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ment n'a donc pas toute la rigueur désirable; mais ce qui peut lui manquer de ce côté, ne le regagnet-il pas en élévation et en beauté? Par là même, il est plus capable d'entraîner les convictions. On sait que la persuasion ne s'obtient pas toujours par les mêmes moyens que la certitude intellectuelle. Saint Thomas s'adresse surtout à l'intelligence et à la raison spéculative. Saint Anselme s'adresse à l'âme tout entière. C'est peut-être pour ce motif que sa théodicée, malgré son appareil moins scientifique, a compté de tout temps un grand nombre de chauds partisans.

Ce que l'on peut reprocher à l'argument par le bien, c'est de n'être pas assez direct; en lui-même, il est vrai et juste. Quant à l'argument par l'inégalité des natures, il nous semble incomplet. Assurément, dans toute hiérarchie, il faut une première tête. Mais est-il évident que le monde soit une hiérarchie unique? Saint Anselme parait le supposer; il eût été à propos de le prouver.

Saint Thomas se sert d'une preuve semblable, c'est la quatrième de la Somme théologique. Il ne la présente pas de la même manière que saint Anselme. Il la fonde sur ce principe, posé par Aristote, que le plus et le moins se disent des choses par rapport à une chose qui est le type parfait du genre *. Il ajoute, toujours avec Aristote, que ce type parfait est la cause de toutes les choses du même genre. Il y a donc un être qui est

1. Magis et minus dicuntur de di?ersi8 secundum qaod appropinquant di?ersiniodè ad aliqaid quod maxime est. (1% 2, 3.)

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