SCHELLING , HEGEL
Suivant le premier, la raison, même dans ses efforts les moins heureux , a toujours attaché la plus haute et la plus immédiate évidence à l’unité de la pensée et de l’être. La preuve ontologique de l’existence de Dieu en est un exemple*. Elle est fondée sur cet instinct, ce besoin, cette intuition qui pousse, qui force la raison à juger qu’elle est dans le vrai des choses, ou plutôt qu’elle fait partie de la nature des choses, et la répète parce qu’elle en est. La raison est la nature des choses avec conscience d’elle-môme. Sans placer bien haut, comme on voit, la preuve ontologique, M. de Schelling lui reconnaît un certain mérite, parce qu’il y voit une confuse application de ses propres principes. De même, Hegel, qui trouve l’argumentation bien près d’être superficielle, la juge telle cependant qu’il ne faudrait que la délivrer de la forme syllogistique qui l’a compromise, et lui donner pour appui une démonstration de cet infini subjectif qu’elle présuppose *. C’est-à-dire qu’il ne lui manque que ce qui manquait avant lui à la philosophie; car la prétention de Hegel a toujours été que la simple raison avait constamment entrevu, implicitement admis, nécessairement supposé l’unité de la pensée et de son objet, mais que lui seul l’avait mise en pleine lumière et scientifiquement démontrée.
On voit donc ici que les deux grands philosophes
* Xeue Zeitschr. filr spec. physik , I, p. 38.
* Encycl., 1. 1, p. 98 de la première édition.
de l'Allemagne de ces derniers temps louent l’argumentation qui nous occupe par le côté môme que les autres blâment, et se bornent à lui reprocher de n’ôtre pas assez pleinement, assez hardiment, ce qu’on l’accusait d’être trop.
Comme Hegel est plus célèbre que connu, on ne nous saura peut-être pas mauvais gré de donner en substance ses idées sur ce point fondamental de sa doctrine. Ce ne sera pas d’ailleurs une digression ; car lorsqu’il touche ce point, le nom d’Anselme revient à chaque instant sous sa plume.
La preuve ontologique de l’existence de Dieu n’est, selon lui, que le passage de la notion à l’être, ou la jonction de l’idée et de la réalité. Dans les autres démonstrations de la même vérité, on passe du fini à l’infini, de l’être réel et contingent à l’être nécessaire, absolu, souverainement puissant et sage. Mais dans la conception de celui-ci entre nécessairement la notion d’existence. Qu’est-ce, en effet, que concevoir l’être nécessaire qui n’existe pas ? Et ainsi du reste. La notion et l’être de Dieu sont donc deux côtés de la vérité , deux déterminations partielles qui se succèdent comme des moments, et dont l’une se résout dans l'autre.
Qu’est-ce que l’être sans la pensée , l’être non pensé? Il est comme s’il n'était pas. L’être pur est une détermination très pauvre ; la pensée de l'être, si elle n’était qu'une représentation fictive, que serait-elle? Le concret, en devenant abstrait, l’être,