‹ Saint Antoine de PadoueChapitre 16 sur 40 · QUATRIÈME MARDI · texte numérisé non relu

QUATRIÈME MARDI

Saint Antoine : sa profonde humilité.

Mv our perfectionner ses pre-

|Kk miers disciples dans iasain- Bffij^ te vertu 'd'humilité, notre

Graphique Père S. Francis avait coutume de dire tfBfë et il le répétait encore :

^ . JZ^ « ]\res Frères bien-aimés et mes Enfants bénis, sachez que Notre Seigneur en quittant le ciel, n'est venu sur la terre que pour une seule chose, que pour nous donner une seule Leçon, et cette Leçon est celle-ci : " Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ! " Parcourez d'un bout à l'autre tout le Livre des Saints Evangiles et vous trouverez que le divin Maître, en nous donnant ses préceptes et ses conseils, n'a dit qu'une fois : Apprenez de moi . . . . "

C'est que Xhumilité est la base, le fondement, la racine de toutes les vertus. Oui, si nous étions plus humbles, notre Foi serait plus vive, notre Espérance plus ferme et notre Amour plus ardent. Si nous avions bien l'humilité, nous pratiquerions mieux la patience, nous posséderions toujours la paix du cœur, et nous

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porterions sans peine, c'est Jésus lui-même qui le dit, le joug du Seigneur ; et nous accepterions les épreuves de la vie, sans murmure !

Les Saints qui ont tous été si humbles, parce qu'ils ont eu le bonheur de mettre en pratique cette Leçon de notre divin Maître, les Saints ont essayé de nous donner une définition de la vraie humilité, et ils nous disent, un peu en hésitant, avec saint Bernard : " L'humilité est une vertu qui nous rend méprisables à nos propres yeux, par la véritable connaissance que nous avons de nous-mêmes. " Ensuite les Saints admettent plusieurs degrés dans l'humilité. Le Docteur séraphique saint Bonaventure les réduit tous à trois principaux.

Le Premier consiste donc à se mépriser soi-même.

Le Second consiste à être bien aise que les autres nous méprisent. Or, si nous étions bien solidement établis dans le Premier, nous n'aurions guère de chemin à faire pour arriver au Second. Car si nous avions véritablement du mépris pour nous-mêmes, nous ne serions pas fâchés que les autres en eussent aussi. En voulez-vous une preuve, dit le même Saint : " N'est-il pas vrai que naturellement nous éprouvons de la satisfaction que les autres se conforment à notre propre sentiment ? que si cela est, pourquoi n'en éprouvonsnous pas lorsqu'ils nous méprisent? C'est que nous ne nous méprisons pas nous-mêmes en réalité, mais

que nous avons bonne opinion de nous-mêmes. " O sainte vertu 'd'humilité, à qui donc de nous sera-t-il donné de gravir dès aujourd'hui même ce second Echelon et de pratiquer cette sentence du même Docteur Séraphique : "Aimer à rester inconnu et à être considéré pour rien ! "

Le Troisième degré d'humilité, c'est lorsqu'une personne ayant reçu de grands dons de Dieu, et se voyant honorée et estimée, ne s'enfle de rien et ne s'attribue rien à elle-même, mais rapporte tout à la source de tout bien qui est Dieu lui-même. Ce troisième degré, continue saint Bonaventure, n'est que pour ceux qui étant déjà consommés dans la vertu, s'humilient d'autant plus en toutes choses, qu'ils sont plus élevés dans la perfection.

Venons donc à la pratique. Les vertus morales, dit saint Basile, non plus que les arts et les sciences, ne s'acquièrent que par l'exercice et par la pratique. Donc, si nous voulons acquérir l'humilité, il faut que nous en pratiquions les actes. w Si vous voulez acquérir l'humilité, ajoute saint Bernard, commencez par vous mettre résolument dans le chemin de l'humiliation : car si vous ne pouvez souffrir les humiliations, vous ne pourrez pas non plus parvenir à l'humilité. "' Mais si nous pratiquons les actes d'humilité prompiement, facilement et avec plaisir, ah ! réjouissons-nous,

Car nous commençons à entrer dans la perfection clé cette indispensable vertu (i).

Notre Saint a été, comme son séraphique Père, profondément humble. Ecoutons, à ce sujet, un Auteur déjà cité (2).

