‹ Saint AnselmeChapitre 67 sur 96 · Liber apolog. ad insip · texte numérisé non relu

Liber apolog. ad insip

4. Soli Deo proprium est esse, et non posse non esse, et non posse cogitari non esse. (5. theoL, l'' pars., q. 19, m. 4, Lyon, Rigaud, 1651.)

fameux argument du Proslogium dont nous examinerons plus loin la valeur.

Ainsi de ce premier principe que Dieu est l'être par soi, nous tîpons que son existence est identique à son essence, qu'il existe nécessairement, qu'il est simple dans sa nature et immuable dans sa perfection. Assurément toutes ces affirmations ne sont pas sans importance.

On peut objecter qu'elles sont bien vagues et bien abstraites. Nous suppléons à ce vide à l'aide du second principe que Dieu a tout ce qu'il a donné.

En vertu de ce principe, nous reconnaissons que Dieu possède éminemment dans sa perfection unique, tout degré d'être qu'il a donné à quelqu'une de ses créatures.

Mais tous les caractères que nous constatons dans les créatures ne sont pas des degrés d'être ou de perfection. Il y en a qui impliquent imperfection, infériorité. Ceux-là ne représentent pas un degré d'être ajouté, mais plutôt un degré d'être diminué, abaissé. Pour s'y reconnaître, les philosophes catholiques posent un principe que saint Anselme formule en ces termes : Tout ce qui est est tel qu'il soit meilleur que sa négation, ou que sa négation soit meilleure ^ On ne met en Dieu que ce qu'il est meilleur d'avoir que de ne pas avoir, ce qui est meilleur absolument 2.

1. Quidquid est, prœter relaliva, taie est ut ipsum sit raelius qaam non îpsum, aut taie est ut non ipsum sit in aliquo melius quam ipsum. (Monol, 15.)

2. Tu es quidquid melius est e«se quam non esse. (Prosl.^^.) -^ Credi-

â52 SAINT ANSELME.

Ainsi nous mettons en Dieu Tintelligence parce qu'il est mieux de connaître que de ne pas connaître. Dieu a certainement de quelque manière Fintelligence, puisqu'il l'a donnée à certains êtres. Il a la volonté; il est mieux de se diriger soi-même que d'obéir à une impulsion instinctive, lia la liberté; l'être libre est supérieur à celui qui agit par nécessité. Il a la justice, la sagesse, la bonté, etc., ou plutôt, il est la justice, la sagesse, la bonté même, car il est tout cela par lui-même et non par un autre ^ ?

Comment a-t-il toutes ces qualités? Nous n'en savons absolument rien; elles sont en lui d'une manière ineffable 2. Nous ne prétendons nullement en effet qu'il connaisse comme nous connaissons, par jugements et par raisonnements. Nous ne prétendons pas non plus que sa liberté s'exerce par des hésitations et des délibérations. Nous ne pouvons savoir exactement ce que demande sa justice, ni deviner les voies de sa sagesse adorable.

Tout ce que nous soutenons, c'est que sa perfection très simple contient de quelque manière l'équivalent de toutes ces perfections, qu'il a tous les avantages que nous pouvons y trouver, et d'autres encore dont nous n'avons aucune idée.

Ceci n'est pas de l'anthropomorphisme. Nous n'assi-

mus de divina sabstantia quidqaid melius esl esse quam non esse. {Lib. apoLj 10.)

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