Mali nuUam esse nataram. {De eccL dogmat, ch
2. Ita fit at neque illa bona quse a peccantibus appetuntar ullo modo mala sint, neque ipsa vol antas libéra,... sed inàlam sit ayersio ab incommutabili bono et conversio ad mutabilia. (S. Aug., JDe lib. arbitrio, 2, 19.)
Saint Anselme a adhéré complètement à cette tradition. Il enseigna qu'aucune chose n'est par elle-même mauvaise *. On ne la dit mauvaise que parce qu'elle manque d'un bien 2. Non assurément que Tabsence d'un bien soit toujours un mal. Il n'y a pas mal quand on ne jouit pas d'un avantage qui n'est pas dû 3. La limitation est une condition nécessaire de l'être créé. Mais il y a mal quand le bien qui manque devrait être, quand la créature n'a pas ce qui lui convient *.
Voilà en quel sens le mal n'est rien. A un autre point de vue il est cependant quelque chose, quelque chose que nous constatons tous les jours. Saint Anselme entre dans des considérations assez subtiles pour prouver qu'il n'y a pas contradiction entre ces deux termes rien et quelque chose ^. Le mal est quelque chose en tant qu'il est une suppression, mais non en tant qu'il serait une certaine nature^; considéré comme destructeur d'un bien, il est quelque chose, considéré dans son essence propre, il n'est rien '^. Explications assez contournées, mais conformes aux habitudes des écoles
!• Nihil apertius quam nullam rem esse malum. (De casu diab,, 19.)
2. Nullî essentise est malam esse quam déesse illi bonom. [De concord,, 2,5.)
3. Nataram quae non débet habere justitiam non defonnat non habere, illam yero quœ habere débet dehonestat non habere. (De cas. diàb.^ 16.)
4. Malum non est aliad quam non bonum aut absentia boni ubi débet et expedit esse bonum. (De cas, diab., 10.)
5. Forsitan non répugnât signiiicare nihil et aliquid. (De cas. diab,, 10.)
6. Significat remoTendo et non significat constituendo. (Id.)
7. Nihil quod perimit omne quod est aliquid, et destruendo non significat nihil sed aliquid, et constituendo non significat aliquid sed nihil. (fd.)
du temps. Nous dirions plus simplement aujourd'hui que le mal n'est rien par lui-même, mais qu'il est quelque chose par la réalité dont il est la tare.
Toutefois saint Anselme n'appliquait pas ces principes d'une manière absolue à toutes espèces de maux. Il en distinguait de deux sortes : l'injustice ou le péché que nous appellerions aujourd'hui le mal moral; et le mal physique, désordres de la nature, maladies, douleurs, la mort même, qu'il quahfiait simplement d'incommodités, non par ce mépris de la douleur qu'affecte le stoïcien pour se montrer au-dessus d'elle, mais par la sainte indifférence d'une âme pleinement dévouée à Dieu, pour laquelle tout ce qui n'est pas ce bien suprême n'a pas d'importance.
Pour le mal de l'injustice, le docteur du Bec maintient la théorie dans toute sa rigueur. Il répète en cent endroits que l'injustice n'est point quelque chose de subsistant*, qu'elle n'est point dans l'être, comme une réalité positive 2; elle n'est autre chose en fait qu'une privation, la privation de la justice ^, Avec saint Augustin notre saint étend cette observation même à la volonté mauvaise. L'usage, dit-il, est d'appeler mal nos actes et nos affections déréglés. Ces actes en eux-mêmes sont quelque chose, mais leur injustice n'est rien que leur application déplacée^. Tout acte de
1. Malum quod est injustitia omni carece exîstentia. (De concord., 1, 7.)