‹ Saint AnselmeChapitre 41 sur 96 · Ad imaginem Dei creata es. {Med · texte numérisé non relu

Ad imaginem Dei creata es. {Med

2. Dicimus et a Deo animam factam etpropriam gaaiudam habere naturam. {De quant, anim., 1.)

3. Nunc vero quia natura nostra ut esset Deum liabet auctorem, procul dubio ut vera sapiamus ipsum debemus habere doctorem. (De civ. Dei, xi, 25.)

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Il n'en est pas de même de cette autre question qui cependant leur est connexe : chaque âme est-elle créée individuellement? ou Dieu a-t-il seulement créé la première âme dont les autres seraient dérivées? Sur ce point les opinions ont varié et la philosophie traditionnelle a tâtonné longtemps avant de se fixer à une solution définitive.

Dès l'origine du christianisme, nous trouvons des docteurs soutenant que la nature de Tâme a été créée en une fois et que la propagation et la multiplication des âmes se fait par les seules lois naturelles, comme la multiplication des plantes et des animaux.

D'après les uns, Fâme de Tenfant serait produite par l'acte même de génération. Saint Thomas fait observer fort justement que l'acte générateur est un acte de la nature animale et ne peut avoir un effet dépassant le degré de l'animalité.

D'autres admettaient que l'âme des parents produit l'âme de l'enfant par une sorte de scissiparité. La scissiparité d'une nature simple et indivisible est une conception qui se détruit elle-même.

La plupart de ces penseurs étaient, il est vrai, des hérétiques. Mais plusieurs Pères et Docteurs très autorisés dans l'Église ont défendu des opinions analogues. Saint Augustin lui-même hésitait. Il se sentait gêné par le dogme du péché originel. Comment attribuer à Dieu, se demandait-il, la production d'êtres souillés dès leur naissance et passibles d'un malheur éternel ^?

1. Hœc et alia dico adversus eos qui hanc opinionem quâ credunlur

Ces hésitations se sont fait sentir jusqu'au xiii* siècle.

Au XII® siècle encore, Odon de Cambrai, tout en combattant la théorie de Torigine des âmes ex traduce y la reconnaissait fondée sur des raisons sérieuses *. Il ne se décidait pour la création des âmes dans leur individualité que pour ne pas déroger à la puissance de Dieu ^.

Ce ne fut qu'au xiii° siècle que la doctrine fut définitivement fixée. Les grands scolastiques expliquèrent clairement que la souillure originelle est étrangère à Tacte divin qui crée Fâme, mais vient du corps dans lequel elle est créée. Depuis cette époque, renseignement unanime a été la création des âmes individuelles.

On peut juger que, du temps de saint Anselme, ce problème de l'origine des âmes devait paraître singulièrement délicat. On conçoit tout le prix qu'il attachait à l'éclaircir complètement.

animae, sicut illa una, singulis fieri labefactare conantur sed cum ad pœnas yentum est parvulorum, magnis coarctor angustiis. (Ëp. 166.)

1. Sunt multi qui volunt animam ex traduce fieri sicut et corpus et cum corporis semine vim etiam animœ procedere. Quorum rationes non sunt omnino spernendœ. (De peccato originali, 3, 1.)

2. Vix audemus dicere in creatione animarum Deum non creare substantiam sed proprietatem solam, ne derogare videamur omnipotent!» summae. {Id., 3, 8.)

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En attendant cette étude plus approfondie qu'il n'a pas eu le temps de réaliser, quelle fut l'opinion vers laquelle il penchait? Les indices que nous pouvons recueillir dans ses ouvrages nous le montrent assez hésitant. Ses expressions sont embarrassées et équivoques.

Que signifie, par exemple, cette assertion que nous rencontrons dans son traité De conceptu virginaii : « tout fils d'Adam est homme par création et Adam par progation » ^? Le saint docteur entendrait-il que Dieu crée la nature et non l'individu? Ce sens paraîtrait d'autant plus naturel que saint Anselme nous dit un peu plus loin que tous les hommes étaient en Adam matériellement et comme dans une semence, jusqu'à ce qu'ils fussent personnellement en eux-mêmes 2. On croit entendre ici l'opinion signalée par Odon de Cambrai, à savoir que Dieu crée, dans chaque individu, non la substance de l'âme, préexistante dans le premier homme, mais seulement la propriété qui la fait individuelle.

Saint Anselme insistait beaucoup sur cette théorie, que l'on a nommée depuis théorie de l'emboîtement des germes. Il déclarait que si les descendants ne préexistaient pas dans leur père, il n'y aurait aucune raison de dire qu'ils sont engendrés par lui ^. Cet argument

1. Est quidem unusqulsque filius Adœ, et homo per creationem et Adam par propagationem. (De conceptu virgin.^ 10.)

2. In illo causaliter sive maleriallter relut in semine fuerunt, in seipsis personaliter sunt quia in iilo fuerunt ipsum semen, in se singuli di- Tersas personœ. (/cf., 23.)

3. Si enim Terum non est ea quae natura procréât ex seminibus in illis priusaliquid fuisse, nuilo modo ex ipsis essent. {fd., 23.)

atteint directement l'opinion de la création individuelle des âmes. Le père serait-il vraiment père, si la conséquence doit être admise, n'étant pas Fauteur de la partie la plus caractéristique de Têtre engendré?

