‹ Saint AnselmeChapitre 85 sur 96 · Phil. Jahrbuch, IX, 3, p · texte numérisé non relu

Phil. Jahrbuch, IX, 3, p

dit que Texistence de Dieu comme être supérieur et parfait peut être démontrée, mais qu'il est impossible de la démontrer avec évidence si l'on entend par Dieu un être plus noble et plus parfait que tout autre distinct de lui ^ La première assertion s'applique-t-élle mieux à l'argument de saint Anselme que la seconde?

Occam disait encore qu'on ne peut prouver par la raison naturelle que Dieu soit cause de quelque effets

Après tout, ce précurseur de Kant ne croyait guère à la raison, bien qu'il en abusât. Toute preuve devait lui paraître de peu de valeur. Il est bien possible qu'il ait pensé de l'argument de saint Anselme : autant celui-là qu'un autre.

Plus tard, auxv® siècle, Raymond de Sebonde employa la preuve ontologique. Au xvi® siècle, le jésuite Vasquez accorda une place à l'argument de saint Anselme, bien que toute la grande scolastique de son temps lui restât opposée.

Le grand mouvement de renaissance scolastique du xvi^ siècle s'était manifesté surtout en Italie et en Espagne. Au siècle suivant, la France vit naître une philosophie toute nouvelle, le spiritualisme cartésien. Avec l'influence de Descartes, un mouvejment de retour se produisit en faveur de la preuve de l'existence de Dieu par son idée.

1. Ces propos lui sont attribués par le cardinal Gonzalez {Hist, de la phiLj t. II, p. 372) sans indication de source.

l'argument de saint ANSELME. 299

Descartes, qui prétendait n'avoir rien lu, avait lu certainement le Proslogium. La preuve en a été faite par Hauréau^. Use garda toutefois de citer son auteur et proposa comme de lui-même deux preuves de l'existence de Dieu qui lui avaient été certainement suggérées par Targumen^t de saint Anselme.

La première de ces preuves est néanmoins assez différente du célèbre argument. Elle fait intervenir le principe de causalité, tandis que le docteur duBecn'avait eu recours qu'au principe de contradiction. Partant du fait que nous avons dans l'esprit la notion de l'infini et que cette notion représente un être au-dessus de tous, dont aucun autre ne pourrait nous donner Tidée, Descartes crut que cette notion ne peut avoir qu'une cause, l'être même qu'elle représente. La pensée de l'infini prouverait l'existence de Dieu comme sa cause nécessaire 2.

Cette preuve pourrait être bonne, si nous avions de Dieu une idée directe et adéquate. Malheureusement, il s'en faut de beaucoup. Nous nous représentons Dieu, comme nous pouvons, en combinant tant bien que mal des notions puisées ailleurs dont nous élaguons par la pensée toute imperfection. Notre idée de Dieu est surtout négative et analogique. Une telle idée n'a pas besoin d'une cause directe.

La seconde preuve se rapproche davantage de l'argument de saint Anselme. Elle est proposée dans la 5* Mé-

1. HUt. littér, du Maine, y. I, p. 335. Paris, Dumoulin, 1876.

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