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le type parfait de Fétre et qui est pour toutes les autres choses la cause de leur être, de leur bonté, de toutes leurs perfections ^
Saint Thomas en revient toujours à l'être.
Ainsi présentée, la preuve est régulière ; elle est peutêtre un peu subtile. De telles preuves sont sans doute moins saisissables aux intelligences ordinaires que la preuve par excellence, la preuve cosmologique par l'idée de cause et de changement, prima et manifestior viuy dit le Prince de l'École en parlant d'elle. Mais les autres preuves expriment peut-être mieux ce mouvement naturel de l'âme, cette propension innée à croire en Dieu, que signalait déjà saint Jean Damascène -. Toute la scolastique admettait, bien qu'avec les restrictions nécessaires pour éviter l'ontologisme, que l'impression spontanée de la raison humaine, dès que le spectacle du monde lui est offert, est de croire à son auteur. Les preuves de l'existence de Dieu ne font qu'éclaîrcir et préciser ce premier pressentiment. On était loin alors de l'assertion par trop hardie qu'aurait émise Guillaume d'Occam, assertion renouvelée par le criticisme contemporain, qu'on ne peut démontrer Dieu avec pleine évidence : non potest sciri evidenter quod Deus est 3.
1. Ergo est aliquid qaod omnibas eatibus est causa esse et bonitatis et cujusllbet perfectionis. (Id.)
2. Ilaffi Y*P "h yvûcxi; ToO eîvai 6eôv On' autoO 9vvixâ>; kyKOLxévTzoLpxai. {De fide orùh.J, 1, collect. de Migne, Pa/ro/. gr., f.XClV.)
3. Ce propos lui est attribué par le card. Gonzalez sans indication de source. (HisL de la phil., Madrid, Jnbera, 1886, t. H, p. 372.)
La philosophie en effet, telle que la concevaient les anciens docteurs, n'est pas un voyage de découvertes dans rinconnu ; ce n'est pas non plus la construction d'un système plus ou moins ingénieux; c'est un effort pour formuler en termes explicites, précis et parfaitement cohérents, les données implicites et confuses du bon sens naturel. Van VVeddingen a particulièrement insisté sur ce points Peut-être n'a-t-il pas assez pris garde que les tendances spontanées doivent être la matière et non la base de l'élaboration philosophique. Il ne suffit pas d'en relever les données toutes frustes et d'en faire les prémisses d'un argument. Il faut chercher dans leur fond intime le principe premier qui les justifie et les éclaire. C'est ainsi seulement que la philosophie, fidèle au sens commun, dont elle ne s'écarte jamais sans danger, peut prendre un caractère vraiment scientifique.
Après être montés des choses vers Dieu, redescendons de Dieu vers les choses. Comment dépendent-elles de Dieu? En dépendent-elles par création comme l'enseigne la foi catholique? Quelle portée peut-on donner philosophiquement à ce mot : création?
Nous avons vu que les preuves données par saint An-
1. Les hases de V objectivité delà connaissance, p. 148 et i>ui?. Ha}ez, Braxelles, 1889.
selme de l'existence de Dieu pouvaient laisser quelque incertitude à ce sujet. Dieu y apparaît comme source et comme type, plutôt que comme cause efficiente.
Le saint docteur va préciser la doctrine dans les considérations qui suivent*.
Dieu est par soi, c'est le point de départ; les choses sont par lui. Quel est le sens exact de ces formules ?
Dieu est par soi : ce n'est pas dire qu'il se produise lui-même. Pour se produire, il faudrait être avant d'être, ce qui est impossible 2. Dieu est par soi : cela veut dire que son existence est comprise dans sa nature, qu'il est excellemment Têtre et Texistence première, que seul il est purement et simplement par son essence même ^.
Les choses sont par un autre : cela veut dire qu'elles peuvent ne pas être, que rien dans leur nature ne nécessite l'existence, que par suite cette existence leur est fournie d'ailleurs.
D'où leur vient cette existence?
Saint Anselme commence par remarquer que les choses ne peuvent venir d'une matière antérieure qui existerait par elle-même *. La matière n'est par ellemême ni bonne, ni existante. Son essence, comme on l'a dit plus tard, n'implique pas son existence. La matière suppose autre chose au-dessus d'elle.
Les choses ne peuvent venir de la corruption du bien