MonoLy
DE l'ame« 195
de sa volonté créatrice, pour détruire ce qu'il a fait. Donnera-t-il un pareil ordre? supprimera- t-il une àrae pleine de l'amour de son infinie bonté, qui s'élance vers lui, qui se réfugie en lui? Non, non, cela est impossible, si nous n'avons pas affaire à un Dieu sourd et aveugle, insensible comme la fatalité.
Toutefois ces considérations ne sont pleinement efficaces que pour les bons. Quelle valeur peuvent-elles avoir pour les esprits dépravés, pour ceux-là mêmes qu'il importe de maintenir par la crainte d'un avenir incertain? Ils ont renoncé à leur fin étemelle; ils n'ont d'ambition que pour les biens qui passent.
A ce point de vue, nous trouvons supérieure la preuve de saint Thomas d'Aquin parce qu'elle s'appuie sur un fait plus général et moins dépendant des dispositions morales et individuelles.
Le Prince de TÉcole prend son point de départ dans la nature même de l'intelligence. L'intelligence est faite pour connaître l'être. Elle connaît non seulement la réalité actuelle, mais la nature de l'être dans son universalité. Elle se souvient du passé, elle prévoit l'avenir. De même qu'elle connaît l'être, elle le veut naturellement, elle l'aime. Elle l'aime dans toute l'étendue où elle le connaît. Est-il possible qu'à un moment donné cet être qu'elle aime et connaît lui échappe, (pi'elle sache qu'il y aura un lendemain et que ce lendemain n'existera pas pour elle? Mais ce lendemain, elle le possède déjà par la pensée; il esta elle en quelque manière. L'en priver, c'est le lui arracher.
Si la nature donne cette connaissance et ce désir du lendemain, elle doit en donner la réalisation ; autrement elle se combattrait et se contredirait* elle-même. La nature de Tintelligence implique donc Vimmortalité de l'être intelligent, puisqu'elle implique qu'il se sache vivre et qu'il veuille vivre ^
Le raisonnement de saint Thomas est au fond le même que celui de saint Anselme, mais il est établi sur une base plus large.
L'opinion si élevée de saint Anselme sur la destinée de Tàme humaine, nous donne la confiance que, s'il avait pu étudier à fond, comme il en avait le projet, le problème de l'origine de cette âme, il eût mis fin à ses incertitudes et se fût nettement prononcé pour la création des âmes individuelles. Il eût vu clairement, dans une étude consciencieuse et approfondie, que chaque homme étant une fin individuelle réclame également une création individuelle.
La belle preuve qu'il donne de l'immortalité de l'âme ne vaut rien ou elle vaut pour chacun de nous individuellement. Dieu doit intervenir évidemment dans la création de tout individu, puisque c'est l'individu qui doit être admis personnellement à le connaître et à l'aimer. Il eût été trop étonnant que Dieu n'eût pas réglé directement le nombre de ceux qu'il voulait bien admettre dans sa société.