‹ Saint AnselmeChapitre 28 sur 96 · Habel relaiionem ad rem quœ intelligitur. {C. g · texte numérisé non relu

Habel relaiionem ad rem quœ intelligitur. {C. g

5. Il 7 a quelque temps un correspondant du Divus Thomas^ revue latine du thomisme, posait une question à propos d'un passage du commentaire de Cajetan sur la Somme, où ce profond docteur met comme condition de la connaissance la présence objectire de l'objet. Qu'ajoute cette présence objectire? demandait le correspondant.

La réponse est dans l'observation ici rappelée de saint Thomas. l\ faut pour la connaissance assimilation réelle et actuelle. Cette assimilation n'est réelle et actuelle que par l'existefice actuelle de l'objet dans la nature (les choses.

C'est ainsi que saint Thomas explique que les anges, bien qu'ayant a priori les formes de tout ce qu'ils peuvent et doivent connaître, ne connaissent pas cependant les objets futurs qui répondront à ces formes. Il manque une condition essentielle de la connaissance. L'objet n'existant pas encore, il n'y a pas assimilation actuelle entre le connaissant et le connu.

Aussi saint Thomas répète-t-il en cent endroits que nous connaissons des choses hors de nous ^, que ce que nous connaissons par l'intelligence ce sont les natures réellement existantes hors de l'âme ; par les sens, ce sont les corps réellement existants hors de l'âme 2.

On dispute beaucoup aujourd'hui pour savoir si nous •connaissons les choses hors de nous, ou si nous ne les connaissons qu'en tant qu'elles sont en nous. Voici un passage où le Prince de l'école a marqué, avec une grande précision et une parfaite clarté, la vérité sur «ette question, embrouillée à plaisir par les philosophes ■contemporains. « Connaître quelque chose en tant qu'il •existe dans le connaissant a un double sens, dit-il. Dans «n sens on entend ces termes comme s'apphquant à la «hose connue. Ainsi entendue la proposition est fausse. Celui qui connaît, ne connaît pas toujours l'objet en tant qu'il existe dans le connaissant. Ainsi l'œil ne connaît pas la pierre en tant qu'elle existe dans l'œil ;

1. Cognoscimus etiamea quœ sunt extra nos. (5. théoL, r, 84, 2.)

2. Id quod intelligitar est ipsa ratio rerum existentium extra animam, sicut etiam et res extra animam existen tes visu corporali Tidentur. (C. g. 2, 75.)

mais par la forme de la pierre qu'il a en soi, il connaît la pierre en tant qu'elle existe hors de Fœil. Même si le connaissant connaît l'objet en tant qu'il existe en lui connaissant, il ne l'en connaît pas moins en tant que cet objet existe au dehors. Ainsi l'intellect connaît la pierre en tant que celle-ci existe en lui-même, par cela qu'il sait qu'il connaît, mais il connaît aussi l'être de la pierre dans sa propre nature.

« Dans un autre sens, s'il s'agit du mode de connaître, il est parfaitement vrai que le connaissant ne connaît l'objet qu'en tant qu'il l'a en soi. Plus l'objet est parfaitement dans le connaissant, plus parfaite est la connaissance » ^.

Il nous semble que ce texte explique très nettement le point de vue du Docteur angélique et fixe avec beaucoup de netteté le sens de cet aphorisme, dont on a

1. Sic cognoscere aliquid sicut in cognoscente est potest dupliciler intelligi. Uno modo secundum quod hoc adTerbium sicut importât modum cognitionis ex parte rei cognitœ, et sic falsum est. Non enim semrxr cognoscens cognoscit cognitum secundum illud esse quod habet in cognoscente. Oculus enim non cognoscit lapidem secundum esse quod habet in oculo, sed per speciem lapidis quod habet in se cognoscit lapidem secundum esse quod habet extra oculum. Et si aliquis cognoscens cognoscat cognitum secundum esse quod habet in cognoscente, nihilominus cognoscit ipsum secundum esse quod habet extra cognoscentem, sicut inlellectus cognoscit lapidem secundum esse intelligibile quod habet in intellectu, in quantum cognoscit se intelligere, sed nihilominus cognoscit esse lapidis in propria natura.

Si vero intelligatur secundum quod hoc adverbium sicul importât modum ex parte cognoscentis, verum est quod sic solum cognoscens cognoscit cognitum secundum quod est in cognoscente. Quia quanto perfectius cognitum est in cognoscente, tanto perfeclior est modus cognitionis. {S. théoL, 1% 14, 6.)

parfois abusé, que l'objet n'est connu qu'en tant qu'il est dans le connaissant. La connaissance va d'abord à l'objet en lui-même; ce qui lui est essentiel, c'est de saisir l'objet dans sa propre nature et sa propre existence. Ce n'est que secondairement et par la conscience que l'intelligence atteintJa similitude de l'objet qui est dans la faculté. Mais cette similitude est la mesure de la connaissance parce que nous ne pouvons saisir l'objet qu'en proportion du degré auquel notre faculté s'assimile à lui.

Reid a mal compris la théorie scolastique, il a cru que Fespèce intelligible est une représentation de l'objet mise sous les yeux de l'intelligence au lieu et place de l'objeL Au contraire les^grands scolastiques considéraient l'espèce intelligible non comme ce qui est connu, mais comme le déterminant qui fixe le degré auquel l'acte de connaissance pénètre l'objet.

La théorie de l'école n'a donc aucun rapport avec la théorie dite des idées intermédiaires.

Est-ce à dire que cette théorie explique parfaitement . l'acte de connaissance sans laisser aucun nuage? Nous sommes loin de le prétendre. Comment le simple fait de l'assimilation d'une faculté interne à un objet externe nous constitue-t-il connaissant sa réalité? Il faut le répéter ici, une telle théorie est une analyse métaphysique de l'acte plutôt qu'une explication de sa portée. Nous pouvons observer et décomposer les faits, mais notre analyse ne donne que des éléments morts; elle n'atteint pas le mystère de la vie. Partout le comment

des choses nous échappe. Les savants ont beau creuser des problèmes, ils ne font que mettre au jour de nouveaux problèmes. Un jeune et vaillant philosophe le disait dernièrement avec beaucoup de sens : « Rien ne prouve que notre intelligence égale l'étendue des choses ^ » Nous ajouterions volontiers: tout prouve qu'elle ne Tégale pas. Notre raison est comme une lumière qui brille dans un lieu obscur. Elle éclaire un certain espace; au delà sont les ténèbres infinies.

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