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De concord

autrement de la conciliation de la liberté de Thomme avec la prédestination divine. Cette conciliation offre des difficultés toutes particulières, si bien que le véritable terrain de l'accord entre ces deux vérités ne paraît pas avoir été indiqué jusqu'ici d'une manière définitive^

Comment trouver une solution à l'abri de toute critique, quand il s'agit de ce qu'il y a de plus intime dans les volontés du souverain être, dont l'essence nous est si profondément inconnue ?

Le problème a divisé deux grands ordres religieux qui tous deux ont la prétention de s'attacher aux enseignements du Prince de l'École.

Les dominicains appuient davantage sur le décret divin. Ils enseignent que les justes seront sauvés parce que Dieu a décidé qu'ils seraient sauvés. Il a toutefois décidé qu'ils seraient sauvés librement. Cette doctrine réserve parfaitement le souverain domaine de Dieu. Fait-elle une part suffisante à la liberté? Est-ce être libre que d'être libre par ordre?

Les jésuites sont plus favorables au libre arbitre. Ils admettent bien que Dieu a décidé quels sont ceux qui seront sauvés ; mais il a décidé leur salut en prévision des mérites qu'ils auront amassés. Ainsi la liberté est pleinement sauvegardée, car il dépend de nous d'avoir amassé ces mérites. On objecte que le domaine souverain de Dieu parait plus limité, puisqu'on suppose dans les créatures des effets qui ne dépendent pas absolument de lui.

La discussion, ouverte depuis trois siècles et pendant

un temps négligée, a été réveillée dans ces dernières années par la controverse survenue entre le R. P. Schneemann jésuite, et le R. P. Dummermuth dominicaine

Les deux partis se réclament de saint Thomas d'Aquin. Us relèvent également dans ses ouvrages des arguments pour la thèse qu'ils défendent. Ce grand docteur avait-il vraiment adopté Tune ou l'autre opinion? Nous croyons plutôt qu'avec sa prudence ordinaire, il s'était contenté de poser quelques principes généraux, en se gardant d'explications de détail dont il pressentait les obscurités. Il est difficile de ranger saint Anselme dans l'un des deux camps. Il remarque que quiconque ne fait pas le bien librement n'est pas juste. Par conséquent. Dieu ne prédestine personne à être juste par nécessité -. Mais, puisque tout est présent à la pensée éternelle de Dieu, s'il décrète le salut de celui-ci ou la perte de celui-là, c'est qu'il voit que Tun aura mérité d'être sauvé, et que l'autre aura mérité Tenfer^. U ajoute que notre salut ne dépend ni du libre arbitre seul, ni de la grâce seule, mais que tous deux doivent concourir pour assurer notre éternité ^. Dieu ne rend personne injuste; il ne

1. Controversiarum de divinx gratix liberiatisque concordiâ initia et progressus, par le R. P. Schneemann, Fribourg en Brisgau, Herder, 1881. — Sanctus Thomas etdoctrinaprxmotionisphysicx, seuResponsio ad R. P. Schneemann S. J,, par le R. P. Dummermuth, Paris, Lethielleux,

2. Non praedestinat quemquam juslnm futurum esse necessitate. {De con cord., 2, 3.)

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