Éd. de CoasÎD, t. I, p
l'argument de saint ANSELME. 301
Cette preuve de Descartes a été acceptée par Fénelon et développée par lui avec toute la magie de son style admirable *.
Mais ni les formules géométriques de Descartes, ni les beautés de l'exposition de l'archevêque de Cambrai ne doivent nous faire illusion sur le paralogisme contenu dans ce raisonnement.
C'est le cas de répéter ici avec saint Thomas : eodem modo necesse est poni rem et nominis rationem; il faut prendre la chose au même point de vue que sa définition. Si vous n'avez défini qu'une idée, la chose définie et les propriétés qu'on lui attribue n'existent pour vous qu'en idée. Si vous avez trouvé dans la notion d'un être parfait l'idée d'une existence nécessaire et éternelle, vous n'en pouvez conclure qu'une chose, c'est qu'un tel être, s'il existait, aurait l'existence nécessaire et éternelle. Pour sortir de là il faut prendre son point d'appui non plus dans une idée, mais dans une réalité objective.
C'est l'objection que fit Craterus à Descartes 2, et ce fut sans doute pour avoir l'air d'y répondre que celuici introduisit dans son syllogisme la réserve que nous avons rapportée : après avoir soigneusement recherche ce qu'est Dieu, Comment? recherché? Une s'agit donc plus de l'idée de Dieu? Il s'agit de Dieu lui-même? on présuppose donc qu'il existe?
1. De V existence de Dieu, W p., û^ 36. Versailles, Gosselin et Garon,