‹ Saint AnselmeChapitre 59 sur 96 · MonoL · texte numérisé non relu

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par soi. Ce qui est le bien par soi ne peut cesser d'être le bien suprême et absolu. Le bien par soi est incorruptible, indivisible et immuable ^.

Enfin les choses ne peuvent venir du néant. Le néant est incapable de rien produire.

Il ne reste qu'une interprétation possible; c'est que les choses soient produites par le Souverain Bien et produites de toutes pièces. Puisqu'elles sont, il faut que le Souverain Bien les ait faites ; seul il est par lui-même, seul il préexiste à toutes. Il faut qu'il les ait faites de rien, puisqu'il ne peut rien détacher de lui-même, ni se diminuer lui-même.

Cette production totale^ indépendamment de tout sujet antérieur, est ce qu'on appelle création.

Pouvons-nous nous représenter ce mode de production? En aucune façon. Mais nous y sommes acculés par la nécessité de la production et par l'impossibilité de tout autre mode.

Les anciens ne connaissaient pas l'idée de création. C'est pourquoi ils ne pouvaient concevoir qu'une matière éternelle ordonnée par un Démiurge. Ils n'admettaient pas qu'une chose pût être faite de rien, suivant ce vers de Lucrèce, d'une précision si énergique :

Ex nihilo nihil, in nihilum nil posse reverti.

Mais saint Anselme fait observer avec beaucoup d'à propos que cette expression fait de rien peut avoir trois sens qu'il importe de distinguer :

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