BANQUET DU
Le Banquet
A l'issue de la messe, les évêques, les-Brêtres et quelques autres invités furent priés de descendre dans la crypte de l'église, où le dîner était servi.
Le menu et le service de ce banquet avait été confiés à M. Whitfield la décoration de la salle, à MM. Dauphinais et Folster. Les chrysanthèmes qui ornaient la table d'honneur, les branches de vigne tressées en arches au dessus des convives, les banderolles et les drapeaux multicolores, plusieurs écussons portant les armoiries des évêques: tous ces décors, dans un flot de lumière, formaient un spectacle féerique.
Pas de discours, pendant et après le dîner.
Et si nouveau que cela ait paru, personne ne s’en est plaint.
En revanche, de la musique, de la bonne musique, et par un bon orchestre,—sous la direction de M. Alphonse Robitaille, un paroissien de Saint-Antoine et brillant élève du Conservatoire de Bruxelles,
M. Deslauriers crut répondre à la curiosité bien légitime des convives, en leur distribuant à la fin du banquet un feuillet contenant quelques statistiques de Saint-Antoine.
«Voici, y lisons-nous, les différentes soumissions faites pour la construction de l'église St- Antoine, d'après les plans et spécifications de Jos. Venne, architecte de Montréal. Les clochers et la claire-voie devant être en bois et en ardoises John B. Sullivan
«Lorsque l’entreprise fut confiée à M. J. Houlihan, en 1903, la paroisse r’avait en caisse que $11,000. Le 5 octobre 1904, lors de l'accident, M. J. Houlihan avait déjà reçu $96,648.36.
C'est-à-dire, tout le montant qui lui était dû. La paroisse ayant mis*M. J. Houlihan de côté, à démoli et reconstruit une grande partie de
l'ouvrage déjà fait et payé. Pour refaire ces travaux, pour terminer l'église, y compris les systèmes de chauffage et d'éclairage, les orgues, les autels, les bancs, les vases sacrés, les ornements, enfin tout l'ameublement, la paroisse a dû débourser $245,360—y compris les frais du procès s’élevant à $26,000. En y ajoutant les $96,648 déjà payés à Houlihan l'église coûte donc $342, 000. La paroisse St-Antoine a aujourd’hui, le 28 novembre, 1912, une dette consolidée de $130, 000 à 434 p. c. sans dette flottante.
«De sorte que la paroisse a payé en moins de 9 ans $212,000, tout près de $24,000 par année. «En se basant sur ces chiffres, sans escompter l'avenir, il est facile de prévoir que dans cinq ans la paroisse St-Antoine n'aura pas un sou de
dette. » ns
Au café, M. le curé monta sur l’estrade des musiciens et termina le banquet par l’allocution suivante :
MESSEIGNEURS, MES CHERS CONFRÈRES, Messieurs,
Lorsque j'ai présenté le programme de cette fête à l'approbation de Mgr Feehan, je lui ai
demandé la faveur de n'avoir pas de discours après le banquet. Sa Grandeur me répondit :
« Je veux bien; mais à condition de me laisser au moins remercier Nos Seigneurs les évêques et les prêtres qui seront présents à cette fête. »
Ce désir était aussi le mien. Mais voilà que Monseigneur a fait ses remerciements après la messe pontificale! j'en suis heureux, puisque cela lui a aussi fourni l’occasion de remercier mes paroissiens,
— «Seulement, vous remercierez vous-même, après le banquet, » a-t-il ajouté, tout à l'heure. Et comme je ne veux pas commencer aujourd’hui à désobéir à mon évêque, je m'exécute.
Remercier est une tâche agréable, sans doute ; mais ce qui n’est jamais aisé pour moi, c'est de dire mes pensées et mes sentiments en public, — à moins qu’il ne s'agisse de demander une collecte.—Je sens trop, cependant, mon cœur déborder, en ce moment, de joie et de reconnaissance, pour ne pas trouver des mots pour le dire.
Reconnaissance d’abord envers mon évêque.
Ila été pour moid’une bonté toujours paternelle. C’est à lui que je dois et à la confiance qu'il m'a
sans cesse manifestée d'avoir traversé heureusement les épreuves des dernières années. Il faut bien desrevers pour ébranlerun curé qui s'appuie sur son évêque, et que son évêque soutient!
Je suis aussi très reconnaissant envers Messe:gneurs les évêques du Canada, et envers Mgr Da Sylva, qui ont daigné prendre part à notre fête.
J'ai pour Mgr Bruchési en particulier un merci plus cordial encore, si c'est possible. C'est que, tout d’abord, je viens de l’archidiocèse de Sa Grandeur; j'ai même eu l'honneur, alors que Mgr était chanoine, de faire du ministère à ses côtés, chez le bon M. Dauray, de Woonsocket.
Pendant sept mois, Monseigneur avait tâché, au milieu de nous, de refaire ses forces compromises; j'ai encore toute vive dans la mémoire, une parole qu’il me dit avec tristesse, après une nuit sans sommeil :
—«Mon cher, je suis un roseau brisé ...mais que la volonté de Dieu s'accomplisse! »
La volonté de Dieu s’est accomplie, —elle s'accomplit toujours, —et je n'ai pas besoin de dire avec quelle joie nous saluons, dans Sa Grandeur, le roseau brisé.
Ma reconnaissance débordante ausi pour M. Venne, l'architecte de notre église. [1 a tout le mérite d'avoir Conçu le plan grandiose de l'édifice; et ce lui doit être une grande joie de le voir exécuté tel qu'il la Conçu. Notre artiste, M. Castagnoli a su Comprendre l’idée de M. Venne, et il l'a traduite en couleurs merveilleuses, chaudes, vives: il la fait chanter Par ses anges et ses sculptures admirables.
Je remercie nos avocats, Ils m'ont sauvé de la ruine: — quelqu'un m'a même dit: de la Chaise électrique.
Je vous remercie tous, mes chers confrères, de m'avoir apporté aujourd'hui, par votre présence, cette nouvelle preuve de sympathie —je Vous convie encore pour la cérémonie de ce soir— je sais que vous désirez entendre l’éloquent archevêque de Montréal,
À cette’ même table, à six heures, ce soir, Vous trouverez encore du Pain de saint Antoine.
Le banquet n'était fini que depuis une heure à peine, quand Commença le concert d'orgue.
Ce fut un enchantement. M. Oscar Fontaine y mit en œuvre toutes ses qualités d'artiste, son goût exquis, une grande variété dans le choix de ses morceaux et une maîtrise parfaite de son instrument.
Sur l'orgue, tous furent intarissables de louanges, les musiciens plus que les autres. On renouvela tous les éloges qui avaient suivi le con-
| cert du 10 septembre.
Dernière Cérémonie
Les vêpres pontificales commencèrent à sept heures et demie. Elles furent chantées par Mgr Brunault, assisté par M. l'abbé Georges Rainville, de Salem. Le R. M. Jasmin, chanoine et curé de Sainte-Thérèse, et le R. P. Pilon, de New York, agissaient comme diacre et sous-diacre d’honneur. M. l'abbé Charles Clerk remplissait la fonction de maître des cérémonies.
Avant la bénédiction du Saint-Sacrement, Mgr l'archevêque de Montréal prononça l'éloquente exhortation qui suit.
Tua sunt omnia, et de manu tua accepimus quæ dedimus tibi.
Tout vous appartient, Seigneur, et c'est de votre main que nous
avons reçu tout ce que nous vous avons donné.