De memoria Dasci verbum Tidelur. (MonoL
2. Quamcumque enim rem mens &eu per corporis imaginalionem, seu per raUonem cupit veraciter cogitare, ejus ubique similitudinem quantum valet in ipsa sua cogitatione conatur exprimere... imago ejus verbum ejus est. (Monol.y 33.)
sens ne peut donc imprimer dans l'intelligence l'image qu'il possède. Mais l'intelligence, grâce à l'unité du sujet, ne pourrait-elle voir directement Tacte de sensation accompli si proche d'elle? Non encore : Timag^de la sensation n'est point par elle-même une donnée intelligible. 11 faut qu'elle soit transformée et épurée pour que l'intelligence puisse s'en servir. Comment donc s'opère la transition?
Pour éclaircir cette difficulté, les scolastiques du xiu^ siècle ont créé la théorie de l'intellect agent.
Un intellect agent, vouç -KOiYjttyiç, avait déjà été indiqué par Aristote, mais son rôle n'avait été que très vaguement défini parle philosophe de Stagyre. Les grands docteurs du péripatétisme chrétien se sont emparés de cette donnée et en ont fait la clef de voûte de leur théorie de la connaissance.
La doctrine de l'intellect agent est assez mystérieuse, comme toute spéculation qui cherche à pénétrer le dernier fond des choses. Essayons toutefois d'en donner une idée.
Et d'abord, qu'est-ce qu'une donnée intelligible?
Toutes les fois que Dieu appelle une créature à l'existence, il confère à cet être un certain degré de perfection, un certain type. Ce degré est ce que l'on appelle son essence. La donnée intelligible représente l'essence, le degré d'être reçu par la créature, la mesure de perfection qui lui est concédée.
Toutes les données intelligibles sont comprises dans la perfection infinie et Dieu les possède toutes par la
seule idée qu'il a de lui-même. Son essence est le type fondamental par rapport auquel il conçoit toutes les essences inférieures. En tant qu'il la sait participable d'un nombre infini de manières, il connaît tous les possibles ; en tant qu'il a librement choisi et voulu certains types, il connaît tout ce qu'il a créé.
Mais l'homme ne possède pas en lui-même des types essentiels des choses. Il n'a donc aucun moyen direct de connaître les êtres dans'leur nature intime. Pour y suppléer, l'auteur du monde a pris un détour. Il a fait l'homme sensible.
Les sens nous mettent en rapport superficiel, mais réel avec les individus. Que nous manque-t-il pour les connaître complètement? Il nous manque de les considérer en tant qu'êtres ayant une essence.
C'est ici qu'intervient l'intellect agent.
Sous le nom d'intellect agent, les scolastiques désignaient un côté spécial de la faculté intellectuelle. Cette faculté, comme toute puissance active, a deux modes de réalité. En tant que propriété de l'àme, elle a une réalité fondamentale dans la substance qui la supporte. Dans son exercice, elle développe cette autre réalité que tout acte ajoute au sujet dont il émane.
Au premier degré de réalité et comme simple propriété, l'intellect ne connaît pas encore. Il n'exerce pas en effet son acte caractéristique. Il est seulement la puissance de connaître, de former l'être intelligible. Mais cette simple puissance a déjà un rôle à elle propre.
C'est un principe admis en métaphysique qu'un être
communique aux modifications éprouvées la nature qu'il a lui-même pour autant que cette nature peut leur convenir. L'âme humaine, étant intelligente, communique donc l'intelligibilité aux éléments qui dans l'impression sensible en sont susceptibles. En d'autres termes, l'intellect, propriété de l'âme, s'empare de ces éléments en vertu d'une convenance naturelle et réciproque, et en fait des déterminations de l'être intelligible qu'il possède en puissance^
Ainsi, en respirant, j'attire l'air dans ma poitrine, mais le sang ne s'empare que de l'oxygène pour lequel il a une convenance naturelle. Ainsi la chlorophylle des plantes, sous l'influence de la lumière, décompose l'acide carbonique, mais ne s'empare que du carbone. Ainsi l'intellect s'empare de ce qui lui convient dans la donnée sensible et laisse le reste.
Il y a là comme une action élective et vitale qui précède et prépare l'action cognoscitive.
Les docteurs attribuaient à cette action un doublé efl'et qu'ils caractérisaient en disant qu'elle abstrait et qu'elle illumine.
Elle abstrait, parce qu'elle sépare dans la sensation ce qui est intelligible de ce qui ne peut l'être K Elle illumine, parce qu'elle transforme les données abstraites en caractères de l'être. Elle s'en sert pour composer
1. Celte abslraclion des scolastiques n'est qu'un procédé préliminaire à la connaissance, qu'il ne faut pas conlondre avec l'abstraction des modernes par laquelle l'esprit, après avoir connu un objet, en considère à part et idéalement les divers attributs.
certaines essences provisoires, remplaçant les véritables essences impropres à notre usage pendant le cours de cette vie mortelle.
Qu'on nous permette de reproduire ici quelques lignes de l'ouvrage déjà cité de M. Tabbé Piat où cette opération nous paraît très exactement décrite en langage moderne *. « Reste une hypothèse, dit le savant professeur, c'est que la conscience rationnelle aille droit à l'essence, parce que le fait n'est rien pour elle. Et de vrai, voilà ce que Ton peut constater sur le vif, si l'on s'observe soi-même... Mon intelligence ne trouve pas le concret tout élaboré d'avance par une force étrangère, ses conditions individuelles d'un côté et sa nature de l'autre. Le phénomène empirique reste vierge jusqu'à ce qu'elle y touche. Elle n'y prend que son bien, elle n'en saisit que l'essence parce qu'elle ignore tout le reste, parce qu'elle est le sens des propriétés et de leurs rapports, comme la vue est le sens de la couleur et l'ouïe celui du son. »
Tel nous parait être le meilleur commentaire de la théorie de l'intellect agent. Nous devons toutefois reconnaître que cette théorie est une des plus difficiles de la scolastique. C'est une de celles sur lesquelles les docteurs ont le plus hésité. Notre interprétation est-elle préférable à tant d'autres qui ont été proposées? Il serait téméraire de le soutenir. Ce que nous pouvons affirmer, c'est que la théorie élaborée par les docteurs du