CHAPITRE Vil
L'intelligence est faite pour la vérité ; elle mène à la vérité. Qu'est-ce que la vérité? Saint Anselme a traité cette seconde question dans un dialogue écrit à une époque mal précisée, qui parait cependant postérieure à la publication du Monologium.
Nous ne serons donc point obligé dans ce chapitre, comme nous l'avons dû faire dans le précédent, d'inférer son opinion de textes isolés. Nous n'aurons qu'à l'écouter.
Le dialogue sur la vérité n'est point un traîté complet analysant avec méthode les divers ordres de vérité et leurs différents caractères; ce n'est point non plus une critériologie ou démonstration de la vérité de la connaissance ; c'est tout simplement un essai de définition de la vérité en général. Il n'y faut pas chercher autre chose.
Ce sujet est assez étendu par lui-même.
Dans le chapitre précédent, à propos de la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde, nous avons vu saint Anselme s'élever aux plus hautes conceptions où puisse atteindre l'esprit humain; dans celui-ci, nous
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allons voir le moine d'Occident, formé par la dialectique de l'école, se jeter dans les raffinements les plus subtils de la logique.
Examinons donc, avec lui, ce qu'est la vérité, où est la vérité, comment on arrive à la vérité.
Qu'est-ce que la vérité?
Il semble qu'il ne soit pas bien difficile de le savoir. Le vrai est ce qui est, a dit depuis longtemps saint Augustin *. Mais, en philosophie,. les choses présentent toujours des aspects multiples. Le vrai est ce qui est, ceci peut s'entendre de deux manières : On peut vouloir dire que le vrai est ce qui existe eifectivement, c'est la vérité des choses ou la vérité ontologique. On peut aussi vouloir dire que le vrai est la notion conforme de ce qui est réellement, c'est la vérité de la connaissance ou vérité psychologique.
Chaque philosophe considère plus particulièrement l'une ou l'autre de ces vérités, selon la tendance de son esprit ou l'objet qu'il a en vue.
Saint Augustin, le vrai maître de saint Anselme, s'était préoccupé surtout de la vérité ontologique. Il enseignait que les choses sont vraies par leur être même ; elles sont vraies en tant qu'elles sont et dans la mesure où elles sont 2. Elles ne sont en effet qu'en tant