Ed. de Dora Garet, Patrol, de Migne, t. LXIX-LXX
2. Voir à ce sujet un arlicle très érudit de M. Ferrère dans les Annales de philosophie chrétienne (juin 1900).
grand saint, habile politique, ce pape illustre put obtenir la conversion des Lombards et diminuer ainsi les maux de Finvasion ^.
Pendant que la civilisation était pour ainsi dire réduite à la seule ville de Rome en Italie, la science reprenait un certain éclat en Espagne, sous les rois Visigoths devenus catholiques (587). Le clergé était tout-puissant à Tolède. 11 avait créé une administration, formulé un code et rétabli presque complètement l'ancienne organisation impériale. L'Espagne reprenait une prospérité inconnue des pays voisins. Avec la paix et Tordre, Fétude, abandonnée presque partout ailleurs, se relevait. Des écoles étaient créées auprès des cathédrales. L'enseignement y était conforme au programme de Cassiodore, mais très développé. On y commentait le De anima d'Aristote, sa politique, sa morale à Nicomaque, le De generatione et corruptione. L'archevêque de Séville, saint Isidore, présidait à ce mouvement. Très versé lui-même dans la connaissance des Pères, il était un bon écrivain et un esprit philosophique. On a pu dire que toute la doctrine scolastique se trouvait déjà ébauchée par lui.
Saint Isidore mourut en 637, laissant à saint Udefonsc,
1. On peut lire ses œuvres dans l'éd. des bénédicUns de Paris, 1605. Patrol. Migne, t. LXXV-LXXXIX.
archevêque de Tolède, qui vécut jusqu'en 667, le soin de conserver la tradition et de poursuivre la restauration des études théologiques et philosophiques.
Saint Isidore écrivit de nombreux ouvrages : les 20 livres des OrigineSy les 3 livres des Sentences, ï Histoire des Goths d'Espagne, la collection des canons des conciles, le Traité des dogmes ecclésiastiques, etc. ^
A la belle époque du moyen âge, il jouit d'une grande autorité comme juriste et moraliste. Si le mouvement dont il avait été l'initiateur avait pu continuer, Tapogée de la philosophie traditionnelle eût peut-être été avancée de trois siècles. Malheureusement ce renouvellement de civilisation fut arrêté subitement par la conquête sarrasine (712).
La Providence avait ménagé ailleurs un asile pour la vie religieuse et la vie scientifique alors inséparables.
Ce furent les îles Britanniques qui reçurent à cette époque le dépôt de la civilisation chrétienne.
Le christianisme avait pénétré de bonne heure en Irlande. Palladius, envoyé dans cette lie par le pape Célestin, y trouva déjà des communautés chrétiennes. Néanmoins sa mission fut peu fructueuse. Mais le belge saint Patrice, envoyé après lui, fonda l'évêché d'Ar-
1. On peut lire ces divers ouvrages dans l'édition d'Arevalo, 1796, reproJuite dans la collection de Mignc, Pair ologie latine, i. LXXXI-LXXXIV.
magh (432) *, forma un clergé, établit des écoles et donna une vive impulsion à la propagation de iWangile. Une foule de monastères furent créés. De là partirent des légions de missionnaires qui allèrent de tous côtés prêcher la foi à l'Église catholique. Dans l'espace d'un siècle on compta 350 é vaques fondateurs d'églises. Colomban convertit les Pietés du nord de l'Ecosse (565) et établit un couvent dans l'Ile de Hy, une des Hébrides. Fridolin enseigna l'évangile aux Allemands (511). Un autre Colomban, mis au rang des saints, fonda, avec ses douze compagnons, l'abbaye de Luxéuil, évangélisa les populations voisines du lac de Constance et alla mourir en Italie à Bobbio (615). Son disciple saint Gall établit le monastère de ce nom eu Suisse. Livin souffrait le martyre chez les Frisons. Le moine Kilian entreprenait l'évangélisation de la Franconie.
Le zèle des missionnaires irlandais dépassa même les limites du vieux monde, si l'on en croit certaines légendes. Le voyage fabuleux de saint Brendan au delà de l'Atlantique est resté célèbre. L'authenticité de ce voyage n'a jamais pu être démontrée. Toutefois, il est remarquable que l'on ait trouvé chez les prêtres mexicains, au temps de Fernand Cortès, des usages qui ont un rapport frappant avec les vieilles coutumes des moines de Colomban.
Pendant cette longue période du yf au vin® siècle, les écoles d'Irlande furent célèbres dans tout FOccident.