Proœmium
Or\TRAGES DE SAINT ANSELME. 75
comme pouvant désigner les personnes divines. Il est vraisemblable que saint Anselme avait une certaine connaissance du grec. Les noms de Monologium et de Proslogium donnés par lui à ses principaux ouvrages, sont manifestement tirés du grec. Dans le Monologium y il avait indiqué les termes employés par les Pères grecs pour exprimer le mystère de la sainte Trinité : jxta oiata, Tpsïç û::c(rca(7£t; ; et les traduisant en latin, d'après la dérivation étymologique, il trouvait les expressions : una essentia, très substantias, ce qui était bien la transcription littérale du grec, mais présentait en latin un tout autre sens.
Cette méprise n'avait point passé inaperçue. L'évêque Rainald l'avait relevée. Anselme s'était contenté de répondre que son livre ne devait être remis qu'à des personnes qui ne fussent pas disposées à en abuser i.
Mais ce qui lui fut autrement sensible, ce fut de voir Roscelin se prévaloir de cette expression pour appuyer sa thèse* car Roscelin prétendait en conclure que les trois personnes divines étaient trois substances, comme trois anges, unies dans la même perfection.
Quand Anselme connut les bruits répandus sur sa connivence avec Roscelin, il s'empressa de le désavouer. Il écrivit à Falcon, évêque de Beauvais ^, une lettre formulant sa profession de foi orthodoxe et demanda qu'elle fût communiquée au concile qui allait se réunir pour juger la doctrine de Roscelin.