SIXIEME MARDI
Saint Antoine : son amour envers Dieu.
Ésus, dans son discours à la dernière Cène, adresse à Dieu cette sublime prière: Mon Père, elle est venue l'heure ; glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie. Puis-
que vous lui avez donné puissance sur toute chair, afin que, quant à tous ceux que vous lui avez donnés, il lui donne la vie éternelle. Or, la vie éternelle, c'est qu'ils vous connaissent, vous, seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ. — Toute la perfection d'une âme, disent les saints, consiste à connaître et à aimer Dieu et son divin Fils Jésus, notre adorable Maître. Aimons le bon Dieu, nous dit l'apôtre de l'amour, parce qu'il le mérite à tous les titres, c'est lui qui nous a aimés le premier. Il nous a aimés de toute éternité, et nous a attirés à lui ayant pitié de nous.
Dieu, dont le cœur est si bon, voyant que les hommes se laissent captiver par des bienfaits, voulut que des bienfaits les enchaînassent à son amour. C'est
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l'amour qui a présidé à tous les dons que Dieu nous a faits. Il nous a créés à son image: c'est pour nous qu'il a créé toutes les merveilles que nous admirons dans l'univers et il nous a établis Rois sur toute la création. Dieu nous a tellement aimés, que lorsque fut arrivée la plénitude des temps, il nous donna même son propre Fils, son Fils unique, engendré de lui de toute éternité. Que dirons-nous donc après cela ? Si Dieu est ainsi pour nous, qui sera contre nous? Lui qui n'a pas même épargné son propre Plis, mais qui l'a livré pour nous tous, pouvait-il, en agissant ainsi, faire pour nous plus qu'il n'a fait ? Je vis, et ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. Car si réellement je vis maintenant dans la chair, j'y vis en la Foi du Fils de Dieu, qui m'a aimé et s'est lui-même livré pour moi. Et il l'a fait librement, par pur amour pour moi. Il s'est offert lui-même victime pour moi parce qu'il l'a voulu.
O que Jésus notre divin Maître nous a donc aimés ! Qui pourra jamais comprendre la grandeur de son amour pour les hommes, eux qui en tout temps s'en sont montrés si peu dignes ?
Qui pourra jamais sonder la profondeur des abaissements du Fils dans le Mystère de l'Incarnation, où il s'est anéanti lui-même, prenant la forme d'un esclave, par pur amour pour nous ? Toute sa vie il s'est.humilié pour nous, et il s'est rendu obéissant jusqu'à la mort,
tt la mort la plus ignominieuse, la mort de la croix, tout cela par amour pour nous. L'amour que Jésus- Christ portait aux hommes était si grand qu'il lui faisait désirer l'heure de sa mort, pour leur prouver tout l'excès de sa tendresse pour eux. C'est dans ce sens qu'il parlait lorsqu'il dit à ses Apôtres : " Je dois être baptisé d'un baptême (le baptême dans son propre sang !) et je n'ai pas de repos jusqu'à ce qu'il s'accomplisse. " Et lorsque l'heure fut enfin venue, de retourner de ce monde vers Dieu son Père, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin. La veille de sa mort, toujours dans l'excès de son amour pour nous, il voulut nous laisser de cet amour la plus grande marque qu'il lui fût possible de donner. . . et il institua le sacrement de l'amour, l'adorable Eucharistie, et le lendemain il termina son divin Sacrifice, sur le sommet du Calvaire, en déclarant que tout était consommé pour nous, pour la Rédemption de nos âmes !
O que les âmes ingrates qui n'aiment pas Jésus qui les a tant aimées; qui cherchent même des prétextes et des prétextes pleins d'hypocrisie pour ne pas le recevoir dans leur cœur, par la sainte communion ; qui sont d'une indifférence absolument révoltante pour l'assistance au plus auguste des sacrifices, celui que Jésus a offert sur la Croix, l'adorable sacrifice de* la
Messe ; ô que ces ingrats auront à rendre, à la mort, un compte terrible, devant le tribunal du souverain Juge !