11 Quelle humilité dans saint Antoine ! Il redoute les honneurs de la terre, il fuit même les dignités de l'Eglise. Toute son ambition est de vivre obscur et ignoré dans la maison du Seigneur. Héritier d'un grand nom, il l'échange contre celui d'Antoine, à l'aide duquel il espère vivre inconnu au monde, dans un Ordre mendiant. Il cache ses talents avec tant de soin, que pendant assez longtemps ses confrères le regardent comme à peu près incapable. Il se plait à remplir les offices les plus bas. Pour l'arracher à sa vie toute cachée en Dieu, il fallut un ordre formel de saint François. Devenu la merveille de son siècle, il ne s'attribue en rien ses triomphes : il en renvoie toute la gloire à Dieu, auteur de tout don parfait. Est-il étonnant que Dieu lui ait donné le pouvoir d'opérer tant et de si grands prodiges ?

Exemple. — Tous les Saints ont eu, à l'imitation du divin Sauveur, une prédilection marquée pour les petits enfants, à cause de leur candeur et de leur innocence. Saint Antoine semble les avoir pris spécialement sous sa protection. Déjà nous avons vu que l'origine

( 1 ) Perfection chrétienne : Passim.

(2) R. P. Henri de Grèzes — Petit Manuel. . .

du Pain de saint Antoine est due, selon certains Auteurs, à la résurrection d'un petit enfant, opérée par notre grand Thaumaturge.

" Le fait suivant est arrivé à Rome, en l'année 1830. Un petit enfant de six ans se laissa tomber de la fenêtre d'un troisième étage sur le pavé. Sa pauvre mère, en le voyant tomber, s'écria : Ah ! saint Antoine ! et elle courut aussitôt pour relever son enfant. Elle s'attendait à le trouver mort, ou au moins tout abîmé : l'enfant n'avait.aucun mal, il était debout sur le pavé. — " Comment cela s'est-il fait, mon pauvre petit, lui demanda sa mère ? — Un Religieux s'est trouvé là, répondit l'enfant, il m'a reçu entre ses bras et m'a posé bien doucement à terre. " La pieuse mère songea à saint Antoine qu'elle avait invoqué, et aussitôt elle alla au couvent de Y Ara Cœli demander une messe d'action de grâce à l'autel du Saint. Elle raconta le fait à plusieurs Pères qui se trouvaient en ce moment à la sacristie. L'un d'eux, le P. François de Camajore, s'adressant à l'enfant, lui posa cette question : " Ce Religieux dont tu parles, me ressemblait-il ? — Il était bien plus beau, répondit naïvement le petit. " La mère alla ensuite avec son enfant prier devant le tableau de saint Antoine. A peine l'enfant eut-il jeté les yeux sur l'image du Saint, qu'il se retourna vers sa mère : " Maman, lui dit-il avec vivacité, le voilà le Religieux qui

ma porté à terre." Et sa petite main montrait le

» tableau.

L'heureuse mère ne pouvait contenir les transports de sa joie et de sa reconnaissance. Elle se retira en s'écriant : " Vive saint Antoine, vive mon cher Saint ! "

Répons Miraculeux, voir page 12/ .

CINQUIÈME MARDI Saint A ntoine : son héroïque patience.

^^-j^^^^^r^ ~ otre Seigneur veut que •|?^ff; nous soyons tous des

Saints. L'Apôtre saint ..£±è£ % Faul disait aux premiers

chrétiens: '• Mes Frères, vous avez appris de nous comment il faut que V vous marchiez pour plai-

re à Dieu. " Or, plaire à Dieu, c'est se sanctifier, et c'est là sa volonté expresse ; car. ajoute l'Apôtre : " La volonté de Dieu c'est -.votre sanctification (i). "

Le bon Dieu, dans son admirable Sermon sur la montagne, l'avait dit clairement à la foule accourue là pour l'entendre. Après avoir donné le précepte si important du pardon des injures, et de l'amour des ennemis, notre divin Maître ajoute : " Soyez donc parfaits, vous, comme votre Père céleste lui-même est parfait (2). "

Mais où se trouve cette perfection que Jésus-Christ demande de nous ? Précisément dans la vertu que nous proposons aujourd'hui, cher Lecteur, à votre pieuse

(1)1. Thés. IV.

(2) Matth. V, 48.

méditation et dont saint Antoine nous a donné un si édifiant exemple.

