Veritatem rerum esse rectitudinem. {De VeritatCy
2. Est igitur Yeritas in omnium qa» sunt essentia, quia hoc sunt quod in summa Feritate sunt. {Id.)
de renonciation. Il faut donc indiquer une différence spécifique entre toutes ces rectitudes.
Notre docteur, après une discussion très subtile, conclut que la justice est la rectitude de la volonté conservée pour elle-même^. La vérité, au contraire, est la rectitude de toutes choses envisagée par Tesprit. La justice est dans la volonté, la vérité est dans la signification. Dans un sens large toutefois, la vérité est le genre suprême qui comprend toutes les rectitudes; c'est pourquoi nous avons vu la rectitude de la volonté appelée aussi vérité.
Les sens ne saisissent point la vérité, ainsi que nous Tavons vu dans le chapitre précédent. Ils sont simplement vrais en tant qu'ils font ce qu'ils doivent, les circonstances étant données. L'intelligence seule saisit la vérité. Nous arrivons donc à définir la vérité : la rectitude des choses saisissables par Tintelligence seule -.
Cette définition appartient bien en propre à saint Anselme. Il ne Ta trouvée dans aucun des auteurs qu'il avait sous la main. Saint Augustin semble, il est vrai, assimiler dans quelques passages la vérité au bien ou à une loi 3, ce qui la rapprocherait de la justice. Il ne paraît pas toutefois que ces remarques jetées en passant aient pu donner au docteur du Bec l'idée d'une analyse si spéciale. Nous croyons plutôt qu'il l'a puisée dans
1. Jastitia'est rectitudo voluntatis propter se servata. {De Veritate, 12.)
2. Veritas est rectitudo solâ mente perceptibilis. (De Veritate, 11.)
3. Num aliara putas esse sapientiam nisi veritatem ia quâ cemitur et tenetur sammum bonum. (De lib. arb., 2, 9.) — Legem qaœ veritas dicitur. (De verâ Rel., 30.)
ses préoccupations morales et religieuses, ainsi qu'en témoignent les exemples tirés des livres saints.
Si cette définition de saint Anselme n'a pas eu d^antécédent, elle n'a pas été non plus conservée dans l'école. Saint Thomas Ta citée, non sans quelque dédain ^ Nous ne la voyons pas employée par les scolastiques postérieurs.
Saint Anselme s'est laissé trop entraîner par ses préoccupations théologiques. Le mot vérité est employé dans les livres saints en un sens tout spécial et qui n'a qu'un rapport lointain avec son acception philosophique. La vérité dans l'Évangile est une vérité morale; la conformité de notre conduite à notre nature et à la volonté de Dieu sur nous. Cette conformité est dite vérité par N.-S. Jésus-Christ parce qu'elle repose sur la connaissance de la vérité surnaturelle que Dieu nous révèle et parce qu'elle nous met vis-à-vis de Dieu dans la vérité de notre situation.
Ce sont des considérations qu'il n'y a pas lieu d'introduire dans une thèse philosophique. Pour vouloir en tenir compte, saint Anselme est arrivé à une définition de la vérité, non pas fausse, mais par trop vague. Il a négligé ce précepte de logique de définir par le caractère essentiel et non par des propriétés secondaires. Que la vérité soit une rectitude, nous l'accordons sans peine ; mais ce n'est pas là son caractère essentiel, celui qui la constitue proprement comme vérité. Les