Vous du moins, âmes pieuses, qui accomplissez cette dévotion des Treize Mardis, ne soyez pas du nombre de ces âmes ingrates, mais aimez le bon Jésus qui nous a tant aimés, qui nous aime toujours, et qui restera dans le sacrement de son amour jusqu'à la consommation des siècles, toujours par amour pour nous. Consolez son divin Cœur abreuvé de tant d'amertumes, dans ce siècle de froide indifférence, où l'esprit de ténèbres emploie tous les raffinements de sa perfidie satanique pour éloigner lésâmes de l'amour de Jésus en les éloignant de l'église et de la sainte Table, afin de les entraîner ainsi sûrement avec lui dans les brûlants abîmes. . . Aimez donc Jésus-Christ, notre divin Sauveur, comme l'a aimé saint Antoine de Padoue que nous honorons en ce moment ; car, pour dire combien notre Saint a aimé Notre Seigneur, il faudrait reprendre toute l'histoire de sa vie ; toute sa vie n'a été qu'un acte d'amour de Dieu et une amende honorable à Jésus, à qui il voulait gagner le plus d'âmes possible, tant sa soif du salut des âmes était grande, ainsi, qu'à sa manière, le trait suivant nous le montrera avec évidence.
Exemple. — Le bienheureux Père se trouvait au
Puy (en Vêlais). Une Dame, à la veille de devenir mère, vint se recommander à ses prières. Le Saint ayant prié avec ferveur, lui dit : "Ayez bonne espérance et soyez dans l'allégresse, car le Seigneur vous donnera un fils : il sera grand dans l'Eglise de Dieu ; il entrera dans l'Ordre des Frères-Mineurs ; il sera martyr et, par ses prédications, il obtiendra à beaucoup d'autres la palme du martyre. " L'heureuse mère mit, en effet, au monde un fils, qui reçut au baptême le beau nom de Philippe.
Devenu grand, il entra dans l'ordre Franciscain, fut un zélé prédicateur dans sa patrie et passa enfin au-delà des mers, pour exercer sur un nouveau théâtre, son fructueux apostolat. Il aborda en Palestine. La ville d'Azot venait d'être livrée par trahison aux fanatiques Sarrasins et tous les chrétiens au nombre d'environ deux mille abandonnés aux mains de leurs cruels ennemis, et condamnés à la peine capitale. Le frère Philippe se trouva parmi eux, et il obtint, comme une grande faveur, d'être décapité le dernier, ayant ainsi l'occasion d'exhorter les autres captifs pour les conserver tous au Seigneur. Son ardente parole produisit, en effet, les plus consolants résultats. On fit subir un interrogatoire à tous ces infortunés, et on leur demanda s'ils voulaient conserver leur vie, en niant leur Foi, ou bien, persistant dans leur Religion, se soumettre au
dernier supplice. Ils répondirent tous d'une voix unanime : " Nous suivrons la voie que le frère Philippe, se sera crîoisie pour lui-même. " Alors l'intrépide Apôtre ayant réuni tous ces admirables confesseurs de la Foi, leur adressa une très fervente allocution qu'il termina en disant : " Frères bien-aimés, demeurez fermes dans votre Foi, car cette nuit même Dieu m'a révélé que j'entrerai au ciel avec un grand nombre d'âmes qui m'accompagneront dans la voie du martyre. " Après cette exhortation, le zélé missionnaire entendit la confession des captifs qui répondirent aux Sarrasins qu'ils acceptaient tous la mort pour garder intacte leur Foi en N. S. Jésus-Christ. L'horrible boucherie commence, et durant l'exécution, Philippe, intrépide, prêche aux martyrs la constance dans leur Foi. Le Soudan, ivre de colère, et plus cruel que le tigre et le léopard, fait couper au prédicateur toutes les articulations des doigts et les jointures des mains ! Et comme l'invincible apôtre, malgré cet acte d'atroce barbarie, continue à prêcher aux chrétiens, il ordonne qu'on l'écorche vif jusqu'à la ceinture. L'Apôtre du Christ, demeurant comme insensible à cet horrible traitement, poursuit ses exhortations victorieuses. Alors le tyran donne un nouvel ordre qu'on lui arrache la langue, et le confesseur de la Foi, embrasé d'une irrésistible ardeur, continue du geste à fortifier la constance des chrétiens
jusqu a ce qu'il voie tomber à ses pieds la tête du dei nier martyr. Alors, avec une indicible jubilation, il écarte de son mieux et avec un grand respect le capuce pour offrir sa tête libre au tranchant du glaive et cueille le dernier la palme du martyre \
Les corps des deux mille maityrs restèrent là quatre jours, sans sépulture. Le Soudan vint lui-même visiter le lieu de l'exécution et resta grandement surpris en voyant que malgré les grandes chaleurs de ces contrées orientales, cet énorme monceau de cadavres n'exhalait pas la moindre odeur de corruption. Les corps des martyrs se conservaient intacts.