L'Apôtre saint Jacques instruisant, lui aussi, les premiers fidèles, leur dit que notre perfection consiste dans la vertu de Patience ! " Considérez comme sujet d'une joie complète, mes Frères, lorsque vous tombez en diverses tentations, sachant que l'épreuve de votre Foi produit la Patience : or, la Patience rend les œuvres parfaites, de manière que vous soyez parfaits, accomplis," et ne manquant de rien. "

Saint Alphonse de Liguori, en parlant des sept douleurs de Marie, fait sur cette parole de l'Apôtre saint Jacques, cette belle réflexion. " Le Seigneur, dit ce grand Saint, nous ayant donné la Bienheureuse Vierge pour modèle de perfection, il a donc fallu qu'il la comblât de tribulations, afin que nous puissions admirer et imiter son héroïque Patience ! "

Jésus et Marie, voilà nos grands modèles ! . . . . Jésus. annonçant les grandes tribulations réservées à ses apôtres, leur disait : (Quand elles seront arrivées) " C'est par votre Patience que vous posséderez vos âmes (i). "

L'Apôtre saint Paul, exhortant les Hébreux à demeurer fermes dans leur Foi, leur disait : " Ne perdez donc pas votre confiance, laquelle a une grande récom-

(i) Luc XVI, 19.

pense. Et sachez que la Patience vous est nécessaire, afin que, faisant la volonté de Dieu, vous obteniez l'effet de la promesse (1). "

Et c'est ainsi que le même Apôtre exhortait toujours les premiers chrétiens, à se souvenir, dans toutes leurs tribulations, de la grande Patience de Notre Seigneur Jésus-Christ ; et avec ses exhortations, il leur adressait les souhaits les plus affectueux et les plus paternels, disant : " Que le Seigneur dirige donc vos cœurs dans l'amour de Dieu et la Patience de Notre Seigneur Jésus-Christ (2). "

La vertu de Patience est si importante et si pratique (car elle est de tous les jours et de tous les instants) que Dieu a voulu nous donner d'étonnants exemples de patience, même avant la venue de son divin Fils, dans la personne des Justes de l'Ancienne Loi. Les chrétiens qui sont encore faibles dans leur Foi ne connaissent pas la mystérieuse conduite de Dieu envers ses élus, et se demandent pourquoi tant de tribulations pour les âmes justes. — L'Esprit-Saint leur répond par l'exemple du saint homme Job et de Tobie. Racontant comment ce dernier devint aveugle, l'Ecrivain sacré ajoute : " Or Dieu permit que cette épreuve lui arrivât, afin que sa Patience fût donnée, en exemple à la postérité, comme celle du saint homme Job (3). " Ah ! si

(1) Hebr. X, 35, 36.

(2) II Thés. III. 5.

(3) Job. II, 12.'

l'on méditait plus souvent ces grands enseignements de l'Esprit-Saint, il y aurait moins de murmures dans le monde parce que Ton y pratiquerait mieux la sainte vertu de patience.

L'archange saint Raphaël dit plus tard à Tobie, après le grand miracle de sa merveilleuse guérison : 11 C'est parce que vous étiez agréable à Dieu, qu'il a été nécessaire que la tentation vous éprouvât (i). Et l'Apôtre saint Paul nous le répète lorsque, écrivant à son disciple saint Timothée, il lui dit : "... Ainsi tous ceux qui veulent vivre en Jésus-Christ souffriront persécution (2). " " Parce que le Seigneur châtie celui qu'il aime (3). " Enfin Notre Seigneur nous le dit luimême, dans le livre mystérieux de l'Apocalypse, en s'adressant à l'ange de l'église de Laodicée : " Pour moi, je reprends et je châtie ceux que j'aime. " Et le bon Jésus, pour tous ceux qui souffrent, mais avec Patience, sans murmure, pour l'amour de Dieu, toutes les contradictions de cette vie, Jésus ajoute cette magnifique conclusion : " Celui qui aura vaincu, je le ferai asseoir avec moi, sur mon trône! "

Notre Saint avait compris toutes ces choses et il les avait mises en pratique ; c'est pourquoi il nous a laissé

(i)Tob. XII, 13.

(2) II Tim. III, 12.

(3) Hebr. XII. 0

l'exemple d'une héroïque Patience !