D'un autre côté, saint Anselme pensait, comme le fit plus tard saint Thomas d'Aquin, que Tàme intelligente n'apparaît qu'après l'organisation du fœtus ^. Comment alors ne serait-elle pas créée individuellement? Il ne s'agit pas ici de l'apparition de l'intelligence que chacun sait avoir lieu beaucoup plus tard ; il s'agit de l'être même de l'âme. Si elle vient du générateur, comment ne se trouve-t-elle pas déjà dans le germe, dès qu'il est fécondé et a une vie distincte? On ne peut supposer qu'elle soit dans l'embryon seulement en germe ou en puissance. Pour saint Anselme l'âme était certainement immatérielle; or, le devenir n'appartient qu'aux choses matérielles. Un être immatériel est actuel ou il n'est pas.

Ainsi les vues du saint Docteur étaient encore vagues et peu cohérentes au moment où il écrivait le traité cité plus haut.

Au reste, ni la théorie de l'emboîtement des germes, ni celle de l'apparition tardive de l'âme n'ont conservé leur autorité pour nos contemporains.

La théorie de l'emboîtement des germes a été absolument écartée par les recherches modernes. Les observations les plus délicates n'ont décelé nulle trace dans

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le corps de ranimai de germes préformés. La semence d'où sortent les descendants est fabriquée de toutes pièces, comme les autres parties du corps, d'après une loi d'évolution organique.

De même, la croyance que l'âme intelligente n'arrive qu'après l'organisation du fœtus est généralement abandonnée. Quelques théologiens défendent bien encore sur cette question l'opinion du Prince de l'École; mais ils ne sont guère écoutés. Précisément parce que Tàme humaine a pour première fonction d'informer le corps, il est naturel qu'elle préside à son organisation. Pourquoi la faire précéder par une âme animale, l'être qu'elle informe étant tout d'abord destiné à faire partie du groupe humain? Aussi pense-t-on communément aujourd'hui que l'àme humaine est créée au moment même de la fécondation, en d'autres termes au moment de la conception. Il n'existe à cette opinion aucune objection métaphysique sérieuse.

Il ne faut pas comprendre d'ailleurs, comme on le fait souvent, que Dieu au moment de chaque conception fasse un décret exceptionnel dépendant, pour ainsi dire, de la volonté et des agissements de ses créatures. Une telle manière de voir serait indigne du Souverain Être. Dieu, du haut de son éternité, produit et gouverne la création par un acte unique et très simple de volonté, s' appliquant à tout ce qui doit être dans la suite des temps. Quand on dit que tels êtres sont créés individuellement, on veut dire simplement que l'existence de ces êtres ne ressort pas d'une des forces déposées dans

quelque être ou quelque fait précédent, mais doit s'expliquer par une application immédiate de Facte créateur. On peut dire, avec les modernes, que ces êtres apparaissent en vertu d'une loi; mais l'efficace de cette loi n'est pas dans les choses, elle relève directement de la puissance divine.

Si le problème de l'origine des âmes apparaissait à saint Anselme enveloppé de quelque obscurité, le docteur du Bec avait au contraire une conscience lumineuse de la destinée de l'âme humaine.

De même que l'âme intelligente est supérieure à tous les corps, de même sa destinée est supérieure à toutes les destinées terrestres.

L'âme est spirituelle, remarque saint Anselme; noyée, il est vrai, dans le monde des corps, elle tend par sa nature propre à s'élever vers une région supérieure ^ Elle peut et elle veut atteindre jusqu'au premier être. Elle a deux facultés qui sont comme ses instruments ; la raison pour penser et la volonté pour vouloir 2. Sa raison tend naturellement à connaître Dieu et sa volonté à l'aimer.

1. Quia anima spirituallsestnaturaliter tendit ad superiora. {Med., 19.)

2. Est ratio in anima quâ, sicut suo instrumento, utitur ad ratiocinandum et yoluntas quà utitur ad volendum. (Deconcord. gratis cum Hbero arbitriOj 11.)

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Rien n'est plus évident, dit le saint docteur, que le but pour lequel la créature raisonnable a été faite. Elle est destinée à aimer la souveraine essence par^dessus tout*. Sur la terre, Thomme aime Dieu en aimant la vérité et le bien 2. En tant que sa nature n'est point viciée, il aime Dieu naturellement plus que tous les autres biens, plus que soi-même.

C'était aussi la pensée de saint Thomas d'Aquin que la créature raisonnable aime naturellement Dieu plus que tous les autres biens. S'il n'en est pas ainsi en fait, c'est que les tendances natives de l'homme ont été perverties par la chute originelle.

Telle est la fin naturelle de l'homme : connaître Dieu, l'aimer, admirer ses perfections qui reluisent dans le monde visible, contempler et apprécier les beautés qu'il a répandues dans la nature, refaire en esprit le plan de la création qui est son œuvre, suivre pas à pas les merveilleuses manifestations de la sagesse divine. N'est-ce pas déjà une assez belle destinée? Eh bien, la révélation nous apprend que l'homme a une destinée plus haute encore : c'est de voir Dieu en lui-même, dans sa nature propre, de le contempler face à face, de partager son souverain bonheur.

Cette destinée-là surtout attirait saint Anselme, ou plutôt les deux pour lui n'en faisaient qu'une ; il ne comprenait pas l'une sans l'autre. Il estimait que Dieu

1. Nihil apertius quam ratlonalem creaturam ad hoc esse factam ut summam essentiam amet super omnia bona. (Monol.,^.)

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