Ainsi se vérifia la prophétie du grand Thaumaturge saint Antoine de Padoue.
Répons Miraculeux, voir page 12".
SEPTIEME MARDI Saint Antoine : sa charité pour le prochain
épondant à un docteur de la loi qui l'interrogeait, Notre Seigneur dit : " Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme pet de tout votre esprit. C'est „là le premier et le plus grand commandement. Le second lui est semblable : Vous aimerez votre prochain comme vous-même. C'est là toute la loi et les prophètes. "
Notre Seigneur attache tant d'importance au deuxième commandement, celui de la dilection fraternelle, qu'il le déclare semblable au premier.
Jésus, à la dernière Cène, voulant le graver d'une manière ineffaçable dans le cœur des Apôtres, leur dit, avec toute l'affection du plus tendre des Pères : I Mes petits enfants, Filioli, je vous donne un commandement nouveau, c'est que vous vous aimiez les uns les autres ; mais que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés moi-même." Notre Seigneur l'appelle un commandement nouveau ! Le
divin Maître continuant son sublime discour.-, de la Cène revient de nouveau à ce commandement, et cette fois il l'appelle son propre commandement à lui : " Voici mon commandement, c'est que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés. Personne n'a un plus grand amour que celui qui donne sa vie pour ses amis. Vous, vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. "' Etre les amis du bon Jésus, à la seule condition d'aimer notre prochain comme nous-mêmes, quelle céleste faveur et combien elle nous montre l'excellence de la charité fraternelle !
Xotre aimable Sauveur revient une troisième fois à ce commandement de l'amour du prochain et il leur dit avec l'accent d'une insistance toute divine : " Ce que je vous commande, c'est que vous vous aimiez les uns les autres." X'est-ce pas là le sublime d'un cœur aimant ?
L'apôtre saint Paul, qui a tant aimé Xotre Seigneur, a poussé l'amour pour ses Frères jusqu'à désirer d'être anathhne afin de les donner tous à Jésus, son adorable Maître ! X 'est-ce pas la charité fraternelle poussée jusqu'au delà même des limites du possible ? Et le même Apôtre, recommandant toutes les autres vertus aux premiers chrétiens, leur disait : " Mes bien-aimés Frères, ayez par-dessus tout la charité : car c'est elle
seule qui est le Ken de la perfection ! "
Ames pieuses, qui lisez ces lignes, vous qui êtes déjà si pleines de charité pour vos frères, écoutez maintenant les instructions de l'Esprit-Saint, le Dieu d'Amour, afin de vous perfectionner encore dans l'accomplissement de la grande loi de la Charité fraternelle. Et que saint Antoine soit lui-même notre modèle et notre guide : car il a couru lui-même avecune ardeur irrésistible dans les voies si belles de la dilection envers ses frères !
Voulons-nous donc ne jamais manquer à la charité, servons-nous toujours, vis-à-vis de notre prochain, de paroles prévenantes et pleines de douceur ; car, dit l'Esprit-Saint : " La parole douce multiplie les amis et adoucit les ennemis : et la langue gracieuse produit dans l'homme de bien des fruits abondants (i). "
Evitons donc les paroles piquantes, sans exclure pour cela une sainte gaité, car " le Sag'^ par ses paroles mêmes se rend aimable. " Evitons aussi les contestations, parce qu'elles proviennent de notre esprit de contradiction, et l'Esprit-Saint nous dit que chacun a le droit d'abonder dans son sens ; ou de notre opiniâtreté dans notre propre jugement. Lorsqu'il surfit de dire oui, oui, non, non, abstenez-vous de toute contestation, dit le Sage, et vous empêcherez ainsi un grand
nombre de fautes ! Et si quelqu'un, par inadvertance
(i) Eccli. vi, 5.