‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 96 sur 109 · KANT, HEGEL · texte numérisé non relu

KANT, HEGEL

notre conscience, l’existence soit liée à la représentation des choses finies de la même manière qu’à la représentation de Dieu. Ce serait oublier que les choses finies sont changeantes et passagères, c'est-àdire que l’existence ne leur appartient que transitoirement et forme avec elles une combinaison non pas éternelle, mais séparable. Anselme a mis en évidence ce point , en ce qui touche le parfait ; en montrant qu’il existe, non pas uniquement d’une existence subjective, maj^ encore d’une existence objective1 * *. »

Aussi, dans ses Leçons sur l’histoire de la philosophie, Hegel présente-t-il la doctrine d’Anselme comme un premier effort de rapprochement entre la pensée et l’ôtre ; il appelle le pauvre Gaunilon un Kant des anciens temps , et signale dans son saint adversaire un des premiers qui aient entrevu que les deux objets, les deux côtés de la philosophie, le penser et l’être , devaient s’identifier dans l’absolu. Le défaut de cette philosophie, ajoute-t-il, est dans sa forme purement logique , comme la faute de Descartes, qui, soit qu’il dise : Je pense, donc je suis ; soit qu’il dise : Je pense Dieu , donc il existe, tend à consommer l’union de l’être et du connaître, est d’en avoir eu le sentiment plutôt que la science5, et d’avoir affirmé quand il devait démon-

1 Billrolh, oue. cit., p. 9, et Mœhlcr, The Life, p. 131.

* Leçons sur l'Uist. de la phil., t. III, part. Il, ch. Il, part. III,

ch. II. OEuv. comp., 1. XV.

trer. » On doit pressentir les conséquences auxquelles ceci va nous conduire.

Kant s’est fait comme un plaisir cruel d’agrandir l’abîme qui sépare notre esprit de l’essence des choses. Aucun raisonnement qui conclue de la pensée à la réalité ne trouve grâce devant lui, depuis ces inductions familières sur lesquelles repose la conduite de la vie humaine, jusqu'à ces présomptions hardies que la métaphysique demande à la raison spéculative sur la nature de l’invisible. 11 devait donc être impitoyable pour l’argument ontologique. Comment ne le serait-il pas? A ses yeux, toute ontologie est orgueilleuse chimère. M. de Schelling, au contraire, a mis sa gloire à réconcilier l'être et le connaître. C’est son ambition que de dévoiler l’accord certain et l'intime union de la pensée et de la réalité. Selon lui, la nature est pour l’esprit humain comme une sœur qu’il a tort de méconnaître, et dans laquelle, au contraire, une contemplation plus prolongée lui ferait retrouver les mêmes traits, la même chair, le même sang. Sa philosophie, la philosophie de la nature, n’est qu’un effort énergique pour rattacher l’un à l’autre ces deux enfants de même extraction, ces deux jumeaux qu'une anatomie cruelle a trop longtemps séparés. Or l’ambition de M. de Schelling est celle de Hegel. Le but est le môme, quoique les moyens diffèrent, et jusque-là on ne peut qu’applaudir à l’idée primitive de leur commune et courageuse entreprise.

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