‹ Saint AnselmeChapitre 47 sur 96 · Horace, Odes, I,xxxiii · texte numérisé non relu

Horace, Odes, I,xxxiii

X Si Justitia est rectitudo voluntalis propter se servata, nec ista rectitude potest esse nisi in rationali natura. {De conceptu virginali, 8.)

3. Sicut enim est bestiarum nihil velle cum ratione, ita hominum esset nihil velle sine ratione. (Id»,- 10.)

4. In equo non ipsa voluntas se subjicit sed nataraliter subjecta semper necessitate appetitai carnis servit. (De lib, arb., 5.)

senfement *. Aucune tentation ne peut la détourner sans son adhésion; si elle est vaincue, c'est elle-même qui se livre 2.

Voilà certes de belles et généreuses pensées. Elles donnent une haute idée de la dignité de l'homme. Elles font honte au libertin qui ne veut pas se croire libre parce qu'il n'a pas le courage de l'être. Aussi saint Anselme était-il très satisfait de sa définition. Il a grand soin de constater, suivant l'usage des écolâtres, que cette définition est complète sans être surabondante, qu'il ne lui manque rien et qu'elle ne contient rien de superflu 3.

Pouvons-nous être aussi satisfaits? ceci dépend du point de vue où l'on se place.

S'il s'agit de liberté morale, du privilège conféré à l'homme de diriger lui-même sa destinée, nous nous associons complètement aux considérations développées par saint Anselme. Nous croyons avec lui que la liberté est le pouvoir de remplir son devoir après l'avoir reconnu par soi-même, conformément à une définition recommandée dans un livre récent, celui de M. Tabbé

1. Oranein rem liberam esse ab eâ re a qua cogl nisÎTolens nec prohiberi potest. {Id.)

2. Nalla tentatio potest illam nisi Tolentem avertere a rectitudine ad peccatum, id est ad yolendam quod non débet Cura ergo vincitur, non aliéna potestate vincitur, sed saâ. (Id,)

3. Nec abundans utiquenec indigens est hœc nostra definitio. (Id., 3.)

Canet, La pacification intellectuelle par la liberté^. L'auteur de cette éloquente étude montre que tout mouvement, toute action a sa loi; par conséquent la liberté ne se comprend que sous une loi. La liberté sans une loi serait une chose absurde, une sorte de monstre.

Mais M. Tabbé Canet traite de la liberté morale et politique, cette liberté qui est le droit de faire ou de ne pas faire. Son but est de repousser la théorie rationaliste du droit à Terreur. Dans cet ordre d'idées, la liberté du bien, le pouvoir de faire le bien, est la seule chose raisonnable. Les lois divines et humaines qui défendent le mal ne sont pas une restriction apportée à la liberté ; elles en sont plutôt la sauvegarde. Après tout, la volonté libre ne veut pas au fond sa propre perte. Si elle y marche, c'est par imprévoyance ou par l'entraînement de la passion«

La définition de saint Anselme met parfaitement ce point de vue en lumière. En cela elle est bien supérieure à celle qui avait cours de son temps dans les écoles et qu'il a repoussée.

Mais au point de vue psychologique, celui qui nous préoccupe principalement ici, certaines réserves nous semblent indispensables. Elles apparaîtront plus clairement quand nous aurons achevé l'exposition de la théorie du docteur du Bec.

1. Paris, Bloud et Barrai, 1901. On trouverait des vues analogues dans l'intéressant essai de M. l'abbé Plat, Le problème de la liberté, p. 156, Paris, Lethielleux, 1895.

Le libre arbitre, nous dit saint Anselme, est le pouvoir de conserver la rectitude de la volonté. Qu'entendil par cette rectitude?

Évidemment il s'agit de cette disposition de la volonté par laquelle elle tend vers tout ce qui convient à la nature supérieure de l'homme et à sa destinée.

Mais nous avons remarqué plus haut que l'homme a une double destinée : une destinée naturelle et terrestre et une destinée surnaturelle. A laquelle de ces deux destinées saint Anselme faisait-il principalement allusion?

Référons-nous à ses propres paroles.

Il nous déclare très explicitement que ThôAme est incapable d'acquérir par lui-même la rectitude de la volonté. Il faut que Dieu la lui donne. L'homme ne peut qu'une chose, ne point la perdre quand il Ta reçue ^

Une telle assertion peut-elle s'entendre autrement que de cette rectitude qui nous porte vers notre destinée surnaturelle? La grâce qui nous prédispose à la vision béatifique est bien un don de Dieu. Nous ne pouvons l'acquérir par nos propres forces, car le but auquel elle conduit est hors de proportion avec notre nature.

Sans doute, on peut dire de la pure droiture naturelle que Dieu aussi la donne. C'est lui qui nous pré-

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