Monol
248 SAINT ANSELMK.
va nous le dire, autant que la raison humaine peut entrevoir quelque chose des divines perfections.
Il est difficile, en effet, le mot est de Platon, de connaître et d'expliquer clairement ce qu'est le Père de l'univers*. Et les théologiens catholiques, renchérissant sur l'affirmation du philosophe grec, déclarent que la nature propre de Dieu est incognoscible à toute intelligence créée 2, à moins qu'elle ne soit élevée à la vision béatifique. Toutefois la connaissance, même naturelle, que nous avons de Dieu n'est pas absolument nulle; De la même manière que nous arrivons à connaître qu'il est, nous pouvons arriver à avoir sur sa nature quelques données générales ou analogiques qui ne sont point sans valeur.
On va en juger.
Nous avons vu que Dieu est la nature souveraine, la cause première de toutes les autres natures. Nous pouvons tirer de là deux principes absolument certains. Le premier que Dieu est l'être par soi, n'ayant aucune cause de lui-même; s'il était par un autre, celui-ci serait supérieur 3. Le second principe est qu'il a lui-même de quelque manière toutes les perfections qu'il a données^. On ne donne que ce que l'on a.
Appliquons ces deux principes et d'abord le premier.
Si Dieu est l'être par soi, on doit conclure qu'il est