‹ Saint Antoine de PadoueChapitre 7 sur 40 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Saint Antoine a Rome : le don des langues. — Assise: il assiste au Chapitre ; il est nommé Provincial de Bologne. — Rimint ; il prêche aux poissons. — Les hérétiques VEULENT L'EMPOISONNER ; IL PREND LE POISON SANS EN ÊTRE INCOMMODÉ. — SES DIVERSES MISSIONS. — FON- DATION DU COUVENT DE GÉMONE : IL RESSUSCITE UN MORT.

En abordant en Italie, Antoine se rendit directement à Rome, où depuis longtemps sa réputation l'avait précédé. Le Pape le chargea d'y prêcher le Carême de cette année. Bientôt on vit accourir les multitudes pour entendre sa parole : les pécheurs se frappaient la poitrine et confessaient leurs fautes ; les justes se ranimaient dans leur ferveur première ; jamais la cité sainte n'avait offert un spectacle plus édifiant.

Les églises étaient trop étroites pour contenir d'immenses auditoires qui campaient sur les places publiques, attendant avec impatience l'heure où les portes s'ouvriraient. " Antoine parlait selon les exigences des

choses et des situations. Il savait répandre dans sef discours une grâce parfaite, et y mêler le sel de la sagesse, je veux dire une mesure qui en achevait k mérite. Il se montrait tour à tour doux et sévère ainsi sa parole attendrissait l'auditoire quand il ne le frappait pas de terreur. Les gens lettrés admiraiem la pénétration de son génie et de son éloquence incomparable ; l'art avec lequel il pesait ses pensée: et avec quelle prudence et quel tact il les proportion nait aux besoins de tous. Les plus avancés dans le* voies de la perfection considéraient avec ravissemen comment il exposait les enseigne?ne?its spirituels avec L langage de V esprit ; les simples chrétiens étaient char mes de ses instructions morales, avec lesquelles i coupait, jusque dans leur racine, les causes et les occa sions des vices, pour semer à la place, avec beaucoup d'habileté, les germes des vertus et des bonnes mœurs Enfin tout le monde, sans distinction d'âge, de ran< ou de condition, était dans l'allégresse de recevoir d< sa bouche des enseignements appropriés à chaqu< intelligence, et de se soumettre à des pratiques don on retirait le plus grand fruit. "

A la fête de Pâques, Grégoire IX, qui venait d< succéder à Honorius III, lui ordonna de prêcher au: nombreux pèlerins de nations et de langues diverses wnus à Rome pour gagner les indulgences et assiste

aux solennités pascales. Le Saint obéit sans hésiter à la voix du Vicaire de Jésus-Christ, et l'on vit se renouveler, autour de la chaire d'Antoine, le prodige opéré à Jérusalem le jour de la Pentecôte. Des pèlerins innombrables de toute langue et de toute nation entendirent les paroles du Saint, à la stupéfaction générale, aussi clairement, aussi distinctement que s'il eût parlé le langage de chacun d'eux. C'est dans cette nouvelle circonstance que Grégoire IX, admirant la science prodigieuse des Saintes Ecritures que possédait Antoine, le surnomma Y Arche du Testament^ comme la voix des peuples l'avait déjà appelé le Marteau des hérétiques.

De Rome, Antoine se rendit à Assise pour assister au Chapitre général qui devait se tenir cette même année 1227, au lendemain de la Pentecôte. Notre Saint qui était alors Custode de Limoges, fut nommé, au Chapitre, Ministre provincial de Bologne. Il se rendit dans cette province, où l'hérésie des Cathares (1) faisait de grands ravages ; et, sans négliger les devoirs de sa nouvelle charge, il s'employa à évangéliser ces contrées.

( 1 ) Cathares, en grec purs. Nom donné à tous les hérétiques en général qui affectaient une plus grande pureté et qui se croyaient plus purs que tous les autres chrétiens. Secte impure, qui prétendait, entr'autres jongleries, sacrilèges, remettre les péchés, par une seule imposition des mains, sans exiger l'aveu des faute*, ni même la contrition !

Rimini était devenue le camp retranché des Cathares, sur le versant oriental des Apennins. Cette ville était soumise, comme les autres villes de la Pentapole, à la juridiction des papes. Cette circonstance qui devait favoriser son orthodoxie ne la sauvait pas de la propagande malsaine des ennemis de l'Evangile. Elle était par tempérament querelleuse et rebelle ; son port était accessible au commerce de toutes les nations ; son génie était ouvert à toute? les importations de la pensée humaine.

Un homme moins résolu qu'Antoine aurait hésité : lui entra dans la place, décidé à annoncer la parole de vérité, à insister à temps et à contretemps, à convaincre d'erreur et de perfidie les sectaires effrontés, à les dépeindre tels qu'ils étaient devant les simples surpris par leurs menées ténébreuses, à les menacer des jugements de Dieu ; et, en dernière ressource, disposé à se mettre à leurs genoux, pour les conjurer de ne pas affliger l'Eglise du Christ, en arrachant de son sein les âmes qu'elle engendre dans la douleur et dans l'amour. Il ouvrit des prédications publiques, dans lesquelles il vengea les dogmes catholiques des attaques dont ils étaient l'objet. Il attaqua à son tour les doctrines à la mode, les superstitions honteuses, renouvelées des païens, qu'on accréditait un peu partout ; il n'épargna pas les pratiques clandestines des

initiations. Mais son éloquence, ordinairement si attrayante par son allure franche et courageuse, ne produisit aucun effet. Les Cathares, irrités du zèle qu'il déployait contre eux, ne cédèrent même pas à la curiosité de l'entendre. Ils restèrent plus durs que des pierres : non contents de ne pas se rendre à l'évidence de ses raisonnements, ils le laissèrent prêcher dans le désert.

Antoine à bout de moyens ne se découragea pas. Il tourna ses regards vers le ciel : il répandit dans l'oraison des larmes abondantes, jusqu'à ce que l'inspiration de la grâce vînt le tirer d'embarras. Il s'arrêta à la pensée de changer d'auditoire, et d'aller évangéliser la mer, puisque la terre répondait si mal aux appels de sa charité. En conduisant ainsi les hommes à l'école des êtres privés d'intelligence, il voulut leur donner une leçon solennelle. Il espéra enlever aux Cathares tout prestige sur le peuple, en supposant qu'ils ne se rendissent pas devant la vérité manifestée. Dieu ne trahit pas la foi de son apôtre.

" Le Christ béni voulant faire éclater la sainteté de son serviteur saint Antoine, et montrer avec quel respect on devait écouter ses prédications et suivre sa doctrine, se servit un jour d'animaux sans raison, de poissons, pour reprendre les hérétiques de leur fausse sagesse ; comme autrefois, dans l'Ancien Testament,

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