11 Comme on éprouve l'or dans la fournaise, ainsi Dieu se plut à perfectionner par \ épreuve la vertu de notre Saint. Antoine brûlait du désir du martyre ; Dieu ne jugea pas à propos de le lui accorder. Une fièvre maligne s'empara de lui sur les rives d'Afrique ; elle ne le quitta presque plus ; aussi tous les historiens nous disent que saint Antoine était d'un tempérament maladif. Lorsque l'obéissance a ouvert devant le Saint la carrière du ministère apostolique, la maladie l'arrête au milieu de sa course et le tient sur un grabat pendant près de deux ans. Que n'eut-il pas à souffrir dans ses nombreux voyages ! Son corps, miné par la fièvre, avait à lutter contre des fatigues de tout genre et des privations de tous les jours. Comme si ce n'était pas assez de souffrances, des pécheurs obstinés injurient et vont jusqu'à frapper le charitable apôtre. Les hérétiques le calomnient et cherchent à attenter à ses jours par le fer et la prison. L'âme séraphique d'Antoine ne repoussa jamais la croix. Tendrement unie à Jésus crucifié, elle se réjouissait de souffrir avec lui et pour lui (i).

O grand et bon saint Antoine, obtenez-nous du bon Jésus, obtenez surtout pour toutes nos bonnes mères qui ont tant de misère avec leurs petits enfants, et dans les soins du ménage la vertu si précieuse,

(I) Petir Manuç]

si nécessaire, la vertu sans laquelle nous perdons tous nos mérites pour le ciel, la vertu que vous avez si héroïquement pratiquée vous-même, la sainte vertu de Patience '. '. !

Exemple. — C'est un exemple de paiienle charité de notre Saint pour une pauvre femme, victime, hélas ! comme encore souvent aujourd'hui, de la brutalité de son mari. — Du temps que le Saint était encore Gardien à Limoges, en France, une pieuse dame qui était toute dévouée au bien des Religieux, allait de temps en temps acheter ce qui était nécessaire pour leur nourriture. Elle avait un mari brutal, jaloux, sans religion. Un soir qu'elle s'était attardée plus que de coutume, son mari l'injuria, disant : " Tu viens encore, sans doute, de la maison de ceux à qui tu as vendu ton affection ! " C'est vrai, dit-elle, avec douceur, je viens du couvent des Frères-Mineurs que j'aime pour l'amour du bon Dieu. n A cette parole, cet homme, plein de rage, se jette sur elle, la saisit par les cheveux, la traîne horriblement de çà et de là dans la maison et la traite avec tant de brutalité qu'il lui arrache tous les cheveux delà tête. La pauvre femme ainsi maltraitée et souffrant affreusement, mais pleine de confiance, ramasse tous ses cheveux épars, les dépose, sans se plaindre, sur son oreiller, et se couche dessus péniblement, Dès qu'il fit jour, elle envoya vers le Saint,

le priant de venir la voir, parce qu'elle ne se sentait pas trop bien. L'homme de Dieu, la pensant malade, crut qu'elle désirait se confesser et se rendit chez elle avec empressement. En le voyant : " Père, lui dit-elle, voilà ce que j'ai souffert pour vos Religieux. " Et lui montrant tous ses cheveux ainsi barbarement arrachés, elle ajouta comme par inspiration et pleine de confiance : " Si vous voulez prier Dieu pour moi, je sais qu'il me rendra toute ma chevelure et la remettra telle qu'elle était auparavant. r" Le Saint un peu humilié lui répondit : " Ah '. vraiment, ma bonne Dame, c:est pour cela que vous m'avez appelé ! " Et cela dit, le saint homme retourna à son couvent. Là, il réunit ses Religieux, leur raconta avec simplicité ce qui était arrivé à cette Dame, leur généreuse bienfaitrice, et il ajouta : " Prions pour elle, mes Frères, et peut-être, comme je l'espère, que le Seigneur regardera sa Foi. " Ils prièrent tous et le Saint avec eux, et voilà que les cheveux de cette femme si confiante et si résignée, se rangeant d'eux-mêmes, merveilleusement, dans le plus bel ordre, se rattachèrent à sa tête, et ellese leva avec sa belle chevelure, tout comme auparavant. Dans l'intervalle, son mari était sorti : lorsqu'il fut de retour, son innocente épouse lui montra, toute souriante, ses cheveux bien remis, et lui raconta, avec des paroles pleines de douceur, tout ce qui venait d'arriver. Son mari, tout

stupéfait, et touché par la grâce du bon Dieu, demanda humblement pardon à sa vertueuse épouse de tous les mauvais traitements dont il l'avait accablée : il se trouva, en même temps, complètement délivré de toute pensée de jalousie, et se dévoua pour toujours, comme sa vertueuse épouse, à la commune utilité des Religieux du couvent du bon saint Antoine (i) ! Répons Miraculeux, voir page 127.

(1) Act. S. S. Vita S. Ant.

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