’une conclusion de la pensée à l'ôtre. Apprêtons-nous à voir d’un autre côté ceux qui ont réagi contre l'incrédulité métaphysique de Kant, louer précisément ce qu'il censure. Écoutons Hegel répondre à Kant pour Anselme et pour Descartes.
« Kant, dit-il ', a beaucoup aidé au succès de ses objections par son exemple des cent écus, qui s’élèvent en idée à la même somme, s'ils sont seulement possibles ou s’ils ont une existence réelle, quoiqu'il en résulte comme richesse une différence essentielle... Mais, quand on parle de Dieu, on parle d’un être entièrement différent d’une somme de cent écus, ou de toute autre idée ou représentation. Dans le fait, c’est exclusivement le propre de tout être fini que son existence soit différente de son idée. Mais Dieu, abstraitement considéré, est nécessairement et essentiellement l’être qui ne peut être conçu que comme existant, dans lequel la conception implique l'existence. C'est là ce qui constitue l’idée de Dieu. »
El Hegel ajoutait dans les premières éditions de sa Logique : « Ce serait en effet la plus grande preuve d’un défaut de réflexion que d'admettre que, dans
1 Encycl., t. I; Logiq., première pari. A, § 5t. OEuv. comp., t. VI, p. 112.